/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_9c9c56_60.jpg)
Gustav Klimt, Le Baiser, détails, 1907-1908. Vienne.
Jeudi 28 mai, au Château Fabert de Moulins les Metz, belle soirée organisée par LesArts57, et présentée par Jean-Yves Bègue : « Gustav Klimt, le monde comme une forme féminine ». Médecin, conseiller municipal et amateur d’art, Jean-Yves remercie les 71 personnes de l’assemblée de leur présence.
Gustav Klimt naît en 1862 dans la banlieue de Vienne dans une famille ouvrière de sept enfants. Son père est orfèvre ciseleur, sa mère musicienne. Il fréquente l’école des arts appliqués de Vienne entre 1876 et 1883 pour devenir artiste décorateur.
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, Vienne est en pleine transformation, l’empereur François-Joseph fait construire le boulevard encerclant la ville - la Ringstrasse - à l’emplacement des remparts médiévaux ainsi que de somptueux édifices à la gloire des Habsbourg. Les qualités artistiques de Klimt sont reconnues officiellement : à 26 ans déjà, il reçoit des mains de l’empereur la croix d’or du Mérite artistique. Klimt s’associe à son frère Ernst et à Franz Matsc. Ensemble, ils créent un atelier collectif et obtiennent des marchés. Ils réalisent des peintures décoratives : fresques, frises, plafonds peints … pour le Kunsthistorisches Museum (musée d’histoire de l’art), le Burgtheater, et de nombreux chantiers de villas bourgeoises.
Dans ce tableau des personnalités autrichiennes de l’époque sont reconnaissables, entre autres, Brahms, Serena Pulitzer (mécène de Klimt) …
« Portraits réalistes à la précision photographique » !
Toile pour laquelle il reçoit le prix de l’empereur.
Au contact de l’art moderne international : impressionnisme français, symbolisme européen, art japonais, … peu à peu, Klimt s’éloigne des contraintes de l’académisme. Pour plus de liberté et d’innovation, il fonde en 1897, avec d’autres artistes, la Sécession viennoise. En tant que président de la Sécession, Klimt joue un rôle de premier plan pour promouvoir un art total unissant peinture, architecture, sculpture, arts textiles, musique et faire coexister, sans hiérarchie, des arts dits majeurs avec les arts décoratifs. Ce mouvement s’apparente à l’Art Nouveau français et au Jugendstil allemand : formes organiques, abondance de courbes, absence de perspective, importance de la typographie.
Klimt cherche à retrouver chez la déesse Athéna la force de l’art antique grec. Il la représente coiffée de son casque doré en se rapprochant le plus possible de l’armure et de ses attributs décrits dans l’Iliade de Homère. Sous le visage, une Gorgone tire la langue. Elle tient sa lance dans la main gauche et dans la main droite une statue de Niké (statuette ailée de la Victoire) peinte de manière originale : nue, avec une chevelure rousse. La fonction de protectrice des arts de Pallas Athena semble être assumée, ici, par une figure féminine vivante ! L’utilisation de la feuille d’or confère à sa toile une dimension spirituelle.
Klimt identifie aussi le combat d’Athéna à celui de la Sécession, cette œuvre symbolise l’émancipation de l’artiste par rapport à l’art académique. Ce tableau est repris pour composer l’affiche de la deuxième exposition de la Sécession : Athena devient l’allégorie d’un art nouveau qui revendique son indépendance.
Franz Schubert joue du piano, lors d’une représentation privée dans un salon. Sur le pupitre, des bougies éclairent la partition. Le musicien vêtu d’une veste sombre et d’une chemise à col blanc suit la partition. A gauche, le jeune modèle Maria Zimmermann connue sous le nom de Mizzi porte une robe ornée de fleurs roses peinte à coups de pinceaux vifs et précis. Elle regarde le spectateur. Le visage est doux et fondu. Derrière Schubert, deux femmes, partitions en main, portent des robes représentées par touches rapides. Chacune porte une fleur assortie à la robe autour de son cou et les cheveux sont relevés en chignon. Ces femmes, aux tenues chatoyantes, guident le regard vers le musicien mis en valeur par son vêtement peint avec une grande finesse. Auguste Lederer, industriel juif, mécène de Klimt, a acquis ce tableau qui fut détruit par les nazis en 1945.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_8114bd_12.jpg)
La Frise Beethoven est réalisée en 1902 dans le Palais de la Sécession pour la 14e exposition de Vienne consacrée au compositeur. Sur plus de 34m de long, peinte sur un caillebotis crépi, Klimt y introduit des morceaux de miroir, des boutons même des bijoux fantaisie en verre multicolore ! Elle représente sur 3 murs de la salle d’entrée la Neuvième Symphonie de Beethoven.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_48896a_13-klimt-beethovenfries-linke-seit.jpg)
Tout d’abord : l’aspiration au bonheur : des figures féminines longilignes flottent dans l’air. Puis l’humanité souffrante symbolisée par un couple à genoux et une femme suppliante qui implorent le « chevalier d’or » de s’engager dans la lutte pour le bonheur.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_c25203_15-klimt-1-frise-beethoven.jpg)
Au fond de la salle, les puissances hostiles : 3 belles gorgones coiffées de serpents, derrière elles 3 femmes incarnent la maladie, la folie et la mort. Leur père le géant Typhon, monstre hybride est peint sous la forme d’un grand singe, queue serpentine, ailes bleues, et yeux de nacre. A sa droite, 3 femmes personnifient l’impudeur, la volupté et l’intempérance.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_f9872b_13-14.jpg)
Sur le dernier mur, l’aspiration au bonheur trouve son apaisement dans la poésie et la musique, incarnée par la femme vêtue d’or et jouant de la lyre.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_6aabea_17.jpg)
Enfin un chœur de femmes chante le final de la neuvième symphonie basée sur L’Ode à la joie de Schiller (Hymne européen). Le chevalier a laissé son armure, il se tient nu, enlace et embrasse une femme, c’est Le baiser au monde entier.
Par le format en triptyque, la représentation des figures, les motifs, l’utilisation de l’or, la frise Beethoven est une œuvre riche et complexe. En réunissant architecture, peinture, musique et même sculpture - une statue de Beethoven était présente à l’exposition -, Klimt réalise une œuvre d’art totale.
Très élégante, Emilie Flöge pose dans ses habits haut couture, silhouette longiligne et sinueuse moulée dans une robe originale. Le visage auréolé par une chevelure abondante. Seuls le décolleté et les mains se détachent des magnifiques motifs du tissu. La gamme chromatique réduite renforce l’élégance de ce portrait.
Avec ses sœurs, Hélène et Pauline, elle a créé une maison de couture « Aux sœurs Flöge », haut lieu de la mode, dans une rue élégante de Vienne. Hélène ayant épousé son frère Ernst, Gustav succombe au charme d’Emilie. Elle incarne l’idéal féminin, indépendante, créative, intégrée aux cercles artistiques. Malgré ses nombreuses liaisons, elle sera son modèle, « sa muse éternelle ».
Adèle Bauer est issue d’une riche famille juive viennoise. Ce portrait est une commande de son époux Ferdinand Bloch, banquier et producteur de sucre, mécène de Klimt.
Le tableau est réalisé à la peinture à l’huile avec une superposition de feuilles d’or et d’argent. Adèle semble assise sur une chaise en or. Le visage et les mains, rendus de manière réaliste et délicate, attirent l’attention. Elle porte un large collier et regarde le spectateur. Des motifs décoratifs différents permettent de distinguer le large manteau qui s’étend autour de la robe. Inspiré par les mosaïques byzantines de la basilique Saint Vital de Ravenne, qui l’avait émerveillé, Klimt crée un portrait à la gloire de la beauté féminine. Ce portrait incarne l’apogée de la période dorée de l’artiste.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_ef2c5f_40.jpg)
L’Arbre de Vie est une fresque réalisée pour la villa Stoclet à Bruxelles entre 1905 et 1911, commandée par le mécène Adolphe Stoclet. Motif universel, présent dans diverses cultures, l’arbre représente la connexion entre la terre, ses racines profondément ancrées, et le ciel, les branches se déployant dans l’espace. Cet ensemble décoratif et harmonieux utilise des couleurs riches et vibrantes dominées par l’or qui lui confère une aura précieuse. Les formes organiques, sinueuses, et les spirales en particulier, créent une impression de continuité et d’infini. Les racines de l’arbre symbolisent l’origine de la vie, la stabilité. Les branches symbolisent la diversité de la vie et les multiples chemins qu’elle peut emprunter. L’arbre est situé au milieu de la fresque. A gauche, une femme est tournée vers l’arbre, à droite un couple enlacé.
Cette œuvre emblématique fascinante est un symbole puissant, universel du cycle de la nature, de l’interconnexion de la vie et de l’homme dans l’univers.
Dans un format carré, que Klimt affectionnait, se détachent trois figures féminines sur un fond décoratif. Regroupés dans la partie centrale, les trois âges de la femme sont magnifiquement représentés par de longues silhouettes : la jeunesse, la maturité et la vieillesse. L’enfant et sa mère sont paisiblement endormis. Leurs joues rosées évoquent la vitalité. La peau est claire, un joli voile bleuté s’enroule autour de leurs jambes. La chevelure ondulante, de couleur chaude est parsemée de fleurs décoratives. Cette beauté s’oppose au corps ridé et taché de la femme âgée. Son dos est voûté, le ventre relâché, son visage caché par sa main et sa longue chevelure grise, elle est désolée de la fatalité du temps qui passe. Klimt évoque la beauté et la complexité de la vie à travers les âges : l’innocence de l’enfance, la plénitude de la maternité et la solitude de la vieillesse. Œuvre symbolique du cycle de la vie.
Œuvre sans doute la plus emblématique de Klimt, elle incarne l’apogée du « cycle d’or » de l’artiste. Ce couple enlacé fascine, la composition à la fois simple et complexe le positionne au centre d’un format carré. Les formes organiques, lignes fluides créent une sensation de dynamisme et de mouvement. Le couple enlacé est enveloppé dans une riche couverture ornée de motifs dorés. La dorure à la feuille d’or illumine la toile ajoutant une dimension de noblesse. La figure masculine embrasse sur la joue la figure féminine l’enlaçant dans une étreinte passionnée. Le visage féminin (peut-être celui d’Emilie ?) est penché en arrière, sa main droite autour du cou de son compagnon, dont on ne voit pas le visage. Jambes et pieds émergent de la robe sur un parterre végétal fleuri. Les motifs géométriques du vêtement de l’homme ont des formes rectangulaires, ceux de sa compagne sont circulaires. Les formes figuratives humaines et les formes décoratives créent un contraste visuel d’une grande sensualité. L’arrière-plan aux tonalités dorées, abstrait, plus uniforme met en valeur harmonieusement le couple et ajoute une dimension sacrée à cette représentation de l’amour. Le Baiser, exposé en permanence au Palais du Belvédère à Vienne est une des œuvres les plus visitées en Europe.
Plus tardif, ce très joli portrait est réalisé dans un style très diffèrent. Matière épaisse, coups de pinceaux rapides, ce portrait n’est pas sans rappeler ceux réalisés par les fauves ou les expressionnistes allemands.
Le tableau, volé en 1997, a été retrouvé par hasard en 2019 par un jardinier, dans un sac poubelle caché dans une trappe d’aération dans un mur du musée d’Art moderne de Piacenza en Italie, la toile sur son châssis mais sans son cadre. Le tableau a inspiré le roman L’inconnue du portrait de Camille de Peretti, paru en 2024.
Chaque été, Klimt se rend au lac d’ Attersee. Il réalise de nombreuses peintures de paysages. Ses paysages sont verdoyants, sereins, peuplés de fleurs. Il travaille sur le motif mais termine en atelier. La touche rappelle le pointillisme de Seurat. La toile est couverte de touches de couleurs vibrantes à la manière d’une mosaïque mais on retrouve les influences de Monet, Van Gogh, Matisse, Bonnard.
Sur le Lac Attersee, 1900 --- Rosiers sous les arbres, 1905. --- Château Kammer à Attersee III, 1909. ---Avenue du château de Kammer, 1912. --- Jardin aux tournesols, 1907.
/image%2F1572904%2F20260619%2Fob_f314aa_82.jpg)
Gustav Klimt meurt d’un AVC en 1918 dans son appartement à Vienne. Il laisse une œuvre d’une richesse décorative et symbolique fascinante. Chantal Clément.