Joli succès pour cette soirée organisée par les « Les Arts 57 ». C’est devant une salle comble que Christophe Rodermann, maître en droit et histoire de l’art, et guide conférencier du patrimoine nous a permis de redécouvrir ce peintre autrichien « hors normes ».
En cette deuxième partie du 19ème, c’est l’académisme qui règne : formation classique, dessin, anatomie. La peinture d’histoire est la plus prestigieuse, puis les sujets religieux, le portrait … tout est hiérarchisé. En 1863, Manet provoque un scandale avec son déjeuner sur l’herbe : une femme nue dont le corps n’est plus idéalisé entre 2 hommes habillés. « Je peins ce que je vois et non ce qu’il plait aux autres de voir ». La révolution industrielle, le progrès fascinent, les artistes s’intéressent au monde qui les entoure. Le chemin de fer, l’invention du tube ont permis la peinture en extérieur avec la « touche impressionniste» de plus en plus rapide s’adaptant aux effets du temps : reflets changeants sur l’eau, brouillard …
Gustav Klimt est né en 1862 à Vienne, famille de 7 enfants. De son père orfèvre ciseleur, artisan modeste, il hérite le goût et le « savoir-faire » pour l’ornement. Début 20ème, période où la foi fait défaut, on cherche une nouvelle spiritualité, les nationalismes exacerbés menacent, la seule chose qui peut régénérer la société est l’amour.

Certainement la toile la plus célèbre, par sa portée universelle, hors du temps. Passion et tendresse. Inspirations multiples : estampes japonaises, art byzantin… Différentes teintes dorées entre le fond et le couple, ainsi mis en valeur… Habit masculin : motifs rectangulaires, noirs, plus durs. Ronds colorés, floraux pour la femme. Parterre de fleurs : nature qui renait, symbole de fertilité.
Souplesse des lignes de l’Art nouveau.

Construit pour accueillir les œuvres de jeunes artistes qui n’ont pas accès aux salons ou galeries. Klimt fait partie de la Sécession viennoise (=Art nouveau autrichien) qui se rebelle contre les conceptions anciennes en vigueur depuis la renaissance (400 ans) en particulier la distinction arts majeurs et arts mineurs (les arts décoratifs). « Ver sacrum », nom de leur revue (1898-1903). (= printemps sacré).
Un art nouveau européen nait partout : Paris (bouche de métro), Bruxelles, Barcelone et l’Ecole de Nancy qui s’inspire aussi de la nature.
L’atelier qu’il monte avec son frère, artiste décorateur, acquiert une certaine renommée à Vienne. Ils achèvent le grand chantier du théâtre de Vienne.
Klimt démocratise l’art du portrait en proposant, à partir de photographies, des portraits réalistes de jeunes femmes. Souci du détail, collier de perles, décor tapisserie. Bonne réputation dans l’aristocratie viennoise.
Periode impressionniste. Portrait d’une femme, 1894. Portrait de Sonja Knips, 1898. Schubert au piano, 1899. (détruit en 1945)
Que ce soit les sujets mythologiques, l’antiquité grecque, ou l’art religieux, il magnifie le pouvoir sensuel féminin en s’affranchissant, dans ses portraits, des 3 règles essentielles du style classique : perspective, clair-obscur et modelé.

Une des premières œuvres représentatives de la Sécession Viennoise, Klimt cherche à retrouver la « force essentielle » de l’art grec antique. Autour du cou d’Athéna, la gorgone prend pour modèle la méduse décapitée proche de celle de l’armure d’Athéna décrite par Homère dans l’Iliade. Dans le fond du tableau, il peint le combat d’Héraclès contre Triton inspiré d’un vase de l’époque archaïque.
Judith et la tête d’Holopherne, 1901. Danaé, 1907.
Judith se rend au camp d’Holopherne, général assiégeant la ville de Bethulia. Impressionné par sa beauté, il l’invite à un festin, puis dans sa tente où elle profite de son ivresse pour le décapiter. Elle revient avec la tête d’Holopherne. Son geste galvanise les habitants qui font fuir les envahisseurs.
Danaé fut enfermée dans une tour car un oracle avait prédit que son père Acrisios serait tué par son petit-fils. Mais, en dépit de ces précautions, Zeus vint lui rendre visite sous la forme d'une pluie d'or et elle lui donna un fils nommé Persée.
Portrait de Fritza Riedler. 1906. Adèle Bloch- Bauer 1, 1907.

Emilie Flöge, sa compagne, femme indépendante, travaille dans la mode, déjà d’une grande modernité pour l’époque. Ses robes, chapeaux, tissus inspirent Klimt.
Dans ses portraits de dames : visage et mains sont réalistes. Il s’inspire de l’Égypte ancienne avec le motif de l’œil en amande protecteur, (oudjat), de l’art byzantin avec l’introduction de la feuille d’or, des estampes japonaises abolissant la perspective. Technique mixte et format carré sont aussi tout à fait novateurs.

En 1904, un banquier belge Adolphe Stoclet lui commande la réalisation des mosaïques murales de la salle à manger d'un palais qu'il construit à Bruxelles. |

"L’Arbre de Vie" est la partie centrale de la fresque. Il représenterait la complexité des caractères humains, toujours agités d'humeurs contraires. A gauche, le personnage symboliserait l'attente. Ceux de droite, l'amour, c'est-à-dire l'accomplissement. L’arbre représente le lien entre la terre et le ciel, les vivants et les morts … Motifs décoratifs aux formes géométriques variées, arabesques, spirales orientales…
Très tôt, il est fasciné par la peinture en extérieur, le calme du jardin. Parmi les 55 paysages peints par Gustav Klimt, la plupart ont pour décor l'Attersee, lac autrichien des environs de Salzbourg où le peintre passe ses étés. Reflets dans l’eau, couleurs plus vives, il réactive les codes impressionnistes, jusqu’à devenir même pointilliste et divisionniste. Les formes géométriques, les différentes couleurs donnent la sensation de différents niveaux, de verticalité, de perspective. Il arrive progressivement à l’abstraction
Jardin avec des poules, 1899. - Haut-bois, 1902. - Allée du parc Shloss Kammer, 1912 L’église d’Unterach am Arttersee , 1910. - Des pommiers, 1916. - Jardin avec des coqs , 1917.
Couleurs chatoyantes pour les œuvres plus tardives de ce peintre mystérieux, talentueux et inclassable. Il a revisité les grands thèmes, fasciné par la représentation de la femme et cherché une nouvelle spiritualité. Il meurt à Vienne en 1918 à 56 ans laissant des œuvres inachevées. 24 grandes toiles se trouvent au musée du Belvédère à Vienne. Certaines œuvres spoliées ou détruites par les nazis en 1945 ont été reproduites grâce à des photos.
Les amies, 1916. Détruite en 1945 - Portrait de Johanna Staude, 1917-18 - Femme à l’éventail, 1917-18 Portrait de Maria Munk (1917-18) inachevé.

Dernier « pied de nez» à l’histoire de l’art, il montre Adam et Ève, joyeux au moment charnel avant qu’ils ne soient exclus du paradis. La femme est encore " mise en avant".
Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :
Lundi 12 novembre à 20 h à SAULNY,
Salle Muller (salle polyvalente),
Le peintre Anselm Kiefer
Conférence présentée par Monsieur Laurent Commaille
Participation : 3 euros pour adhérents et étudiants ;
5 euros pour non-adhérents
Réservation souhaitée par mail ou par tél :
lesarts57@hotmail.fr ou tél. 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96