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Encore une agréable soirée organisée par LesArts57 à Saulny, ce mardi 7 novembre et présentée par Laurent Commaille, Maître de conférences et chercheur en histoire contemporaine à l'Université de Lorraine, que nous retrouvons toujours avec plaisir. Nous étions 37 personnes à avoir bravé la pluie automnale pour découvrir ce sujet des faussaires dans la peinture.
Après quelques mots d’accueil Martine rappelle la programmation à venir et le sujet de la rencontre : comment des faussaires, peintres talentueux au demeurant, ont-ils pu tromper leur monde ?
Vaste sujet que la question du faux dans la peinture. En observant ces deux œuvres, qui peut distinguer l’original de Bouguereau, L’Art et la Littérature, de sa copie ? Cette tête d’homme attribuée à Rembrandt, pose aussi question ! Si on agrandit l’image : les touches sont plus grosses que celles de l’artiste, et sans doute réalisées dans son atelier.
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La question du faux démarre à la Renaissance lorsqu’on passe des peintures murales et des fresques à des œuvres transportables, reproductibles. Gravures sur bois, sur cuivre, permettent une diffusion abondante. Les artistes signent leurs œuvres donc identifiées. A partir de XIVe, le marché de l’art s’institue.
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Dès 1511, Dürer interdit la copie de ses œuvres et menace de procès les faussaires. Pour limiter les faux, il appose systématiquement son pictogramme en bas, à droite.
Début XVI e, le pape Clément VII, ne voulant pas céder au Duc de Mantoue, le tableau du Portrait de Léon X par Raphaël, en fait réaliser une copie par Andrea del Santo ! un faux commandé intentionnellement par un pape ! Michel-Ange a, lui aussi, réalisé des faux en enterrant des sculptures pour modifier leur aspect et faire croire à des statues antiques !
Rembrandt revient à la mode au XVIIIe, le premier catalogue, en 1836, recense 600 œuvres, et plus de 1000 en 1900 ! Le Rembrandt Research Project, en 1968, aboutit à 250 tableaux, puis remonte à 340, chiffre actuel. Il reste donc plus de 600 faux Rembrandt dans les collections publiques ou privées.
Parfois la restauration d’une toile réserve des surprises : le musée conservant ce tableau, attribué à Sisley, décide de le faire nettoyer. Une fois les couleurs rafraichies, une toute autre signature apparait dans le talus. Paul Vogler, élève de Sisley, a pourtant réalisé une œuvre remarquable mais il n’a pu acquérir la même notoriété que son maître car lorsqu’il arrive sur le marché, le courant impressionniste est passé de mode.
Derrière les peintres de premier plan, de nombreux autres ont une cote faible alors qu’ils mériteraient davantage. Jean Jacques Henner, d’origine alsacienne, est une valeur sûre dans le catalogue Drouot mais peu connu du grand public, choix idéal pour les faussaires. Les œuvres de Jean Jacques Henner entre 1880 et 1905 apparaissent dans un catalogue raisonné, il est décédé en 1905. Il a réalisé de nombreux portraits féminins. Un de ses tableaux : Fabiola a disparu et pourtant il existe de nombreuses Fabiola sur le marché. On ne dispose que d’une photo en noir et blanc de la vraie Fabiola.
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Sur le faux Henner, le visage reflète l’esthétique des années 1920 : les pommettes moins marquées, le menton un peu différent. Le projet Fabiola de l’artiste contemporain Francis Alÿs met en scène sa collection de copies du tableau.
Dans les années 1930, de faux Vermeer circulent en particulier le Souper à Emmaüs. Ils sont dus à un néerlandais : Van Meegeren photographié dans son atelier en 1945, un faux Vermeer derrière lui. Même si la facture est grossière, coloris, visages, pommettes… le public et les experts se sont laissés abuser.
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En Italie, à Sienne, il existe toute une compagnie de faussaires, Icilio Federico Ioni, leur chef réalise, entre autres, un faux Ghirlandaio. La circulation de l’information, le développement des échanges, l’évolution des techniques bancaires, des transactions financières, et l’émergence des paradis fiscaux font des années 1960 à 2010 un véritable âge d’or pour les faussaires.
Un des plus fameux, Éric Piedoie Le Tiec, surnommé le pirate de l’art, a réalisé des milliers de faux, dessins, peintures (Dufy, Chagall, Miro, Klein…), de nombreuses fausses compressions de César, davantage que le sculpteur lui -même ! Vie excessive qu’il assume, passage en prison, il décède en 2021 à la suite d’une agression pour lui voler sa montre (d’ailleurs fausse !).
Dans un autre style, plutôt bonhomme tranquille, Guy Ribes est un grand faussaire lui aussi, auteur de faux Picasso, dont certains sont encore dans les musées.
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Le célèbre Port de Collioure de Derain s’est aussi révélé être un faux après expertise. Il est l’œuvre de Wolfang Beltracchi, un des plus remarquable faussaire de notre époque. Avec Hélène, son épouse, ils furent surnommés les « Bonnie and Clyde de l’art ».
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Tony Tetro, très doué lui aussi, pose près du faux Portrait de Gala, attribué à Dali. Il est l’auteur du faux Bouguereau, (première photo de l’article), celui de gauche, au coloris plus intense. Ce faux Rothko vendu 8,3 millions de dollars a été réalisé par Pei-shen Qian, quant à la Vénus au voile attribuée à Cranach, elle a été vendue au prince du Lichtenstein pour 7 millions d’euros. Vraisemblablement réalisée par Lino Frongia, l’œuvre a été saisie par la justice française en 2016, l’affaire est en cours.
Réaliser un faux nécessite tout un travail de préparation :
De nombreux faux Matisse sont dus à ses assistants. Bouguereau était, lui aussi, entouré d’assistants, chacun spécialisé dans une partie d’un nu. Le copain de Modigliani réalisait le tableau, lui le signait. Lorsque Fernand Léger est décédé, son épouse a continué à faire des Léger, aidée par ses assistants. Le Tiec fait signer des faux au cours de soirée, il a aussi profité de la succession difficile de César, après sa mort, pour faire authentifier un nombre considérable de compressions par sa veuve.
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Les collections disparues, œuvres détruites pendant la guerre offre une opportunité dans laquelle s’engouffrent les faussaires. Il existe toute une section d’un département du gouvernement allemand qui travaille à la question de la restitution des œuvres aux familles.
Wolfgang Beltracchi créé des œuvres faisant croire qu’elles ont appartenu à Flechtheim, galeriste et collectionneur à Düsseldorf qui a contribué à faire connaitre les fauves et les expressionnistes. Alfred Flechtheim a quitté l’Allemagne en 1933, et est décédé sans héritiers en 1937. Il n’existe pas de catalogue ni de traces. Beltracchi invente une fausse étiquette vieillie pour authentifier certains de ses tableaux. Il réalise aussi une photo avec Hélène, sa femme, posant en grand-mère devant ses faux au mur !
La période comprise entre 1905 et 1950 est intéressante pour les faussaires « modernes classiques ».
Fabriquer un faux nécessite tout un travail, d’abord s’imprégner de la personnalité du peintre, se mettre dans la peau de celui qu’il copie : Beltracchi s’est rendu plusieurs fois à Collioure pour essayer de ressentir ce que Derain pouvait voir, il a lu sa correspondance. Le faussaire se focalise sur quelques peintres de prédilection.
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Ensuite préparer son atelier : pas d’élément moderne qu’on puisse retrouver dans l’œuvre. Une charlotte pour ne pas laisser de cheveux. Faire cuire la peinture pour provoquer des craquelures, les réenduire, faire croire à la poussière du temps… Les pigments ont changé : les blancs des années 20 étaient fabriqués à base d’oxyde de plomb, interdit à la vente, il faut les réaliser comme à l’époque. Van Meegeren a été formé aux vieux pigments à son école des beaux-arts.
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Autre élément essentiel : le marchand d’art qui vend en toute connaissance de cause. Giuliano Ruffini impliqué dans l’affaire de la Vénus au voile aurait vendu pour 220 millions de dollars de faux. En Italie, il déclare un revenu d’agriculteur retraité de 6000 Euros annuels et est poursuivi par l’Etat italien pour fraude fiscale, et donc ne peut être extradé malgré la demande de la justice française.
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Le port franc de Genève entrepose des œuvres d’art pour 100 milliards de dollars. En Suisse, il n’y a pas de droits de douane c’est un énorme avantage favorisant le blanchiment d’argent. Circuit idéal pour le commerce de faux.
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La « chute ».
Fernand Legros, personnage de la jet set dans les années 70, a fait travailler des faussaires. Manipulateur, il a été démasqué puis arrêté. L’erreur fatale de Tony Tetro est d’avoir réalisé des doubles de tableaux existants. Van Meegeren a, lui, été pris dans un imbroglio historique qui a causé son arrestation. Accusé d’avoir vendu des tableaux du patrimoine national aux nazis, il a préféré se dénoncer lui-même affirmant qu’il avait voulu les berner.
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Faux Campendonk réalisé par Betracchi, daté de 1913. Le peintre expressionniste allemand Campendonk est décédé en 1957. Beltracchi avait acheté du blanc à l’ancienne sans se douter qu’il contenait une petite proportion de blanc de titane qui n ’est apparu qu’en 1920. De nos jours, les moyens d’analyse sont plus perfectionnés.
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Dans l’affaire Pei-Shen Qian, auteur du faux Rothko, Sotheby’s s’est laissé abuser et l’a acheté 8,3 millions $ à la galerie Knoedler qui l’avait payé 950 000 $. Le couple d’escrocs Diaz et Rosales vendaient les fausses toiles de Pei-Shen Qian. Ils l’ont proposé à Anna Freedmann qui espérait refaire une santé financière à la vieille galerie Knoedler. Cette vente avait bénéficié de la complicité d’experts qui auraient touché de grosses sommes pour authentifier les toiles.
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Début des années 2000, un collectionneur veut acheter un Pollock à la galerie Knoedler (c’est un Pei-Shen Qian) et le fait analyser par l’IFAR (International Foundation for Art Research, fondée en 1969). Verdict en 2003 : c’est un faux, l’isorel de fond ne correspond pas aux œuvres de Pollock ainsi que certains pigments. D’autres doutes se font jour peu à peu. En 2013, Gloria Rosales est arrêtée. Pei-Shen Qian se réfugie en Chine qui refuse l’extradition. Anna Freedman s’en sort sans gros problèmes.
La psychologie des faussaires.
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Après la « chute », le flou dans la législation, le manque d’enthousiasme des plaignants amènent généralement à des peines de prison légères. Sur 300 faux Beltracchi, il est en procès pour 30 œuvres, Le Tiec a réalisé des milliers de faux mais un procès ne peut avoir lieu que sur plainte. Fernand Legros avait inspiré confiance en vendant des œuvres authentiques, ensuite il glissait quelques faux. C’est l’ensemble d’un lot qui était expertisé, pas les œuvres une par une.
Certains artistes réalisent des copies et peuvent en vivre, mais sous leur nom, ce ne sont pas des faux !