Nouvelle œuvre choisie par LesArts57, cette grande et magnifique sculpture de marbre blanc, installée à la Galerie Borghèse à Rome.
Dans ce groupe, un homme musclé, barbu et couronné porte avec force, sur le côté, une jeune femme aux cheveux longs. Un drapé judicieusement placé cache en partie leur nudité. Composition « en spirale » remarquable. La courbure des 2 corps dessine des arcs opposés, exprimant la tension dramatique de l’homme puissant, qui soulève, en l’enserrant fermement, la jeune femme fragile.

Assis à l’arrière, gueules ouvertes, le chien à 3 têtes stabilise l’ensemble.
Ce n’est autre que Cerbère, gardien des Enfers qui accompagne Pluton, le Dieu du royaume des Ombres.

La posture de la jeune femme indique qu’elle cherche de toutes ses forces à s’extraire de l’emprise, son bras gauche repousse la tête, le reste du corps s’écarte de son ravisseur. La terreur se lit sur son visage, la bouche ouverte donne l’impression qu’elle laisse échapper un cri.
La rugosité du corps musculeux de Pluton contraste avec la douceur du corps féminin de Proserpine. Sa chevelure en mouvement accentue le dynamisme de la scène.


Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, sculpte le marbre avec tant de virtuosité qu’il réussit à y représenter, avec beaucoup de sensualité, la pression des doigts dans la chair des cuisses et de la taille de la jeune déesse. Même des larmes coulent sur sa joue !
Cet instantané tragique, figé dans le marbre, provoque beaucoup d’émotion et d' admiration pour le talent incroyable de ce jeune sculpteur qui a fait naitre d’un bloc de pierre une telle merveille.
Cette sculpture commandée au jeune Bernini, il n’a que 23 ans, par Scipion Borghèse, illustre un épisode de la mythologie grecque : Les Métamorphoses d’Ovide transposées par les romains.
Alors que Proserpine (Perséphone chez les Grecs), fille de Cérès (Déméter), déesse des moissons, cueille des fleurs en forêt, le dieu des Enfers, Pluton (Hadès), l’enlève et l’emmène avec lui dans son royaume souterrain. Frappé par l’une des flèches de Cupidon (Eros), il est tombé fou amoureux de Proserpine en la voyant. Folle d’inquiétude, Cérès cherche sa fille désespérément, et néglige ainsi sa tâche de nourricière des hommes. Jupiter (Zeus) décide alors d’intervenir et permet à Proserpine de rejoindre sa mère pendant 6 mois, (joie et renouveau : c’est le printemps et l’été). Pendant le reste de l’année, elle restera aux côtés de son nouvel époux, dans le royaume des ombres (automne et hiver), créant ainsi le cycle des saisons sur terre ...
Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, fils du sculpteur florentin Pietro Bernini, naît en 1598 à Naples. Dès son plus jeune âge, il travaille à l’atelier, aux côtés de son père (qui a réalisé « La Barcaccia », la fontaine de la Place d’Espagne, à Rome). A 14 ans, il réalise le buste du Cardinal Borghèse. Son talent ne passe pas inaperçu. Le pape Urbain VIII , : « Seigneur Bernini,… cet enfant vous surpassera, et sera sans doute plus habile que son maître », ce à quoi Pietro répondit « Je ne m’en soucie pas. Votre Eminence sait qu’à ce jeu qui perd gagne. »
Sculpteur, peintre, architecte, il est considéré comme l’un des plus grands sculpteurs de l’histoire. Favori des papes, il devient l'architecte de la place Saint-Pierre. On lui doit le baldaquin aux colonnes torsadées de la basilique Saint-Pierre, le dessin de la majestueuse colonnade et des statues qui encerclent la place, des fontaines monumentales, dont celle des Quatre Fleuves, et d’innombrables sculptures. Recherche du mouvement, torsion des formes (héritée de la figura serpentina), dynamisme impulsé dans ses œuvres, Le Bernin, figure de proue de l'art baroque italien, laisse une œuvre considérable. Il meurt en 1680 à Rome. Ch. Cl. 07-20.