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Au lendemain de la conférence « Où se trouve le sport dans l’histoire de l’art ? », le 12 février 2026, à Longeville-les-Metz.

Organisée par LesArts57 en partenariat, toujours sympathique, avec l’association Echange et Culture de Longeville-les-Metz, cette soirée présentée par Kelem Coll, chargé de médiation et de programmation jeune public au Centre Pompidou Metz, a réuni 27 personnes au centre social Robert Henry.

« Où se trouve le sport dans l’histoire de l’art ? », ce thème choisi par Kelem Coll est complètement d’actualité avec les J.O. d’hiver. Fasciné par les deux sujets, de par son travail et ses études, son goût pour l’art contemporain et depuis toujours son grand intérêt pour le sport, qu’il pratique mais aussi en tant que spectateur … Kelem nous invite à nous questionner sur l’ambivalence qui existe entre les deux.

 

Dans les milieux culturels, certains sports sont catégorisés et à l’inverse les sportifs, des footballeurs par exemple, n’osent pas toujours avouer leur goût pour l’art or les deux sont complètement liés. Dans le sport comme dans l’art, il y a répétition du geste, apprentissage, progression, valeurs véhiculées, facteur d’émancipation, possibilité de mieux se connaitre. D’ailleurs au niveau de la région Grand Est, c’est la même personne gère le sport et la culture.

Qu’est-ce que l’art ? Kelem s’appuie sur la notion du Kunstwollen, concept philosophique d’Aloïs Riegl : l’art nait d’une volonté artistique. L’IA ne peut pas faire d’art car l’art doit naître de l’intention de faire une œuvre d’art. A cela, il faut ajouter le prisme du temps. Les premières photos prises de l’espace l’ont été dans un but scientifique, mais aujourd’hui, on les considère comme des œuvres d’art. De même, les statuettes réalisées par Jean Daligault dans la prison de Trèves en 1943, doivent être observées en tenant compte de l’époque et non pas avec le regard actuel.

  1.  Le sport dans l’art.
  • Le sport, considéré comme tel, est déjà présent dès l’antiquité. Sur des vases grecs, des sportifs sont représentés de manière artistique. Actuellement les épreuves de gymnastique, de danse, de patinage… comportent une note artistique. Autre filiation avec la Grèce antique, la cérémonie d’ouverture des jeux est un grand spectacle artistique.
  • Dans la Rome antique, les combats de gladiateurs étaient mis en scène comme des spectacles de théâtre. Actuellement ce sont les combats de catch, aux scénarios entièrement écrits, qui s’en rapprocheraient le plus, contrairement aux combats de MMA (arts martiaux mixtes) qui n’obéissent à aucune règle.
  • Parmi les artistes passionnés de sport, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, en vogue dans les années 50, supporter de la Roma, a théorisé l’amour du beau geste, dans une encyclopédie du foot. Albert Camus, lui aussi, passionné de foot était même gardien de but. Quant à Umberto Boccioni, peintre futuriste italien, il était passionné de cyclisme. Il retranscrit dans sa peinture l’analyse et la dynamique du mouvement du cycliste qui « fend le vent ».
  • De nombreux artistes contemporains utilisent le sport comme sujet. Actuellement Maurizio Cattelan expose au Centre Pompidou Metz une œuvre engagée : Stadium, un babyfoot géant de 11 places de part et d’autre, même nombre de joueurs que sur un terrain. D’un côté une équipe africaine et de l’autre une équipe milanaise blanche.  Cattelan dénonce le racisme très présent en Italie, entre l’Italie du Nord et celle du Sud d’une part, et entre joueurs blancs et de couleurs d’autre part, montrant que tous pourraient jouer ensemble. Mario Balotelli fut le premier joueur noir dans l’équipe nationale d’Italie, en 2008 seulement, tandis qu’en France l’équipe Black-Blanc-Beur remportait la coupe du monde en 1998.
Maurizio Cattelan, Stadium.
Ben, Le Ring du Doute,1970

Ben crée en 1970 le Ring du Doute. Benjamin Vautier appartient à la mouvance Fluxus, qui utilise l’aspect performatif pour impliquer les gens. Le ring de boxe invite aux joutes verbales, au combat d’éloquence. Ben utilise le sport pour poser des questions, amener un débat, construire son propos artistique.

 

Miet Warlop, One Song.

Miet Warlop est plasticienne, elle met en scène One Song, une chanson sur une tribune de foot, un spectacle à la fois musical et sportif. Sur des gradins, des acteurs en tenue de supporters, un coach, des athlètes, un pom-pom boy… tous performent en faisant en même temps autre chose que chanter ou jouer de la musique : les musiciens sont des athlètes jouant de leur instrument en faisant de la gymnastique, de la poutre, du tapis roulant… Elle utilise l’esthétique du sport pour créer une œuvre contemporaine.

  • Les artistes Philippe Parreno et Douglas Gordon s’associent pour réaliser un film tourné en temps réel sur Zinedine Zidane, footballeur esthétique. Lors du match Real Madrid – Villaréal CF, 17 caméras réparties dans le stade sont braquées sur le corps de Zidane. Ce film dresse le portrait du sportif en s’approchant au plus près, donnant même la sensation de se déplacer à ses côtés, captant le regard, la concentration, la précision de la frappe… les sons du choc des corps, de la frappe du ballon, du chant des supporters associés à une musique originale plonge le visiteur au cœur de l’installation :  les 17 écrans géants constituent une œuvre artistique et sportive étonnante.
Zidane, un portrait du XXIe siècle.
  • Massimo Furlan demande à 14 comédiens de refaire le match cauchemardesque France – Allemagne de 1982, mais sans ballon et sans joueurs allemands. La France a perdu au tir au but, scénario improbable où « le grand méchant » gagne. Réinterprétation drôle et artistique des acteurs, en particulier du rôle de Platini, numéro 10, et commenté en direct par deux journalistes sportifs de Canal+.
• Discofoot. 2025.
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Discofoot. 2025. Cette installation devant le centre Pompidou transformé en terrain de foot est composée de deux équipes : les bleus et les roses. Elles s’affrontent sur de la musique disco, un ballon argenté au pied. Pour interagir, les échanges se font sur des pas de danse. Clin d’œil supplémentaire entre foot et danse : la remarque souvent faite à un joueur qui se plaint qu’« il n’est pas une danseuse » !  C’est en réalité le ballet de Lorraine qui détourne les règles du foot sur des chorégraphies free style. Joli projet qui croise les deux pratiques : artistique et sportive.

 

  • Pilier de la performance artistique, Marina Abramovic inclue la notion de sport de haut niveau dans sa pratique. Dans l’œuvre Rest Energy, la flèche est tendue vers le cœur de Marina par les poids des corps. Elle ne lâche rien et pousse toujours très loin les limites du corps et de l’esprit.

  • Le sport, la musique et le cinéma.

 Des liens étroits existent entre chanteurs et sportifs : Johnny a chanté pour l’équipe de France, les rappeurs sont souvent proches des footballeurs et vice-versa… Les musiques de stade lors de l’entrée des joueurs, à Marseille, Paris… Des hommages en musique rendus aux sportifs : Let it be ou Hey Jude des Beatles en Angleterre lors de certains matchs, Rocheteau et les verts, Saint Etienne en France.

De grands films sont consacrés au sport : la boxe est souvent traitée au cinéma : Rocky, Challenger, et plus récemment le tennis de table avec Timothée Chalamet dans Marty Supreme.

2.  L’art dans le sport.

Quelques sportifs sont connectés à l’art :  

  • Mohamed Ali exécutait une boxe esthétique, ses déplacements ressemblaient à une chorégraphie en dansant sur ses jambes. Sa devise était « Vole comme le papillon, pique comme l’abeille ». Sensible à l’art et à la poésie, il réalise des dessins avec une pointe d’humour. Kelem Coll retrouve des points communs avec Basquiat qui a aussi fait de la boxe et s’est mis en scène dans ses dessins.

 

  • Roger Federer, symbole du beau dans le tennis masculin. Pour la Biennale de Venise, l’artiste Ugo Rondinone réalise des moulages de son corps et les installe, suspendus comme des nuages.
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  • Memphis Depay, footballeur, il réussit aussi dans le rap. De plus, il soigne son esthétique vestimentaire jusque sur le terrain et ne laisse rien au hasard : bandeau, coiffure, T.Shirt…
  • Alfie Whiteman, gardien de but dans une équipe d’Angleterre. Il quitte le milieu du foot pour se consacrer à la photographie, et à la réalisation cinématographique.
  • Eric Cantona lui aussi, après une belle carrière footballistique devient acteur. Après avoir été une icône dans le sport, il se construit un personnage cinématographique. A la manière de Salvatore Dali, ou de Zlatane Ibrahimovic, c’est sa personnalité particulière et forte qui participe à sa légende.

 

  • Paul Wade, jeune joueur de foot, il évolue à Châteauroux. Il pratique la peinture, inspiré par son origine sénégalaise et trouve ainsi le moyen de se construire et de s’affirmer via l’art.

  • L’art dans ce qui entoure le sport.
  • Les maillots sont devenus de véritables éléments de mode. Une grande attention est portée sur la manière de les mettre en valeur : portés par de jolis mannequins sur une gondole ou un bateau pour le maillot vénitien comme dans les magazines de mode voire de luxe.

Les tifos réalisés par les supporters sont de grandes fresques temporaires pour encourager leur équipe. Ils recouvrent souvent une section entière du stade. Certains portent de simples messages, ou le maillot du club tandis que d’autres, par contre, sont de plus en plus élaborés mettant en avant les éléments historiques d’une ville.

Tifos Paris, Dortmund et Marseille.
  • L’architecture

Le Parc des Princes avec ses voiles en béton appartient à la ville de Paris. Produit artistique non modifiable, dû à l’architecte Roger Taillibert en 1972, il a une valeur patrimoniale. La ville a refusé de l’agrandir ou de le vendre au Qatar. Avec son architecture en bois, le stade de la Pancho Arena en Hongrie peut être considéré comme l’un des plus beaux au monde, de plus, son nom rappelle le surnom d’un joueur hongrois, Ferere Puskas, consacré pour avoir marqué le plus beau but de l’année.

  • La réalisation de photos et documentaires sont, en général, esthétiques et très beaux. Ces clichés sont lauréats du concours des plus belles photos dans le domaine de la natation et du basket.

3. Le sport, un art à part ?

  • Les sports artistiques. Que ce soit la danse contemporaine ou la danse classique, leur pratique artistique requièrent toutes deux des performances sportives. Dans la break dance, les figures sont impressionnantes, la partie physique prévaut sur l’artistique. La gymnastique comporte, elle aussi, une note artistique. Le skate-board est directement connecté au street-art, à des éléments de mode. Il s’approprie la rue pour utiliser des éléments de la ville, créer artistiquement, c’est un art rebelle.

  • Le sport, art de l’immédiat ?

- Geste instinctif, nécessité d’improviser constamment, d’inventer de créer sur l’instant, exemple le basketteur qui doit marquer à la dernière seconde pour faire gagner son équipe.

- Choix entre le beau et l’utile : Ryan Cherki, ce jeune footballeur plus intéressé par donner du plaisir aux supporters par de beaux gestes que de comptabiliser des buts, connaitre ses statistiques …  En ce sens, il a un engagement artistique dans ce collectif sportif.

- Précision du geste parfait qui l’élève au rang d’art : esthétique et maitrise totale : Zidane, Federer.

  • - Scénarios dignes des plus grandes pièces tragiques. Exemple le plus marquant, encore ce fameux match France-RFA, 82, à symbolique encore forte. Battiston sort sur une civière, gravement blessé, tandis que le gardien auteur du mauvais coup, impuni, s’en amuse et donne finalement la victoire à son équipe ! ce match aurait pu correspondre à une véritable pièce de théâtre au scénario improbable qui comporte tous les éléments narratifs. On pourrait le comparer à une œuvre d’art.

Certains entraineurs et leur vision à travers leurs styles de jeu peuvent être considérés comme artiste : Guardiola, adepte de l’école barcelonnaise du foot total : garder le ballon tout le temps.

  • Le sport et l’engagement politique.

- Socrates, footballeur brésilien, bac +8, choisit son surnom, s’engage dans son club pour créer une démocratie corinthienne où les joueurs sont tous payés de la même façon, s’opposant ainsi au régime dictatorial du Brésil.

- En 1958, un joueur algérien de st Etienne refuse la sélection en équipe de France mais joue pour l’équipe nationale du FLN, favorable à l’Algérie autonome. Il participe à l’émancipation du peuple algérien. Cette attitude peut être considérée comme un geste artistique performatif fort.

- En 1986, sur fond de guerre des Malouines entre Argentine et Angleterre, Diego Maradona marque un but de la main, tout le monde a vu la faute sauf l’arbitre. Ce dernier, sans nier, dit « c’est la main de Dieu », sens de l’improvisation et sens de la formule ! (Victoire de l’Argentine sur l’Angleterre : 2-1).

Socrates, Rachid Mekhloufi, Diego Maradona.

En conclusion, certains gestes pratiqués à la perfection et qui, des années plus tard, sont encore dans les mémoires, pour leur créativité, peuvent avoir une petite place dans l’histoire de l’art. A certains égards, le sport atteint parfois un rang artistique et un rang d’art. Un grand merci à Kelem Coll pour cette conférence originale si intéressante, structurée et fluide.  Elle a ravivé des souvenirs parmi l’assistance et une remarque intéressante évoquant les arts martiaux où la question du lien art et sport ne se pose pas.

 

 

Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :

Conférence le mardi 3 mars à 20 H à Saulny

Soirée présentée par Anne Adrian

"La sculpture et la danse."

 

Réservation par mail ou par tél :

 lesarts57@gmail.com   ou tél.   03 87 32 05 03 

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