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« Fleurs de cendre ». Huile, émulsion acrylique, schellac et livres brûlés sur toile, 330 x 760 x 40 cm. Collection particulière..
C’est avec un plaisir évident que «Les Arts 57» retrouvent Laurent Commaille, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lorraine. Une vraie belle découverte pour 48 personnes que ce grand peintre contemporain pourtant si peu connu du public.
Né en 1945, en Allemagne dans le Bade-Würtemberg, parfaitement bilingue, Anselm Kiefer est admis au Collège de France à Paris. C’est un des plus grands peintre-sculpteur contemporain vivant, célèbre et très coté sur le marché de l’art. Il installe son premier atelier en France, à Barjac, près d’Alès, dans une ancienne filature.
Son enfance passée dans les ruines de l’après-guerre, Anselm Kiefer questionne sur le rôle des nazis qui ont trahi la vocation de l’Allemagne. Œuvre controversée et ambiguë, telles ces photos où il endosse l’uniforme d’officier de la Wehrmacht de son père et arbore un salut nazi (1969). Il recherche le moment fondateur de l’histoire allemande : la bataille en forêt de Teutoburg (Teutoburger Wald) où le général romain Varus est vaincu par le général Arminius (Hermann) rassemblant les tribus germaniques.
La forêt sous la neige, maculée de sang, représente les arbres fondateurs sur lesquels repose la nation allemande, le nom des personnalités importantes y est inscrit : Varus, Hermann…
« Chemins de la sagesse du monde », parsemé de grands hommes par exemple le philosophe Heidegger.
La découverte de la poésie de Paul Celan (1920-1970) provoque « un tournant» dans son travail. Ce poète juif, roumain, d’expression allemande, naturalisé français, survivant de la Shoah, porte en lui cette douleur. Son incapacité à mener une vie normale trouve en la poésie une « bouée de sauvetage » mais il se suicide tout de même à 50 ans. Anselm Kiefer réalise 2 œuvres emblématiques de grandes dimensions (4m de long !!!) qui illustrent des extraits du poème de Celan : Todesfuge : Margarethe (1981), la blonde allemande et Sulamith (1983), qui dans la bible apporte la paix, et dont l’étymologie est liée à shalom = la paix.
« …Un homme … joue avec des serpents… tes cheveux d’or Margarethe …» « …Tes cheveux de cendres Sulamith, on creuse une tombe dans les airs où tu seras bien … »
Autre allusion à la tradition juive : l’échelle de Jacob qui amène vers le ciel. A la base, le serpent qui dessine le signe de l’infini.
Seraphim, 1983-84.
Huile, paille, émulsion, schellac sur toile.
320,7 x 330,8 cm
Il approfondit encore son travail, ses recherches sur les mythes de l’Asie mineure, d’Égypte, du Moyen Orient…
Plus de 5m et 24 cm d’épaisseur pour cette toile ! Il utilise toutes sortes de matériaux dans ses œuvres : argile, fragments de porcelaine, fil de cuivre, circuits imprimés, plomb, de la colle, parfois même du sang, des cheveux, de la paille, des graines de tournesol... Son ami, Joseph Beuys a raconté qu’il a dû la vie, après la chute de son avion, à des nomades tartares qui l’auraient enduit de graisse, enroulé dans du feutre et nourri de miel, matières que l’on trouvera ensuite de façon récurrente dans ses œuvres. Il désigne par émulsion des mélanges d’argile, et de résines acryliques souvent peu homogènes, et par schellack des laques à partir de gomme arabique permettant les superpositions de couches…
Lilith est la première femme d’Adam avant Eve. Dans la Kabbale (interprétation mystique, allégorique de la Bible dans la tradition juive), ne pouvant avoir d’enfant, elle porte malheur… Lilith erre sur la ville en ruines, ses cheveux traversent la toile. Sur la 2ème version (1997), un avion inquiétant en plomb.
Emanation, 2007, 10 x 4,30m
émulsion, schellack, huile, craie, plomb sur toile de lin.
Intéressé par l’ésotérisme et l’alchimie, il se photographie dans cette position pour établir un lien entre l’humain et le ciel, entre le mystère de la création et le mystère de la vie.
Athanor, 2007, 10 x 4,30m,
émulsion, schellack, huile, craie, plomb, argent et or sur toile de lin.
Cette toile monumentale, est une commande du Louvre, elle reprend des thèmes essentiels qui lui sont chers. L’humain en relation avec le cosmos. Un trait relie l’homme au ciel, la terre à l’univers. L’homme nu est un autoportrait de l’artiste, couché peint à partir d’une photo de lui en méditation. Au milieu du tableau, une ligne argentée, en haut une ligne dorée ; trois inscriptions à la main sur le côté droit, nigredo, albedo, rubedo font références aux trois étapes de l’alchimie. Nigredo, le noir, c’est le plomb, albedo, l’argent, et rubedo le rouge, l’or… L’œuvre est le lieu de la transformation des éléments, le passage d’un état à un autre. Il superpose souvent plusieurs couches les unes sur les autres, progresse par sédimentation, par recouvrement, enfouissement et résurgence, qui tissent ainsi une sorte de géologie.
Athanor, détail.
Il revient inlassablement sur son travail, parfois longtemps après. La terre argileuse aux tons rouge-brun, gris-rose, est lourde et craquelée. Dans les craquelures, des coulées de plomb irriguent cette terre dévastée.
Les livres... Une grande partie de l’œuvre d’Anselm Kiefer est constituée de livres, «vrais» livres (comme Teutoburger Wald) ou livres objets, sculptures, symboles, éléments d’une autre œuvre …
En 2015, la Bibliothèque nationale a consacré une grande exposition aux «livres» d’Anselm Kiefer.
Gilgamesh et Enkidu dans la forêt de cèdres III, (Gilgamesh und Enkidu im Zederwald III, 1981) est l'un des huit livres qu’il élabora entre 1981 et 1983. Entièrement composé de photographies, ce livre narre l‘histoire de L'Épopée de Gilgamesh, roi sumérien (2.700 av. J.-C.) et du guerrier Enkidu, récit épique de l’ancienne Mésopotamie, un des premiers grands chefs-d'œuvre de la littérature.
Mesopotamia, 1989, détail. Livres de plomb. ( Mésopotamie : civilisation où est née l’écriture. )
Le plomb provient de la réfection de la toiture de la cathédrale de Cologne.
En 1993, il s’installe à Barjac, dans une ancienne filature de soie, sur un terrain de 35 ha. Il réalise une galerie suspendue, et fait de cet endroit un champ d’expérimentation, une œuvre d’art total. Les tours penchées de Ninive (ville ancienne du Croissant fertile, berceau de la civilisation) sont reliées par des souterrains. Les briques qui tombent, les ruines, les écroulements, sont des éléments qui généreront de nouvelles cultures, où quelque chose peut recommencer. C’est un processus sans fin. Tout évolue sans cesse.
En 2002, un climat hostile le pousse à s’établir ailleurs. Il déménage à Croissy-Beaubourg dans un environnement industriel à l’Est de Paris, dans les vastes entrepôts de « La Samaritaine ».
Anselm Kiefer et son épouse à Barjac, été 2014. Les tours de Ninive. Atelier de Croissy-Beaubourg . Anselm Kiefer dans son atelier à Croissy-Beaubourg.
Une exposition lui est consacrée au Grand Palais en 2007. « Monumenta » renferme des milliers de photos à l’intérieur. Ruines, décombres, blocs, traversent constamment son œuvre, et témoignent de sa fascination pour la construction -déconstruction qui hante son travail.
Une œuvre sombre souvent tragique, symbolique, religieuse et athée à la fois, mais profonde et fascinante. « … la matière est une enveloppe contenant l’esprit qu’il faut découvrir. » Anselm Kiefer.
Prochaines rencontres avec Les Arts 57 :
en décembre, plusieurs visites guidées de l'exposition
"Splendeurs du christianisme au Musée de la Cour d'Or."
en janvier, visite guidée au Centre Pompidou Metz, « Peindre la nuit ».
lesarts57@hotmail.fr ou tél. 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96