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Au lendemain de la conférence « La sculpture et la danse », le 3 mars 2026, à Saulny.

Hippolyte Moulins : Une trouvaille à Pompéi, 1863 -- Carpeaux, Les Trois Grâces, 1873 -- Edgar Degas, La Petite danseuse de quatorze ans, 1881, musée d’Orsay.

Mardi 3 mars 2026, 20h, LesArts57 accueille avec plaisir Anne Adrian, conservatrice du patrimoine au Musée de la Cour d’Or. Dans la salle Muller, devant une trentaine de personnes, Martine présente les rencontres à venir et en particulier l’AG de l’association le 24 mars.

« La sculpture et la danse », deux sujets chers à Anne Adrian mais dont la relation immédiate peut être difficile à percevoir : comment parvenir à rendre le mouvement d’un corps qui danse sur un matériau tel que du marbre par exemple ?  

Restituer le mouvement d’un corps dansant est un toujours un véritable défi pour un sculpteur, il va essayer de rendre la gestuelle des danseurs la plus vivante possible. L’approche est différente selon le contexte, la commande, et surtout l’époque : danse antique, danse classique, danse contemporaine.

I. Perspective historique : relation des sculpteurs à la danse et sa représentation.

Dans l’Antiquité, il existe des sculptures représentant des danseurs qui correspondent à des rituels.

 

Scène inspirée de l’archéologie, cette très jolie statue exprime la danse spontanée de cet ouvrier qui vient de découvrir une statuette lors des premières fouilles à Pompéi, en 1748. C’est une vision idéalisée, mais l ‘élan du jeune homme est admirablement restitué sur ce bronze exposé dans la nef du Musée d’Orsay. 

Hippolyte Moulins : Une trouvaille à Pompéi, 1863, 187 cm.

 

Parmi les sculptures antiques, les tanagras sont des petites figurines en terre cuite de 25 à 30 cm retrouvées par centaines fin XIXe à Tanagra, antique cité grecque. Produites aussi en grand nombre à Athènes, vers le IVe siècle avant J.C., certaines représentent des danseuses, gracieuses, enveloppées dans un voile. Elles portent des traces de polychromie.

 

Petite statuette corinthienne, la Danseuse aux crotales, esquisse un pas gracieux. Les crotales étant des sortes de castagnettes jouées lors des fêtes en l’honneur de Dionysos. La coiffe en corbeille évoquerait les Danseuses de Delphes. Grand succès de cette petite figurine acquise par le Louvre fin XIXe.

Danseuse aux crotales, Corinthe, 17 cm, 325-280 av J.C.

Ces petites statuettes ont été trouvées dans les sépultures, les sanctuaires ou les maisons dans tout l’espace méditerranéen. Elles avaient sans doute une fonction votive ou funéraire. Suite à la découverte de ces statuettes, une mode des danseuses aux voiles transparents a émergé dans les années 1870.

Incarnée par Loïe Fuller, danseuse américaine, la danse serpentine utilise les mouvements des bras et des tissus. A l’inverse de la danse classique, cette danse libre fait disparaitre le corps sous les grands voiles. Présentée pour la 1ère fois à New York en 1892, puis à Paris aux Folies Bergères, le succès fut immédiat.

Loïe Fuller refusait le cinéma, mais attachait une grande importance à l’éclairage électrique, aux jeux de miroirs. « Soudain, déchirant l’obscurité…, elle jaillit sous les feux de la rampe » écrit Roland Huesca. Des projecteurs étaient installés sous un plancher de verre transparent sur lequel elle évoluait. De grands voiles de couleur tendus par des baguettes créaient d’amples volutes. Loïe Fuller, surnommée la « Fée Lumière » est considérée comme une pionnière pour les effets spéciaux des décors et costumes de scène. Elle a inspiré des créations en porcelaine de Sèvres d’Agathon Léonard.

Danseuse à l’écharpe n°13, Sèvres – Ensemble de six danseuses, Sèvres, 1898, Londres.

La danse de Loïe Fuller incarnait une forme en mouvement, dont le corps dissimulé sous les voiles ne semble pas avoir d’épaisseur. A l’inverse, sa compatriote Isadora Duncan insistait sur la matérialité du corps. « … la danseuse, de sa seule présence donne à voir le multiple… » selon G.Delaquys. Isadora Duncan veut « Faire revivre l’idéal antique, … pas le copier… mais respirer sa vie…partir de sa beauté pour s’élancer vers le futur. »  Contemporain, le célèbre danseur Vaslas Nijinski, développe le même thème : « Je vais me tourner vers la Grèce antique ».

Au Moyen Age, il existe aussi des représentations sculptées de danseurs mais dans des contextes bibliques, religieux ou de la vie quotidienne. Ces sculptures sont souvent visibles aux portails d’églises ou de cathédrales.

A ) le thème de la danse de Salomé.

La danse de Salomé, Cathédrale de Rouen, Portail de gauche, tympan, vers 1240-50.

Salomé danse à l’occasion de l’anniversaire de son oncle et beau-père, Hérode Antipas. En échange, elle demande la tête de Jean-Baptiste sur un plateau d’argent. L’épisode est sculpté sur le tympan du portail de la cathédrale de Rouen, Salomé y apparait dans une curieuse posture de contorsionniste.

Sur le panneau de bronze de la basilique de Verone, elle est représentée réalisant un salto arrière. La traduction en latin médiéval du geste de Salomé indique qu’elle « bondit » ou « saute » ! La danse, au moyen Age, est plutôt considérée comme diabolique, même s’il existe des danses collectives :  religieuses ou processionnelles, elles peuvent être perçues comme sources de troubles.

B ) Danseurs et jongleurs médiévaux.

Le statut de danseur est ambigu pour les chrétiens. Les danses relevant du spectacle sont condamnées par l’Eglise. Le terme d’amuseur revient souvent dans les textes, il est à la fois musicien, chanteur, acrobate ou jongleur. Charlemagne interdit que les évêques entretiennent des jongleurs. En 1215, interdiction est faite aux clercs d’assister aux spectacles de mimes, comédiens et jongleurs !

 

C ) Danses profanes, danses de société.

Au XVe siècle, la danse change de statut comme en témoigne l’apparition des premiers manuels de danse. Divers genres émergent : la danse mauresque ou (morisque) et la basse-danse, lente et majestueuse. Si la danse fait l’objet de représentations surtout peintes (Danses des paysans, Brueghel l’ancien, 1568), il existe quelques sculptures révélant des aspects singuliers de la vie sociale dans laquelle la danse joue un rôle, par exemple :  le thème de la danse mauresque, dans un ensemble de 16 statuettes sculptées par Erasmus Grasser en 1480.

Morisken-Tänzer, bois polychromé, 1480, hauteur 80 cm, Stadtmuseum, Munich.

Ces danseurs, « à la gestuelle pleine de verve », ponctuée de sauts virtuoses avait pour but le gain d’un prix : pomme, anneau, fiancée ! … Les pieds des danseurs sont tournés vers l’extérieur (comme les sculptures allemandes à la fin du moyen Age). Ils sont vêtus à la mode de l’époque. Divers types humains y sont mimés : un élégant vaniteux, un amoureux transi, un farceur perfide, un courtisan galant … Jeune artiste talentueux, Erasmus Grasser se voit confier par les édiles de Munich, en 1477, des éléments de décoration sculptée pour les salles du Conseil de l’Hôtel de ville, blasons, statuettes… Cette commande lui assura succès et reconnaissance. La danse mauresque tenait son nom des danses des Maurs d’Espagne. Il est à supposer que le sculpteur a vu ces danseurs pour traduire si finement leur gestuelle et le détail des costumes.

 

La danse peut accompagner le passage dans l’au-delà : le thème de la danse macabre se retrouve dans la petite sculpture, peut-être en lien avec les cabinets de curiosités fréquents aux XVIe et XVIIe siècles. Ce squelette semble marcher selon un rythme de danse et tient des bâtons comme pour jouer du tambour.

Joachim Henne, Death as a Drummer, ivoire vers 1670-80, h : 27,5 cm, Londres.

 

Au XIXe siècle, les sculpteurs ont donné à la danse ses lettres de noblesse.

  1. Les sculptures des décors de théâtre.

L’un des plus célèbres groupes sculptés sur la danse est sans doute celui de Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, destiné à orner la façade de l’Opéra Garnier à Paris. Ce grand haut-relief, (= sculpture non détachée du fond), en pierre, fut achevé en 1869.

Pour le Génie de la Danse, la figure centrale du groupe, Carpeaux emprunta son corps au menuisier Sebastien Visat et à la princesse Hélène von Dönniges Racowitza, son sourire. Il s’inspira aussi des danseuses du Palais Royal, heurtant ses contemporains qui dénoncèrent un art réaliste et vulgaire. La sculpture fut même tachée d’un jet d’encre noire. Sous la pression populaire, Napoléon III et Charles Garnier s’apprêtaient à la retirer quand la défaite de 1870 puis la mort de l’artiste en décidèrent autrement. Afin de le protéger de la pollution, le groupe original a été transféré au musée d’Orsay.

Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse, modèle original en plâtre, H:232, L:148, P:115 cm, musée d’Orsay.

Une copie, réalisée en 1963 par Jean Juge, commandée par l’atelier de Paul Belmondo se trouve sur la façade de l’Opéra. Actuellement en travaux, La Danse est reproduite sur une bâche de chantier.

Copie de La Danse, façade du Palais Garnier, reproduite sur une bâche de chantier.

Un autre groupe en marbre, sculpté par Carpeaux, intitulé Les Trois Grâces, est l’une des nombreuses compositions reproduisant les trois Baccantes qui entourent le Génie masculin. Les nus et sourires aux dents apparentes scandalisèrent ses contemporains. Les danseuses semblent tourner vers la droite, mouvement si bien rendu par le traitement virtuose de la ronde bosse, de la position des pieds, des mains et des têtes indiquant le sens de rotation. Les trois figures alternent jambe portante et bras levé obéissant aux conventions classiques. Les visages inclinés donnent l’impression que le spectateur tourne autour de la figure qui danse. Le groupe sculpté dégage un bel équilibre entre le traitement du volume du corps et le mouvement magnifiquement restitué.

J.B. Carpeaux, Les Trois Grâces, marbre, vers 1873, musée d’Orsay.

 

Ce groupe sculpté d’édition, en terre cuite patinée, était produit dans l’atelier Carpeaux par le frère et le père du sculpteur. Tirés à multiples exemplaires et destinés à la vente, ce revenu faisait vivre la famille.

J.B. Carpeaux, La Danse, environ 120x 60 cm, 1874. Musée du Petit Palais.

Sur le même thème, une grande colonne ornée de trois statues de femmes, de près de 2 m chacune, a été découverte en 1893, au Temple d’Apollon à Delphes. Un moulage de ce groupe des Danseuses de Delphes fut présenté à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

Danseuses de Delphes, marbre, 295 cm, vers 330 av J.C., musée d’Orsay.

 

Il existe d’autres sculptures isolées de leur contexte mais aussi destinées à orner des théâtres. Il s’agit souvent d’allégories telle la statuette Terpsichore, muse de la danse, réalisée par Pierre Francois Berrier. Celui-ci s’est vu confier avec l’architecte Victor Louis, la réalisation du Grand Théâtre de Bordeaux, l’un des plus importants chantiers du XVIIIe siècle. La statue occupait une position en hauteur, au sommet de l’attique du théâtre, d’où l’effet de raccourci avec le corps allongé et la tête menue. Elle tourne la tête vers ses compagnes, les 3 autres muses dédiées au théâtre avec lesquelles elle forme un groupe décoratif. Les originaux des statues en marbre (1782) endommagées sont conservés à l’école des beaux-arts de Bordeaux et remplacés par des copies.

Pierre-François Berrier, Terpsichore, terre cuite, 37x15 cm, 1778, Louvre.

B) Edgar Degas (1834-1917) : le sculpteur des danseuses, et pas seulement le peintre des danseuses !

  • L’approche artistique des danseuses par Degas. La danseuse était pour Degas le « moyen d’inventorier les ressources infinies de la figure humaine » R. Pickvance. Il était servi par une grande mémoire visuelle même s’il avait parfois recours à la photographie.
  • Comme de nombreux artistes à cette époque, l’art antique, en particulier la sculpture grecque, était une source d’inspiration, il veut « redécouvrir le mouvement des grecs ».
  • Dès 1860, il fréquente l’Opéra et observe assidument le travail des ballerines en classe de danse. Ses études prises sur le vif sont un moyen d’approfondir ses recherches sur le mouvement. Les sculptures en cire restituent les gestes observés.
  • Il travaille sur le motif, emploie souvent des modèles qui posent dans son atelier, et étudie les différentes positions de la danse classique. Il utilise ces travaux dans ses tableaux qui lui valurent, vers 1880, le titre de « peintre des danseuses ».
  • Avant de réaliser une sculpture, il procède par étapes : dessine d’abord le modèle nu, plusieurs points de vue différents sur la même feuille, puis modèle la maquette de la danseuse nue. Ensuite il observe et dessine la danseuse habillée, y ajoute une série de jambes, de chaussons…

Degas, Quatre études d’une danseuse, vers 1878, fusain et rehauts de blanc, Louvre.

  • Exemple de danseuse au repos : La Petite danseuse de quatorze ans, en cire, exposée pour la 1ère fois à la 6e exposition impressionniste à Paris en 1881. A l’origine, Degas modela une effigie en cire qu’il revêtit d’un vrai tutu et de vrais chaussons de danse.

Degas, La Petite danseuse de quatorze ans, 1881, bronze patiné, tutu en tulle, ruban de satin, socle en bois, 98 x 35 cm, 30 kg.

Marie van Goethem, jeune belge issue d’une famille d’ouvriers émigrée à Paris, danseuse à l’Opera servit de modèle. Colorée au naturel, vêtue de vrais vêtements de danseuse, la sculpture exprime une volonté de réalisme qui fut jugée sévèrement par le public habitué au marbre poli d’une antiquité idéale. L’œuvre parut trop proche d’une étude anatomique jetant le doute sur sa valeur artistique. La statuette présentée dans une vitrine, (voulue par Degas pour affirmer le statut d’œuvre d’art), la fit comparer à un spécimen zoologique exposé dans un muséum.

L’intention de Degas était guidée par une approche naturaliste, il n’a pas cherché à sublimer le mouvement mais à restituer la gestuelle quotidienne d’une danseuse au repos entre deux exercices, écoutant peut-être les directives du professeur, tout en relâchant ses muscles. Degas dépeignait sans fard la société de son temps, les préoccupations de ses contemporains au jugement parfois peu élogieux. Notre regard aujourd’hui n’est plus le même, on admire la grâce de la pose, la précision de l’attitude de la jeune danseuse …

  • Exemple de danseuse en mouvement.

La danseuse est en position de quatrième levée sur sa jambe gauche exécutant une grande arabesque. Le dos droit, la jambe droite levée jusqu’à former un angle droit., le bras gauche forme un arc tendu au-dessus de la tête, le bras droit tendu assure la stabilité de l’attitude.

Degas, Danseuse, position de quatrième devant sur la jambe gauche, bronze à patine brune, 41x 25 cm, fondu entre 1921et 1931. Musée d’Orsay.

Représenter une danseuse nue révèle mieux la tension musculaire. Degas cherchait à décomposer les mouvements de la danse et à fixer un moment éphémère. Il s’inspirait aussi de la chronophotographie. A la mort de Degas en 1917, 150 sculptures en cire ou en terre furent découvertes dans son atelier.  Inconnues du public, elles n’étaient pas destinées à être exposées. 73 purent être restaurées et éditées en bronze entre 1921 et 1931.

Degas s’attache au volume du corps et à la dimension technique de la danse.

Cette statue étonnante, en rupture avec la sculpture académique présente une surface non polie et une position inattendue : la ballerine réalise des exercices d’assouplissement, peut-être préparation avant l’entrée en scène. Pour réussir le défi de la répartition des masses, Degas a modelé rapidement la cire sur une armature de fil de fer, profitant du contrepoids du socle.

Grande danseuse, 1900-1910, 33x38x20 cm, Francfort.

Préparation pied droit devant – Au repos, mains à la taille – Danse espagnole.

Degas cherche à explorer, avec une grande acuité, la gestuelle précise des danseuses. Travailleur inlassable, sa représentation montre parfois quelques imperfections : le jeu de jambes, notamment, pas toujours parfaitement réaliste. Sculpter lui permet d’obtenir « plus d’expression, plus d’ardeur, et plus de vie ! »

Ce que montre aussi Degas, ce n’est pas la danseuse mythique mais la danseuse ordinaire dans sa misère et sa vraie condition.

 II.  comment représenter le mouvement dansé ? Que mettre en valeur ?  Le mouvement, le volume dans l’espace, le corps du danseur ?

  1. Auguste Rodin (1840-1917).

    Rodin a, lui aussi, réalisé un grand nombre de dessins et d’aquarelles en lien avec la danse mais peu de sculptures sur ce thème.

Il créa en 1911 une série de figures en plâtre, bronze ou terre cuite dans le cadre de ses recherches sur le corps en mouvement. Neuf mouvements de danse étudient des poses où le corps en extension apparait un peu déformé. L’artiste veut représenter l’énergie et l’élan du corps. On devine la tension des muscles par l’effort. Il peut s’agir d’exercices d’échauffement. Anne y voit des exercices de « barre à terre » de danseur allongé sur le dos. Cette série est inspirée par la danseuse acrobate, Alda Moreno, qui se produisait à l’Opéra-comique et qui posa pour Rodin.

Rodin, Mouvements de danse « de gauche à droite H, I, F », plâtre, 1911, Orsay.

Il n’est pas attiré par le ballet classique mais fasciné par les danses extrême-orientales. En 1906 se produit en France le Ballet royal du Cambodge. Dans un ensemble de 200 dessins et aquarelles, il s’inspira des danseuses cambodgiennes symbolisant pour lui le jaillissement de la danse issue du rituel religieux. Il obtint même des moulages de leurs bras et crée 53 masques avec la danseuse acrobate Hanako. Il cherche en elles une antiquité renouvelée.

Rodin, Danseuses cambodgiennes : de profil tenant une palme ; de face tenant une palme, 1906. Paris, musée Rodin.

L’intérêt de Rodin pour la danse et sa curiosité pour l’innovation lui font fréquenter les précurseurs de la danse moderne : Loïe Fuller, Isadora Duncan et Vaslav Nijinsky. Il voit dans leur talent une union harmonieuse de tous les arts « C’est la peinture, la sculpture, la musique tout entières qui s’animent ». Isadora Duncan dansa pieds nus pour Rodin à la garden-party de l’hôtel Byron en 1911. Pour Rodin « elle rend la danse sensible à la ligne, elle est simple comme l’Antique, qui est synonyme de la Beauté ».

L’Après-midi d’un faune
Ninjinski, bronze, 1912, 17 cm.

En 1912, il assiste à la représentation des ballets russes. La chorégraphie de Nijinsky dans L’Après-midi d’un faune au théâtre du Chatelet, en 1912, suscita le scandale par ses déplacements latéraux et ses gestes saccadés. Rodin prit sa défense : « il a la beauté de la fresque et de la statuaire antique ». En remerciement, il accepta de poser pour le sculpteur. La petite sculpture montre le danseur prêt à bondir, une jambe tendue, témoigne de la volonté de fixer un mouvement fugitif.

Ces grands sculpteurs ont été sensibles à la modernité artistique (et souvent contestée), apportée par les danseurs.

 2)  Sculptures de danseurs au XXe siècle.

Confrontés à la difficulté de saisir le mouvement, les sculpteurs disposent d’un choix limité de pas et d‘attitudes pouvant être fixés. Certains mouvements de danse classique, trop complexes sont impossibles à décomposer : les mouvements giratoires (= fouettés) lorsque la danseuse tourne sur elle-même sur une seule jambe d’appui et sur pointe en « fouettant » l’air de l’autre jambe. 

 

Le sculpteur peut par contre fixer le point d’orgue d’un mouvement, résultat d’une prouesse technique : le grand écart sur pointes, à la verticale de Sacha Lyo. « Forme parfaite… », « prodige de souplesse et d’équilibre ». La jeune danseuse de music-hall, née à Petrograd, considérée comme une danseuse de grand avenir, se suicide à 17 ans.

Serge Youriévitch, La danseuse Sacha Lyo, 1932, plâtre, Petit Palais, Paris.

 

Certains sculpteurs du début de siècle réalisent des œuvres novatrices :  Georg Kolbe qui sublime le corps en mouvement par une gestuelle moins académique, ou encore Alexander Archipenko avec des formes plus géométriques qui inspirera les expressionnistes (à l’exemple d’Oscar Schlemmer).

Georg Kolbe, Danseuse, bronze, 1912, Berlin. – Alexander Archipenko, Danseuse bleue, 1913, Sarrebruck.

Merce Cunningham, Biped, Opéra de Lyon, 2024.

 

A l’ère du numérique, de nouveaux concepts chorégraphiques produisant un effet sculptural sont réalisés en doublant le mouvement des danseurs. Ceux-ci sont équipés de capteurs posés sur leurs articulations et extrémités, puis enregistrés. Grâce à un logiciel, l’effet de relief produit sur les artistes évoque des figures sculptées mises en mouvement.

 

Anne nous livre son expérience personnelle de danseuse amatrice, opportune justement : il faut, pour réussir à tenir une arabesque, ne pas figer le mouvement mais lui imprimer « une dimension sculpturale en mouvement ». Son professeur ne dit-il pas « Vous êtes des statues, c’est le socle qui compte ».

Un grand merci à Anne Adrian pour cette très intéressante conférence qui nous a permis d’approfondir une autre discipline artistique : la danse et ses liens inspirants avec la sculpture pour de nombreux artistes depuis des temps immémoriaux.

 

Prochaines rencontres avec LesArts57 :

Le 24 mars 2026, à Saulny, salle Polyvalente (Muller)

17h, Assemblée générale.

Le 21 avril, 20 h à Saulny.

Conférence de M. Commaille

Thème : La gravure.

 

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