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Quelques temps après la conférence « Vincent VAN GOGH à Auvers-sur-Oise », le 28 septembre 2023, à Longeville-les-Metz.

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Van Gogh, L'église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet. 1890. Orsay.

Belle soirée programmée par LesArts57 et Les Amis du Temple de Longeville-les-Metz en cette rentrée 2023. Jeudi 28 septembre, le sujet choisi est particulièrement attirant, et de plus, traité par Catherine BOURDIEU, maîtresse de conférences en histoire de l'art à l'Université de Lorraine. Par quelques mots d’accueil chaleureux, Martine remercie les 65 personnes présentes pour leur fidélité et trace le programme à venir.

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Quelques temps après la conférence « Vincent VAN GOGH à Auvers-sur-Oise », le 28 septembre 2023, à Longeville-les-Metz.Quelques temps après la conférence « Vincent VAN GOGH à Auvers-sur-Oise », le 28 septembre 2023, à Longeville-les-Metz.

Le sujet choisi pour cette conférence fait écho à l’exposition « Van Gogh à Auvers-sur-Oise, les derniers mois. » au Musée d’Orsay, jusqu’au 4-02-2024.

Le 16 mai 1890, Vincent Van Gogh (1853-1890) sort de l’asile de St Rémy de Provence où il a passé un an à se soigner et peindre. Il séjourne trois jours à Paris pour voir son frère Théo. Sa peinture commence à être appréciée. Il avait envoyé à Théo de nombreux tableaux. Il a exposé au Salon des Indépendants à Paris en 1888, 1889, 1890 et au Salon des XX à Bruxelles. Un critique Gabriel-Albert Aurier  a publié un article majeur pour le peintre dans le Mercure de France en janvier 1890 : « éblouissement des saphirs ou des turquoises […] soufres infernaux, chauds, […] aveuglants, […] étrange nature à la fois vraie et quasiment supranaturelle […] œuvres intensives et fiévreuses de Vincent Van Gogh, ce compatriote et non indigne descendant des Vieux maîtres de Hollande. ». Théo lui conseille d’aller consulter un médecin qui soigne la mélancolie et réside à Auvers-sur-Oise.

 

Auvers-sur-Oise.

Située à 30 km de Paris, la petite ville compte 2000 habitants environ en 1891. Plusieurs peintres s’y sont installés : Charles-François Daubigny (1817-1878) en 1861, Cézanne en 1873, d’autres y ont séjourné : Pissarro, Daumier, Guillaumin …

Daubigny, Le village d’Auvers-sur-Oise. Coll. part. --- Cézanne, Vue d’Auvers, 1873.

Van Gogh arrive à Auvers le 20 mai 1890. Beaucoup d’éléments de sa vie sont connus grâce à sa correspondance surtout avec Théo. 24 lettres datent du séjour à Auvers.

Lettre 635 ; 20 mai 1890 : « réellement, c’est gravement beau, c’est de la pleine campagne caractéristique et pittoresque. »

Lettre 636 ; 21 mai 1890 : « et je m’aperçois déjà que cela m’a fait du bien d’aller dans le midi pour mieux voir le nord. Auvers est décidément fort beau. […] C’est très coloré ici. »

Le jardin de Daubigny – Hiroshima – Amsterdam - avec un chat bleu. Bâle.

Au cours des 71 jours qu’il passe à Auvers-sur-Oise, du 20 mai au 29 juillet 1890, il réalise 74 tableaux et 33 dessins. Il peint tous les jours.

Dr Gachet.

Paul Ferdinand Gachet (1828-1909), médecin, artiste, et collectionneur connait bien le milieu artistique parisien. Il a eu pour patients Cézanne, Corot, Daubigny, Daumier, Guillaumin, Manet, Renoir et la famille Pissarro. En 1872, il achète une maison à Auvers et partage son temps entre la capitale où il consulte et Auvers où il cultive ses plantes médicinales.

Cézanne, La Maison du docteur Gachet, v.1873. Orsay.

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Il réalise des tableaux et gravures sous le pseudonyme de Paul van Ryssel.

Paul van RYSSEL, Vue du canal Saint-Martin. 1901. Louvre. --- Paul van Ryssel, Vesnots, Auvers-sur-Oise. 1895. Cleveland.

Le docteur invite souvent le peintre chez lui à déjeuner ou diner. Dans un des premiers tableaux réalisés dans son jardin, on y retrouve encore les formes tourbillonnantes présentes dans les tableaux de Provence. Le médecin lui propose aussi de s’essayer à la gravure, Van Gogh crée une seule eau forte, le 25 mai.

Dans le jardin du Dr Gachet --- L'homme à la pipe (Dr Gachet), MET.

 

Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale (coll part). - Dürer, La Mélancolie.1514.MET. - Portrait du docteur Gachet, Orsay.

Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale (coll part). - Dürer, La Mélancolie.1514.MET. - Portrait du docteur Gachet, Orsay.

Pour ces deux portraits, Van Gogh reprend la posture très connue de la Mélancolie de Dürer rappelant la spécialité du médecin. La première version (3 juin) le présente assis derrière une table, coiffé d’une casquette. Il soutient sa tête de la main droite. Sur la table, des livres et un vase contenant 2 branches de digitale pourprée, plante qui permet la fabrication de digitaline utilisée pour certaines pathologies cardiaques. Ces fleurs sont utilisées comme symbole de sa profession. Couleurs vives, contraste dynamique, les divers éléments du tableau sont précisément réalisés, pour chaque partie un fond coloré rehaussé de coups de pinceaux d’un ton différent qui illuminent le coloris général. Sur le visage, le traitement des ombres est assuré par des touches de vert. C’est le principe de la modulation qui veut que les ombres soient exprimées par des couleurs froides, du bleu, du mauve, du vert…

Dans la seconde version, le fond bleu est traité pour lui-même en touches épaisses, visibles. La table est plus grande, sans décor, en aplat rouge. Les livres ont disparu, la digitale n’est plus dans un vase mais posée près de la main du docteur. Le coloris du visage met en valeur l’harmonie bleue du tableau, relayée par la couleur des yeux.

Mademoiselle Gachet dans son jardin à Auvers-sur-Oise. Orsay. --- Mademoiselle Gachet au piano. Bâle.

Le docteur Gachet a deux enfants : Marguerite, 20 ans et Paul, 17 ans. Van Gogh peint Mademoiselle Gachet dans son jardin le 25 ou 26 juin. La jeune femme de détache en robe blanche dans le jardin luxuriant aux dominantes vertes, touche épaisse, nerveuse. Elle n’est pas reconnaissable, il s’agit davantage d’animer le jardin que de représenter un portrait. Le 26-27 juin, il réalise Mademoiselle Gachet au piano. Marguerite a posé pour le peintre, lorsque son père l’apprend, il interdit toute nouvelle séance de pose ne voulant pas qu’une amitié se développe entre eux. Début juillet, les deux hommes cessent de se fréquenter après une querelle au motif insignifiant.

L’auberge Ravoux.

 

A Auvers, Van Gogh est hébergé à l’auberge Ravoux, ancien Café de la mairie tenu par Gustave Ravoux. Le patron mettait à la disposition des peintres une salle pour entreposer les tableaux et même pour peindre, on aperçoit sur la photo au fond la porte qui y menait. L’auberge a subsisté, dans le toit se trouve toujours la petite fenêtre de la chambre du peintre.

 

D’autres peintres séjournent aussi dans l’auberge en particulier Anton Hirschig, néerlandais, 23 ans, nouvel arrivant lui aussi. Les deux hommes sympathisent. L’ainé Van Gogh donne des conseils techniques à son cadet. Hirsching réalise un portrait qui semble plus naturaliste et plus fidèle à la physionomie de Van Gogh que ses propres autoportraits dans lesquels il scrute ses tourments.

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La fille de l’aubergiste Adeline Ravoux (1877-1965) a témoigné plus tard sur le quotidien de l’artiste. En général, il se levait tôt et passait toute sa matinée à travailler sur le motif c’est-à-dire en extérieur. Il déjeunait à l’auberge sauf les jours où il était chez le docteur Gachet. Certains tableaux ont été réalisés l’après-midi : L’église d’ Auvers par exempleIl dinait aussi à l’auberge le plus souvent et très ponctuellement, c’est pourquoi ils se sont inquiétés lorsqu’ils ne l’ont pas vu arriver le jour de son suicide.

Portrait d’Adeline Ravoux, coll. part. (pour 1 et 2) -- Portrait d’Adeline Ravoux, Cleveland.

Adeline apparait dans 3 portraits réalisés en juin 1890. Elle a expliqué avoir posé 5 ou 6 fois, Van Gogh parlait peu, fumait beaucoup sa pipe. Réalisé entre le 17 et le 21 juin, le premier portrait la représente assise sur une chaise, à mi-corps, de profil, version qui semble presque achevée. Le fond est composé de larges et longues touches parallèles. Le second peut-être peint d’après le premier, mais pas en présence du modèle. Sur le fond du troisième apparait un arbuste, un rosier peut-être, elle est représentée en buste de trois-quarts, costume identique mais de couleur différente.

 

 Auvers-sur-Oise.

« Il y a ici des toits de chaume moussus qui sont superbes et dont certainement je ferai quelque chose » écrit Van Gogh à sa sœur Willema, le 21 mai. Il réalise de nombreuses toiles de vues d’Auvers, chaumières, maisons bourgeoises fleuries sous des angles différents …Il adopte parfois le format du double carré où la largeur est le double de la hauteur.

Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.
Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.
Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.
Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.
Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.

Chaumières à Auvers-sur-Oise. L’Ermitage – Chaumières sur une colline. (0,502 x 1,003 m) Tata Britain.Marronniers en fleurs, Otterlo. Branches de Marronniers en fleurs, Zurich. Maisons à Auvers-sur-Oise. Ohio.

La maison blanche est située près de l’auberge. Ce tableau emporté par l’armée soviétique pendant la seconde guerre fut considéré comme perdu. Il réapparut au musée de l’Ermitage en 1995. Des astronomes américains ont déterminé qu’il représente la planète Vénus dont la position exacte correspond au 16 juin à 8h du soir. C’était alors l’astre le plus brillant dans le ciel du mois de juin 1890. Le traitement du rayonnement autour de la planète évoque la technique utilisée à Saint-Rémy.

La maison blanche, de nuit. L‘Ermitage.

Un homme descend l’escalier, des femmes s’en vont par 2, vues de dos. La couche picturale moins épaisse laisse voir la trame à plusieurs endroits. Harmonie colorée fondée sur des tons jaunes et verts rehaussées par les ocres-rouges des toits. Cet escalier semble avoir subsisté au 8 rue de la Sansonne entre l’église et la maison de Daubigny.

L’escalier à Auvers, Saint-Louis, Missouri.

Vues actuelles d’Auvers : l’escalier, rue Sansonne, l’église, la mairie.

L'église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet.

L'église ND de l’Assomption d'Auvers, XVIII e, gothique sauf l’absidiole nord romane. Tableau mythique pour l’interprétation donnée par le peintre :

1. Les lignes sinueuses de l’architecture :  personne n’a de réelle explication sur ce dessin sinueux adopté pour les toitures, il en ressort une vibration particulière, comme si l’église s’animait. Etant donné que d’autres lignes, les verticales en particulier, sont nettement droites, il ne faut pas attribuer ce dessin à un tremblement de la main du peintre.

2. Le point de vue : le bâtiment est représenté vu d’en-bas, en contre-plongée, ce qui augmente sa masse et sa monumentalité.

3. L’éclairage : 3 moments de la journée semblent se succéder. La femme qui marche ne projette aucune ombre, semblant indiquer le zénith. L’église projette une ombre évoquant la fin de journée tandis que le ciel d’un bleu profond et foncé évoque le début de la nuit.

4. Le coloris :  intense, modelé par le soleil et par la touche.

 

 

  La mairie d'Auvers.

Fleurs.

Les bouquets rassemblent de simples fleurs des champs ou de jardin : coquelicots, bleuets, marguerites, chardons, roses, œillets… Les compositions sont simples et utilisent les formes géométriques des tables et des vases. Les couleurs franches et vives créent une harmonie dynamique renforcée par des épis de blés piqués çà et là. La couche picturale assez fine laisse apparaître la trame de la toile. La gamme colorée est plus douce pour les roses et les œillets.

Fleurs des Champs dans un vase. coll. part. - Nature morte. Vase aux roses roses. Washington. - Fleurs blanches et mauves dans un vase. coll. part.- Vase avec des fleurs et des chardons.
Fleurs des Champs dans un vase. coll. part. - Nature morte. Vase aux roses roses. Washington. - Fleurs blanches et mauves dans un vase. coll. part.- Vase avec des fleurs et des chardons.
Fleurs des Champs dans un vase. coll. part. - Nature morte. Vase aux roses roses. Washington. - Fleurs blanches et mauves dans un vase. coll. part.- Vase avec des fleurs et des chardons.
Fleurs des Champs dans un vase. coll. part. - Nature morte. Vase aux roses roses. Washington. - Fleurs blanches et mauves dans un vase. coll. part.- Vase avec des fleurs et des chardons.

Fleurs des Champs dans un vase. coll. part. - Nature morte. Vase aux roses roses. Washington. - Fleurs blanches et mauves dans un vase. coll. part.- Vase avec des fleurs et des chardons.

Portraits.

Van Gogh ne parvient pas à trouver facilement des modèles pour peindre des portraits pourtant c’était pour lui une source essentielle d’inspiration et une nécessité pour développer son art : « la seule chose en peinture qui m’émeut le plus profondément et me fait ressentir l’infini, plus que toute autre chose ». Seuls quelques familiers acceptent de poser pour lui : le Dr Gachet, sa fille Marguerite, Adeline Ravoux, des enfants et deux jeunes femmes non identifiées.

L’Enfant à l’orange. 51x50 cm. -- Portrait de jeune fille. 51 x 49 cm. -- Jeune fille en blanc. -- Jeune fille au chapeau de paille assise devant un champs de blé.
L’Enfant à l’orange. 51x50 cm. -- Portrait de jeune fille. 51 x 49 cm. -- Jeune fille en blanc. -- Jeune fille au chapeau de paille assise devant un champs de blé.
L’Enfant à l’orange. 51x50 cm. -- Portrait de jeune fille. 51 x 49 cm. -- Jeune fille en blanc. -- Jeune fille au chapeau de paille assise devant un champs de blé.
L’Enfant à l’orange. 51x50 cm. -- Portrait de jeune fille. 51 x 49 cm. -- Jeune fille en blanc. -- Jeune fille au chapeau de paille assise devant un champs de blé.

L’Enfant à l’orange. 51x50 cm. -- Portrait de jeune fille. 51 x 49 cm. -- Jeune fille en blanc. -- Jeune fille au chapeau de paille assise devant un champs de blé.

Les portraits s’appuient sur un dessin simplifié et certains sont réalisés sur des formats carrés. L’enfant Raoul, 3 ans est le fils du charpentier Levert, habitant près de la mairie. Le titre indique une orange mais il semble que ce soit probablement une balle qu'il tient dans ses mains. Pour la jeune fille au chapeau, il avait précisé dans une lettre du 24 juin qu’une « fille de la campagne » pourra peut-être poser pour lui et dans une lettre du 2 juillet, il envoie le dessin du tableau terminé.

Paysages.

Van Gogh peint 20 tableaux de paysages purs, sans aucune maison (ou seulement quelques-unes) en s’inspirant des alentours du village. Ces étendues désertes correspondent à la solitude vécue par le peintre.

Champs de blé près d’Auvers. 0,50 x1,01 m. Vienne – Vignes avec vue d’Auvers, Missouri. -- Champs de blé sous des nuages d’orage. 50 x1,01 m. Amsterdam.

 

Sous-bois, Cincinatti.

Dans une forêt, deux promeneurs, un homme et une femme, s’avancent vers le peintre, ils ne sont pas reconnaissables. Les peupliers représentés à mi-tronc structurent et cloisonnent le point de vue. Au sol, une prairie fleurie avec de hautes herbes. Coloris très réussi grâce à la modulation : les ombres froides d’un bleu franc sur les troncs gris clair cernés de noir. Les coups de pinceaux accentuent la verticalité de ces demi-troncs.

Paysages d’Auvers sous la pluie. 0,50 x 1,01 m. Cardiff. -- Hiroshige, Averse à Ohashi, le grand pont.

Van gogh aimait représenter la campagne pendant ou après la pluie. Ce tableau semble inspiré d’une estampe japonaise d’Utagawa Hiroshige. Van Gogh les collectionnait. Le paysage est structuré en strates superposées au coloris uniforme et le rideau de pluie masque les volumes.

Paysages d’Auvers après la pluie. Moscou.

Ce tableau est décrit par le peintre dans une lettre à sa sœur Willema : « De ces jours-ci, je travaille beaucoup et vite [...] Hier dans la pluie j’ai peint un grand paysage où l’on aperçoit des champs à perte de vue vus d’une hauteur, des verdures différentes, un champ de pommes de terre vert sombre, entre les plants réguliers, la terre grasse et violette, un champ de pois en fleur blanchissant à côté, un champ de luzerne à fleurs roses avec une figurine de faucheur, un champ d’herbe longue et mûre d’un ton fauve, puis des blés, des peupliers, une dernière ligne de collines bleues à l’horizon  au bas desquelles un train passe, laissant […] une immense traînée de blanche fumée. Une route blanche traverse la toile. Sur la route une petite voiture et des maisons blanches à toit rouge cru au bord de cette route. »

Champs de blé aux corbeaux. 0,505 x 1,005 m. Amsterdam. --- Site actuel à Auvers.

Longtemps présenté comme le dernier du peintre en raison de son atmosphère inquiétante : trois chemins divergeants, des nuages bleu très foncé, de nombreux corbeaux, et d’une touche nerveuse (mais répétitive et ordonnée, identique à la plupart de ses tableaux). 

Gerbes de blé. 0,50 x 1,01 m. Dallas.

Une lettre du 10 juillet donne des indices « … immenses étendues de blés sous des ciels troublés, et je ne me suis pas gêné pour exprimer de la tristesse, de la solitude extrême ».  Les blés ici ne sont pas moissonnés alors qu’ils sont mis en gerbes dans au moins 2 autres tableaux.

 

Les derniers jours.

Difficile de reconstituer les derniers jours du peintre à Auvers : lettres lacunaires et témoignages des gens qui l’ont cotoyé tardifs et parfois peu fiables. Mais son suicide ne semble pas pouvoir être remis en question :

 1. il avait déjà fait plusieurs tentatives.

2. il souffrait de crises de démence dont il avait très peur.

3. il savait son frère Théo atteint de la syphilis et ses jours comptés. (Il meurt 6 mois après Vincent).

 Le dernier tableau.

Racines d’arbres. 0,50 x 1 m. 27 juillet 1890. Amsterdam, musée Van Gogh.

Depuis l’exposition organisée pour le centenaire de sa mort en 1990, ce tableau est présenté comme le dernier réalisé par le peintre. (Louis van Tilborg, Ottelo, Pays-bas). En 2012, Louis van Tilborg et Bert Maes réalisent une analyse de l’œuvre pour le musée Van Gogh. Sur ce tableau au format en double carré qu’affectionnait Van Gogh, le sujet est difficile à distinguer : des racines ou des arbres ou les deux ? le traitement des formes et la touche annoncent l’abstraction et l’expressionisme allemand. C’est un sujet unique par le traitement en gros plan d’un taillis sur un talus.

Les différents spécialistes de van Gogh se sont interrogés à propos du site choisi comme modèle. Beaucoup peuvent correspondre mais la composition complexe et le temps nécessaire à sa réalisation ne permettaient pas d’envisager une distance trop lointaine de l’auberge Ravoux.

Pendant le premier confinement, Wouter van der Veen, directeur de l’institut Van Gogh d’Auvers-sur-Oise, classe des scans de cartes postales représentant divers sites d’Auvers. En répondant à un appel téléphonique, il regarde machinalement les cartes les unes après les autres et raconte : « Mon regard se fixa sur quelque chose que je n’osais pas voir. Je ne me souviens pas d’avoir raccroché. Mais je me souviens d’avoir fait apparaître le dernier tableau de Van Gogh à l’écran et d’avoir comparé des éléments les uns après les autres, cherchant fiévreusement à découvrir ce qui allait infirmer l’hypothèse vertigineuse et improbable qui se présenta devant mes yeux ébahis : les racines que je voyais semblaient être les Racines de Van Gogh, 20 ans plus tard. Ce qui signifiait que je savais soudainement où il avait passé sa dernière journée et qu’un mystère tenace de la fin de sa vie venait d’être levé ».

Photographie rue Daubigny, vers 1906.

A la fin du confinement, Wouter van der Veen part à la recherche de l’endroit exact : « je me rendis sur place où un miracle m’attendait : une souche monumentale, momifiée, couverte de lierre, trônait au bord du chemin à l’endroit identifié.

 

C’était la pièce centrale du tableau. Elle avait traversé le temps patiemment, discrètement, cachée à la vue de tous », à 150m de l’auberge Ravoux !

Auvers-sur-Oise, le côteau, 4 juin 2020.

Van Gogh utilisait les sites comme modèles, source d’inspiration mais ne les reproduisait jamais en les copiant ; il modifiait les formes, les perspectives, inventait des angles de vue parfois impossibles à retrouver…

Les propriétaires du terrain, d’abord incrédules, surent accueillir la nouvelle avec une élégance rare, et acceptèrent les mesures conservatoires qui s’imposaient pour protéger un morceau de bois, devenu en quelques semaines, un témoignage patrimonial exceptionnel. Autour des souches, la mairie a fait construire une palissade en bois avec une petite fenêtre permettant de les admirer.

Après une vie intense, une évolution constante et radicale de son style, une maturité atteinte dans les champs autour d’Auvers-sur-Oise, le peintre avait trouvé un sujet nouveau. Malheureusement, cette découverte ne lui donne pourtant aucun espoir, il meurt le 29 juillet 1890.

Passionnante et agréable séance comme toujours avec Catherine et jolie surprise finale.

 

Prochaine rencontre avec LesArts57 :

Mardi  7 novembre à 20 h salle Muller (dans la salle polyvalente de Saulny)

Le faussaire dans la peinture, entre technicité, psychisme et marché,

présentée par M. Laurent Commaille,

Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Lorraine.

Inscription par mail : lesarts57@gmail.fr  ou tel : 03 87 32 05 03

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