Vendredi 16 janvier 2026, vers 14h30, le hall du Centre Pompidou se remplit. Organisée par LesArts57, les visites guidées y sont très prisées, nous sommes 58 personnes. Après les sympathiques vœux et échanges en ce début d’année, puis la distribution des audioguides, les deux groupes guidés par Kevin et Julien peuvent rejoindre la galerie des copistes au 3ème niveau.
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Cette exposition permet de faire revivre le Louvre au travers d’artistes contemporains. Une centaine d’artistes d’horizons variés ont reçu des deux commissaires associés, (Chiara Parisi pour Pompidou-Metz et Donatien Grau pour le Louvre), une invitation ainsi formulée : « À partir de l’œuvre de votre choix conservée parmi les collections du musée du Louvre, imaginez sa copie. » Ils se sont rendus au musée du Louvre pour visiter les galeries mais aussi les réserves. Une fois l’œuvre choisie, ils ont abordé la notion de copie à leur manière.
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Titien, La Vierge au Lapin. 1525-30, Louvre. Manet, Copie de La Vierge au Lapin.1850-60, Louvre.
Pour un peintre, la copie est un processus d’apprentissage, une manière de découvrir le travail d’un maître, de refaire les gestes pour atteindre sa propre maitrise. C’était le cas de Manet qui a copié la Vierge au Lapin du Titien. Il existe au Louvre un bureau des copistes qui accueille et accrédite les artistes qui viennent reproduire des œuvres. Au début du XXe s., copier une œuvre était devenu quelque chose de honteux, le copiste était alors considéré comme copieur. Aujourd’hui on tente de revaloriser cette pratique, la copie n’est pas une imitation mais une interprétation, geste de création plus noble.
L’exposition s’ouvre par une œuvre de Jeff Koons, artiste controversé, très connu pour ses Balloon dog, sculptures colorées à l’image des chiens en ballon réalisés pour les enfants par des clowns. Pour cette exposition, Jeff Koons a réalisé une copie en plâtre-résine de la célèbre sculpture d’Hermaphrodite endormi.
Fruit des amours entre Hermès et Aphrodite, la silhouette révèle de dos des courbes gracieuses, sensuelles d’un nu féminin hellénistique, tandis que l’autre côté surprend et révèle la présence d’attributs masculins. Il y installe des boules de verre colorées ultra réfléchissantes offrant de nombreux points de vue, incluant aussi le spectateur par son image. Aux Etats-Unis, de nombreux objets purement décoratifs reflétant tout ce qui les entoure sont produits en série et installés dans les jardins. Avec cette œuvre originale, Koons crée la surprise et brouille les frontières entre art noble et art populaire, entre art antique et art contemporain.
Artiste franco américaine Nina Childress est connue pour ses portraits de personnalités populaires en particulier, Sylvie Vartan. Dans sa peinture, elle intègre souvent des pigments phosphorescents. Pour la commande, elle réalise deux portraits qu’elle détourne, déstructurant l’image parfaite qu’ils représentent.
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François Clouet, Claude de Beaune de Semblançay, dame de Chateaubrun, 1563. -- Dame after Clouet, 2025.
Du portrait de l’épouse du grand écuyer de Charles IX, elle reprend les traits précis, le dessin d’origine, le bascule dans l’époque contemporaine, le rend iridescent. Elle achète les objets sur internet, et, tout en suggérant une critique de notre monde de la facilité, réalise une prouesse technique dans son travail sur les perles.
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Le deuxième portrait réinterprète celui de Louise Vernet peinte par son père. Elle ne change que le visage lui donnant les traits de Pascale Ogier, jeune actrice décédée en pleine gloire. Portrait déstabilisant, par l’impression de connaitre ce visage. Nina Childress associe ces destinées féminines tragiques, reliant ainsi différentes époques par des touches contemporaines sur une facture classique.
Pascale after Vernet, 2025. Huile sur toile. -- Portrait de Louise Vernet, fille de l’artiste d’Horace Vernet, vers 1825-1850.
Sidival Fila, travaille à Rome. Il mêle spiritualité et tissage. Il collecte toutes sortes de tissus, soieries, rebus moins nobles et les coud les uns avec les autres dans un processus de résurrection de la matière. Des matériaux pauvres deviennent somptueux. Il choisit de s’inspirer d’une tapisserie de la Tenture de la Noble Pastorale (réalisée vers 1500). Il déconstruit l’image traditionnelle, découpe, extrait des couleurs, des formes, recompose. Il transforme notre manière de la regarder, l’image est à la fois familière et mystérieuse. Le tissage transformé offre une image abstraite, pixellisée.
Les œuvres originales choisies par les artistes ne sont pas présentées dans l’exposition pour ne pas être tenté de trop s’y intéresser. Certaines productions se rapprochent des originaux tandis que d’autres sont complètement réinterprétées.
Mathias Augustyniak est cofondateur d’un studio les plus en vogue du moment (M/M), auteur de campagnes publicitaires pour des marques de luxe (Balenciaga…), réalisateur de clips vidéo (Benjamin Biolay, Jean-Louis Murat…). Graphiste, il collabore régulièrement avec des artistes contemporains, s’associe à des projets novateurs des institutions artistiques. Pour cette exposition, il redessine et recompose un portrait du Louvre par ses lettres et ses œuvres et les présente sur des chevalets, matériel emblématique du copiste.
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L de Léonard, La Joconde, Léonard de Vinci ;
O de Odalisque, La Grande Odalisque, Jean-Auguste-Dominique Ingres ;
U de Uccello, La Bataille de San Romano, Paolo Uccello ;
V de Vermeer, L’Astronome, Johannes Vermeer ;
R de Radeau de la Méduse, Théodore de Géricault ;
E d’Érasme, Portrait d’Érasme, Hans Holbein le Jeune.
Thomas Lévy-Lasne propose une relecture du portrait de Louis-François Bertin par Ingres. L’œuvre originale apparait dans son accrochage au Louvre regardée par une visiteuse contemporaine. Contraste entre la figure masculine bourgeoise, imposante, statique et la jeune femme métisse, vivante, personnage principal du tableau. Le jeu des regards est étonnant, chacun dans une direction différente. Sur la toile, une caméra est braquée vers la jeune femme mais aussi vers le spectateur donnant l’impression de nous interroger face à cette mise en scène. La copie de Lévy-Lasne devient un dispositif rendant à la fois un hommage à Ingres et une réflexion sur le regard contemporain. De plus, la galerie du Louvre rencontre celle de Pompidou-Metz !
D’après Louis-François Bertin, dit Bertin l'Aîné (1766-1841) de Jean-Auguste Dominique Ingres, 1832.
La composition de Dhewadi Hadjab reste fidèle à celle de David : épurée, silencieuse, hyperréaliste. L’artiste change l’identité de la personne. Il raconte l’histoire de son ami transgenre. La figure historique de Marat assassiné cède la place à un corps endormi. La trace bien visible d’une cicatrice de mastectomie, oriente vers une méditation sur la transformation. Cet indice est le témoignage de ce qui n’est plus, du passage d’un état à un autre, d’une autre histoire, de la rupture avec une existence passée. Symbolique plus positive, celle de jeunes gens pas nés dans le bon corps, laissant mourir leur passé pour renaître sous une nouvelle identité. L’ouvrage représenté au sol corrobore le propos.
Deadname, 2025 Huile sur toile, 240 x 190 x 4,5 cm. D’après Marat assassiné de Jacques-Louis David (Atelier de), 1800.
Francesco Vezzoli reproduit et associe deux images du pouvoir qu’il transforme en paravent double face. Le Sacre de Napoléon de Jacques-Louis David, d’un côté, symbolise l’autorité politique, la Maestà de Cimabue, de l’autre, la souveraineté spirituelle.
D’après La Maestà ou La Vierge et l’Enfant en majesté entourés de six anges de Cimabue, vers 1275 – 1300, et Le Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804 de Jacques-Louis David, 1806–1807.
Intitulée Les écrans du pouvoir, (Gli schermi del potere), l’œuvre par le biais de cet objet domestique, un paravent mobile masquant la réalité, met en évidence une tension entre domination politique et dévotion religieuse. Il pose aussi la question de la relation complexe entre art et pouvoir. Comment un artiste préserve-t-il son intégrité quand il est chargé d’immortaliser la grandeur de la figure la plus puissante de son temps. Ce paravent conduit aussi à une réflexion sur le monde actuel, l’impact des images choisies et le pouvoir du visuel.
Pour sa copie du Radeau de la Méduse, Miquel Barcelo, visiteur du Louvre, a réalisé des études face à l’œuvre. Il cherche à renouer avec la manière de Géricault, recomposant une nouvelle œuvre qui met en évidence l’architecture et la composition du tableau monumental.
Il veut surtout attirer l’attention sur l’état de conservation préoccupant de la toile de Géricault qui noircit irrémédiablement à cause des pigments contenant de l’oxyde de plomb. Conscient de ce problème insoluble, le Louvre avait déjà commandé, en 1859, une copie de la toile qui se trouve à Amiens. Le bitume de Judée, lui aussi très utilisé par les peintres, ne sèche jamais complètement. Difficile à stabiliser, il s’enfonce dans la toile, ce qui provoque une accentuation des teintes claires. Barcelo montre comment un tableau figuratif pourrait perdre tous ses détails, apparaitre rongé et devenir presque abstrait dans le futur.
Théo Casciani a entrepris de copier non pas une œuvre, mais une salle entière : la salle des Caryatides. Cette salle d’apparat construite sous François Ier et Henri II sur les restes du Louvre médiéval, a été tour à tour le lieu de la cérémonie funéraire d’Henri IV et celui des premières représentations de Molière devant Louis XIV.
Une intelligence artificielle y déambule, hantée par les sculptures qu’elle tente de copier, de pirater, d’absorber. Elle symbolise notre rapport à la société moderne voulant tout mémoriser au détriment de l’émotion. Dans cette installation, un détecteur déclenche un incendie virtuel si l’on s’approche trop. La salle devient le décor d’un effondrement programmé, le feu technologique prêt à tout effacer, à tout ravager est entre nos mains. A nous de trouver le « juste milieu », l’IA ne doit pas devenir la culture dominante, elle doit laisser de la place et ne pas effacer la culture patrimoniale.
La Victoire de Samothrace, célèbre statue grecque qui accueille les visiteurs du Louvre du haut d’un escalier, était une offrande aux dieux. Elle représente la déesse Niké associée à la Victoire, placée sur la proue d’un navire. Visible de loin, elle guide, montre le chemin aux hommes, ses ailes évoquent la liberté. Humberto Campana en réalise une réplique sculptée en fusain qui interroge les idéaux que cette figure incarne. Le triomphe, la liberté, l’élan héroïque : tout semble consumé, réduit en cendres dans cette version calcinée, où la matière fragile raconte l’effondrement. Par opposition au marbre blanc de l’original, la sculpture noire évoque aussi la combustion des énergies fossiles qui alimente et détruit le monde, la déforestation. C’est un cri d’alerte face à la crise écologique et politique. Pourtant, dans cette vision pessimiste subsiste une certaine poésie : celle du charbon de bois, qui porte la mémoire des formes disparues.
Yohji Yamamoto a trouvé son inspiration dans le souvenir de ce portrait peint par Lucas Franchoys, exposé à Tokyo en 1991. Cette image de la mode occidentale au XVIIe s. l’intrigue. Il réalise une tenue déstructurée, créé des vêtements amples qui flottent autour du corps. Il réactualise les matériaux noirs et blancs par de la soie, du coton léger pour les faire dialoguer avec l’élégance du XVIIe s. qui allie rigueur et baroque. Par la coupe, les plis sobres et amples, le créateur redonne une certaine jeunesse à une forme traditionnelle et transpose dans la mode contemporaine une élégance venue du XVIIe siècle.
Bertrand Lavier, Aux armes citoyens, 2025. Bois, métal, tissu sur panneau peint à l’acrylique. D’après La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, 1830.
Bertrand Lavier choisit La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix réalisée après les Trois Glorieuses. Les 27, 28 et 29 juin 1830, le peuple se soulève contre le roi Charles X, et instaure la monarchie de Juillet en portant Louis-Philippe sur le trône. Allégorie de la Liberté, une femme, à la manière d’une déesse antique, marche en tête du peuple réunissant toutes les classes dans la révolte, mais dont le prix à payer sont les morts qui gisent au sol.
Bertrand Lavier observe que toutes les armes sont fidèlement représentées à l’échelle 1. Sur une reproduction du tableau, il élimine les personnages ne laissant que les armes et se rend compte qu’à elles seules, elles suffisent à évoquer la toile de Delacroix. Il se met alors en quête pour retrouver de vraies armes identiques à celles peintes par Delacroix. Par chance un antiquaire les possède toutes. Il recrée à taille réelle une toile au fond bleu et y installe fidèlement les objets pour refigurer l’œuvre. Le fusil à baïonnette, les pistolets, les sabres et le drapeau permettent vraiment de faire apparaitre le tableau sans le tableau. Il a ainsi créé une nouvelle histoire où les armes par leur position font apparaitre le tableau d’origine.
Le Bain turc d’Ingres (1852) dévoilait la nudité des corps féminins et un fantasme de l’ailleurs qui rendait possible une telle représentation à l’époque. Madeleine Roger-Lacan reprend toute l’architecture de l’œuvre, mais remplace les figures féminines par des figures masculines. A partir de photos, elle recopie visages et corps d’hommes nus, y place même son petit ami de dos à la guitare rappelant l’original d’Ingres. Le cadre de la copie peut offrir la possibilité d’une interprétation, ici l’ambiance homo-érotique contrebalance celle des femmes nues de Ingres.
Pour terminer cette visite si vite passée, Kevin nous présente une œuvre conceptuelle pour le moins surprenante.
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Carsten Höller, Pill Clock, 1800-2025. Capsules de gélatine contenant des molécules extraites par solvant des fibres de la peinture de Jacques-Louis David, système de chute mécanique, dimensions variables (augmente avec le temps à mesure que les capsules s’accumulent). D’après Portrait de Juliette Récamier, Jacques-Louis David, 1800.
Carsten Höller a choisi le Portrait de Juliette Récamier, œuvre inachevée de Jacques-Louis David. Le tableau justement en train d’être restauré, il n’a pu y accéder mais par contre a pu obtenir un tout petit fragment. Cet artiste applique des procédures d’expérimentation scientifique à des projets artistiques et transforme les spectateurs en acteurs. Il propose une méthode différente de copie, non pas un rendu visuel mais une capacité d’action possible. Le petit échantillon est dissout, vaporisé et encapsulé dans des gélules. Au plafond est installée une machine distribuant ces gélules dans lesquelles sont présentes, à dose infinitésimale quelques molécules du portrait de Juliette Recamier. Chaque personne peut ainsi poursuivre le travail de copiste soit en emportant soit en ingérant ( ! ) une gélule, élément de l’œuvre.
Le temps imparti pour cette visite très intéressante, aux explications souvent nécessaires, est déjà écoulé, chacun peut poursuivre la déambulation pour découvrir de nombreuses autres œuvres présentées.
Prochaine rencontre avec LesArts57 :
Jeudi 12 février 2026, à Longeville-les-Metz
Conférence présentée par Kelem Coll :
« Où se trouve le sport dans l’histoire de l’art ? »
Réservation obligatoire par mail ou par tél.
lesarts57@gmail.com ou tél. 03 87 32 05 03