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Quelques temps après la sortie à Commercy « Le Musée de la céramique et de l’ivoire, exposition : Les frères Voirin », le 13 juin 2026.

Après la visite du château de Commercy, 5mn suffisent pour nous rendre avenue Carcano, au Musée de la céramique et de l’ivoire, installé dans l’ancien complexe des bains-douches de la ville. Construit en 1934, le bâtiment est une réplique du Château-d’Eau (ou Pavillon Royal) de Stanislas édifié par Emmanuel Héré dans les jardins du château, à l’extrémité du canal. L’intérieur, par contre, présente les caractéristiques du style Art-Déco en vogue dans les années 1920-1930.

Ce musée existe grâce au don du Docteur Boyer, qui, à sa mort en 1911, lègue à la ville son importante collection d’ivoires, de faïences, d’armes, de bronzes et de tableaux. Le Musée comprend deux espaces d’exposition permanente, l’un consacré à l’ivoire, l’autre à la céramique et une salle d’exposition temporaire située à l’étage.

 

Nous pénétrons dans la partie dédiée à la céramique. Le terme de céramique désigne tout objet réalisé en argile cuite.

La faïence est une terre cuite une première fois. Poreuse, elle est revêtue d’une glaçure opacifiée à l’étain et cuite une seconde fois à 1000°. La technique se développe à partir du 14e s. en Italie à Faenza ville dont elle tire son nom. En Meuse, une des principales productions provient de la fabrique du Bois d’Epense, nom du hameau où elle était établie depuis 1735 mais elle prend ensuite le nom de « Manufacture des Islettes », village voisin d’où provenaient la plupart des ouvriers. Prospère, elle a compté jusque 200 ouvriers avant de fermer ses portes, concurrencée par la production industrielle de Sarreguemines en 1848.

Pour réaliser les décors, un dessin sur papier est nécessaire. Les lignes sont piquées de trous pour permettre le report sur la terre cuite grâce à l’emploi d’une poudre colorée. Les couleurs proviennent d’oxydes métalliques : le bleu par l’oxyde de cobalt, le vert avec l’oxyde de cuivre, le violet avec l’oxyde de manganèse et le jaune par l’antimoine, seules ces couleurs supportent une température élevée.

Posées sur la glaçure et cuites avec elle, c’est un décor dit « grand feu ». Pour élargir la palette de couleurs, on pose celles qui sont plus fragiles sur la glaçure déjà cuite avant de les soumettre à une 3e cuisson vers 600°. Ce décor dit « petit feu » permet d’enrichir les motifs avec du rouge, du rose et de la dorure.

Faïences Grand feu, XVIIIe : Chantilly, Moustiers, Franche-comté.

En Lorraine, à Lunéville, vers 1750 la technique est encore améliorée par la cuisson par réverbération, dans des fours voûtés, sans contact avec les flammes. C’est l’emblématique série Réverbère, motifs de rose, de tulipe, ou chinois. Aux USA, la table des Kennedy destinait le motif de la rose aux dames, celui de la tulipe aux messieurs.

Faïences Réverbère, XVIIIe : Niderviller, Lunéville, Saint-Clément.
Grand plat, décor aux oxydes, terre cuite, fin XIXe, Tours.

 

Le musée expose aussi des plats fabriqués à la manière de Bernard Palissy (XVIe). Il réalisait des moulages d’animaux morts et créait des décors naturalistes. Certaines écoles à Paris, à Tours, les remettent au goût du jour.

 

Les faïences lorraines occupent une bonne place dans le legs du docteur Boyer mais il rassemble aussi de belles porcelaines orientales. La porcelaine est créée en Chine au 6e siècle, à base d’une argile blanche, le kaolin. Elle supporte des températures plus élevées, jusque 1400°. Elle est translucide, plus dure et plus étanche que la faïence. Durant plusieurs siècles, l’Europe va tenter de produire des céramiques imitant la porcelaine chinoise en recouvrant les terres cuites par une glaçure blanche.

Statuette de vieille femme, biscuit, terre blanche, XIXe, Toul. – Groupe « Le Bélisaire », Glaçurée, terre blanche, XIXe, Lorraine.

A la suite de la découverte d’un gisement de Kaolin en Allemagne, la porcelaine est mise au point à Meissen en 1710. Un peu plus tard, en France, du kaolin sera découvert en 1767 près de Limoges.

Assiette, Porcelaine, milieu XIXe, Sèvres. Portrait de Marie-Antoinette signé Lebrun. – Grand plat, Porcelaine, fin XIXe, Japon, Imari. – Grande boite, Grès porcelaineux, XIXe, Japon, Satsuma.

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Après cet aperçu rapide mais superbe, nous nous dirigeons vers l’espace dédié à l’ivoire, guidés par Maeva. Le musée présente la deuxième collection d’ivoires en France après celui de Dieppe. Il n’est pas lié à un centre de production mais à la collection réunie par le docteur Boyer composée de 260 ivoires.

Depuis la préhistoire, l’ivoire exerce une fascination jamais démentie, les plus anciennes représentations humaines ont été sculptées dans des défenses de mammouth. L’ivoire est une matière organique d’origine osseuse produite par différents animaux, l’éléphant, le mammouth, l’hippopotame, le phacochère, le sanglier, le cachalot, le morse ou le narval.

Défense d’éléphant – Dent de cachalot – Défense de morse – Défense de narval.
Défense d’éléphant – Dent de cachalot – Défense de morse – Défense de narval.
Défense d’éléphant – Dent de cachalot – Défense de morse – Défense de narval.
Défense d’éléphant – Dent de cachalot – Défense de morse – Défense de narval.

Défense d’éléphant – Dent de cachalot – Défense de morse – Défense de narval.

La coupe délicatement réalisée dans la défense d’éléphant montre la pointe plus dense et la cavité pulpaire creuse. Une défense peut mesurer jusque 3m et peser 102 kg. Le cachalot possède 40 à 50 dents coniques d’une vingtaine de cm et pesant chacune 1 kg environ. La défense de morse est une canine supérieure de 60 cm lui permettant de fouiller les fonds marins à la recherche de mollusques. Souvent acquises comme trophées de chasse, ces dents sont gravées à l’encre noire. Quant au narval, seul le mâle est pourvu d’une défense. C‘est une canine cylindrique torsadée sortant du maxillaire supérieur et qui peut atteindre 3m de longueur.

De par sa couleur et préciosité, l’ivoire a souvent été employé pour la réalisation d’éléments religieux, de personnages historiques ou même pour la reproduction d’œuvres d’art.

Très belle pièce réalisée vers 1880, ce plat s’est inspiré de la vie romancée de Jeanne d’Arc de Schiller. Cachée dans une cave durant la seconde guerre, elle s’est malheureusement dégradée, mais il reste de belles scènes finement sculptées. L’ivoire sensible aux variations de température et hygrométrie est susceptible de « travailler » et se fendre. La figure de Jeanne d’arc, très prisée après la défaite de 1870, était souvent symbole de l’unité nationale.

Autel de la crucifixion, sculpture en ronde-bosse, fin XVIIIe, début XIXe, Dieppe. -- Chope, sculpture en haut-relief, Cortège triomphal de Neptune, XIXe. -- Voltaire, sculpture en ronde bosse, XIXe.

 

 

 

Le goût pour l’imitation se répand à partir du XVIIIe.  La magnifique chope sur laquelle est reproduite la Bataille d’Arbelles d’après le tableau de Charles Le Brun est une véritable prouesse d’ivoirier transposant une œuvre à deux dimensions sur un objet cylindrique.

La Bataille d’Arbelles d’après Charles Le Brun. 19 e siècle. Ivoire sculpté en bas-relief, haut-relief et ronde bosse, monture argent, Augsbourg.

Le Sacre, sculpture en haut-relief d’après Louis David, fin 19e. -- Descente de croix, Dos de bénitier, bas-relief d’après une huile de Charles Le Brun, fin 17 e - début 18e. -- La Ste Famille d’après Murillo, 18e siècle.

L’ivoirier procède par enlèvement, usure de la matière ou percement et non par percussion pour ne pas provoquer de fissures. Le façonnage peut s’effectuer mécaniquement avec un tour à ivoirier, instrument rare et couteux. Créé au 16e siècle, il permet la réalisation d’objets aux formes arrondies.

 

Composition florale dans un vase, tourné et sculpté par R. Jullian, 1985. – Boites à mouche, bas-relief, travail au tour, Dieppe, début 19e -- Le Jason, maquette, os sculpté, tourné. – Tour à ivoire, il aurait appartenu au Duc de Choiseul.

 

 

Improprement appelée ivoire végétal, le corozo est utilisé comme substitut à l’ivoire. La noix corozo est une graine, fruit d’un palmier nain d’Amérique du sud. Sa substance présente plusieurs inconvénients : outre ses dimensions très réduites, elle ramollit au contact de l’eau et brunit en vieillissant.

Maquette d’un trois-mâts, Dieppe, XIXe – Saisies douanières. – Musiciens, ivoire, os et bois

Depuis la fin des années 1980, le commerce est strictement contrôlé. L’utilisation de matières de substitution telles que l’os ou la noix de corozo est parfois nécessaire mais l’ivoire demeure irremplaçable.

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Après les espaces dédiés à la céramique et à l’ivoire au rez-de-chaussée, nous nous rendons à l’étage retrouver Benjamin Sur, commissaire de l’exposition.  Les frères Voirin, surnommés « les frères Goncourt de la peinture nancéienne » sont indissociables. Jules et Léon, nés en 1833, sont jumeaux. Très attachés à leur ville, leurs œuvres sont des instantanés de la vie quotidienne, de scènes urbaines de leur époque.

La ville de Commercy est liée aux frères Voirin par la présence de leurs deux élèves Gustave Henry et Adrien Recouvreur, artistes commerciens. De plus, le Dr Boyer collectionnait les œuvres de Jules. Le Musée des Beaux-arts et le Musée Lorrain de Nancy ont prêté bon nombre d’œuvres en particulier des carnets de croquis dans lesquels on retrouve des études variées, croquis à la plume, au crayon ou à l’aquarelle, des études chromatiques ou même des dessins laissés par leurs amis.

Les frères Voirin ont fréquenté l’atelier de Charles-Eugène Guérard dès leurs 15 ans et suivi son enseignement pendant 5 ans. « Guérard exerça une influence considérable sur l’art lorrain… Grâce à lui, … ils regardèrent autour d’eux, et cherchèrent dans les spectacles multiples de la vie courante des sources neuves d’inspiration, d’arrangements, d’effets de couleur. » écrit Charles de Meixmoron de Dombasle, amis des 3 peintres, en 1907.

La vie des deux frères est construite autour d’un travail d’observation quotidien. Chaque jour, jusque 10h, ils se rendent sur la Place de l’Académie. De 10h à midi, ils travaillent dans leur atelier, retournent en ville de 14 à 16h, étudient passants, recrues militaires, clientèle des brasseries…  A 16h, ils regagnent leur atelier et après diner repartent en ville puis retranscrivent leurs impressions jusque tard dans la nuit.

Jules et Léon Voirin dans leur atelier. Phototypie, revue Nancy-Artiste, 1887. (Jules assis, Léon debout).

Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.
Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.

Léon Voirin, Rencontre dans un parc, 1877 – Promenade galante, 1877 -- Les frères Voirin, dessins des allures de chevaux, montage par le collectionneur Eugène Corbin. -- Léon, La fontaine d’Amphitrite. -- Jules Voirin, Parade militaire.

Les croquis peuvent être utilisés par l’un ou l’autre des frères. Si Léon plus coloriste, souvent caricatural dans des scènes intimistes, peint les toilettes féminines avec beaucoup de précision, Jules représente plus volontiers les soldats dans leur quotidien, revue des troupes, exercices militaires. Tous deux, recomposent leurs tableaux en atelier. Leur peinture n’est pas la représentation fidèle de la réalité mais une construction, « une pensée qui devient tableau ».

Jules Voirin, Leçon de Tambour, fin 19e.

Des soldats s’entrainent à la musique militaire dans une plaine enneigée. Au 1er plan, un soldat se dirige vers nous en jouant du tambour. A sa droite, un sous-officier montre à un autre soldat comment jouer du tambour. Ce dernier tient une canne, sans doute celle du sous-officier, tambour-major qui dirige cette formation musicale. En arrière-plan, un groupe de trois soldats s’éloigne en jouant du clairon pendant qu’un officier, reconnaissable à son grand manteau, inspecte les troupes. Et comme bien souvent, femme, enfant, chien sont intégrés de manière pittoresque. Le tableau n’est pas daté mais les képis correspondent au modèle de 1884. Jules a le souci du détail concernant les uniformes et armes qu’il collectionne et utilise comme modèles.

Léon Voirin, La Grande rue Ville-Vieille et le Palais ducal, 1881.

La grande rue à Nancy devant le palais des ducs de Lorraine dont la façade a été restaurée après un incendie en 1871. Le bâtiment abrite le musée lorrain créé en 1850. Ce tableau serait une commande de Lucien Wiener, conservateur du musée, pour son fils René. Léon a représenté plusieurs personnalités de Nancy. Au centre, François Eugène Georges surnommé Le Prince, Brin d’amour ou encore Papillon. Il fait office de guide touristique pour un couple et leur fille et semble montrer la statue équestre du duc Antoine. Derrière lui, le gardien du musée, connu pour sa voix retentissante et pour accomplir son travail avec zèle et conviction. Sur la droite, un officier des hussards, cigarette à la main, marche le long du palais, en observant le guide faire sa visite. Il s’agit de René Wiener, fils du commanditaire, important relieur d’art à Nancy.

Léon Voirin, Le fiacre en chargement -- Jules Voirin, Salle des ventes de Nancy. -- Léon Voirin, Tramway à deux chevaux, rue des Michottes, 1885.
Léon Voirin, Le fiacre en chargement -- Jules Voirin, Salle des ventes de Nancy. -- Léon Voirin, Tramway à deux chevaux, rue des Michottes, 1885.
Léon Voirin, Le fiacre en chargement -- Jules Voirin, Salle des ventes de Nancy. -- Léon Voirin, Tramway à deux chevaux, rue des Michottes, 1885.

Léon Voirin, Le fiacre en chargement -- Jules Voirin, Salle des ventes de Nancy. -- Léon Voirin, Tramway à deux chevaux, rue des Michottes, 1885.

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Inséparables, les frères Voirin habitent rue des Michottes, immeuble que l’on voit sur la gauche du tableau (celui du tramway) à proximité de la place de l’académie (elle deviendra la place Carnot en 1895).  Leur atelier est idéalement situé au cœur de la ville, entre la place Stanislas et la place Thiers (gare). Témoins privilégiés des évolutions que connaissent la ville de Nancy et des milieux artistiques, ils modernisent la peinture de genre. Entre croquis pris sur le vif et construction des scènes en atelier, leur démarche se situe entre réalisme et impressionnisme. Ils sont aussi le lien entre deux époques, mais leur peinture comme celle de bon nombre d’autres peintres, est un peu tombée dans l’oubli, jugée désuète, ne correspondant plus au goût de ce XXème siècle naissant.

Nécessité oblige, le temps imparti pour chacun des trois espaces du Musée fut limité mais passionnant. L’exposition sur les frères Voirin  visible jusqu’au 31 octobre  mérite le détour.

Un grand merci à Catherine pour l’organisation de ces visites originales, et avec elle, à celles qui ont œuvré pour la réussite de cette journée conviviale très intéressante. Chantal Clément.

 

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