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Lumières sur la lagune.

San Giorgio Maggiore au petit matin, 1819, aquarelle, 224 x 287 mm, Tate Gallery, Londres.

San Giorgio Maggiore au petit matin, 1819, aquarelle, 224 x 287 mm, Tate Gallery, Londres.

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Parmi les « coups de cœur » sélectionnés par LesArts57  figurent aussi les aquarelles vénitiennes de William Turner. William Turner tombe sous le charme de Venise, cette ville des transparences où tout se mélange : l’eau, le ciel, l’architecture. Harmonie de bleus gris, jaune, violet et roses, lumière changeante en fonction des moments du jour. Délicate aquarelle où il capte l’ambiance humide de la brume matinale sur la lagune dissolvant la silhouette des édifices, néanmoins bien présents. Turner emplit de nombreux carnets de croquis.  Il dessine directement d’après nature avec mine de plomb, crayon et aquarelles sur « fond lavé gris » pour obtenir une certaine cohérence et unité picturale.  Rentré dans sa pension, il retravaille couleurs et lumière faisant appel à sa mémoire visuelle phénoménale et à son imagination.

 

 Venise, vue de la Giudecca en regardant vers l’est, soleil levant. 1819, aquarelle, 224 x 287 mm. Tate Gallery, Londres.

Pionnier, Turner se procure, dès leur apparition, les premiers tubes en métal qui permettent alors l’usage de la peinture en en plein air. Il essaie les nouveaux pigments en particulier le jaune de chrome qui va devenir sa couleur de prédilection. A l’époque, le jaune symbolisait la trahison, on lui préférait le jaune d’or. Très novateur aussi, il recouvre ses toiles de fond blanc, plutôt que les fonds sombres habituels, ce qui rend ce jaune encore plus éclatant. Infatigable, malgré les critiques, il cherche le ressenti, l’émotion. Il prend des libertés avec le paysage réel : un campanile plus haut, un bâtiment ajouté, … la poésie prime sur la fidélité de la représentation.

Autoportrait, 1799, huile, 74x58 cm, Londres.

 

Fils d'un barbier de Covent Garden, un quartier de Londres, Joseph Mallord William Turner (1775–1851) travaille très tôt chez un architecte, prend des cours de perspective et de topographie, puis à 14 ans, entre à l’école de la Royal Academy. Grand voyageur, il parcourt la Grande-Bretagne. En 1817, la paix instaurée en Europe, il part à la découverte du continent : Belgique, Pays-Bas et Rhénanie d’abord. Suivent de nombreux voyages, en France, Suisse et Italie (trois séjours en 1819 / 1828 / 1840). Le premier « Grand Tour » d’Italie de six mois, à Rome, Naples et Venise est volontiers considéré comme une période clé dans sa carrière. Il est très impressionné par la blancheur des nuages, vus de près en passant par les Alpes.

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Admiratif des maîtres anciens comme Poussin, Claude Gellée, dit « Le Lorrain », Rembrandt, Watteau, Titien ou Canaletto, il s’inspire aussi de ses contemporains Reynolds, Gainsborough, Fuseli …

Dans ses carnets, sont présents des croquis de reproductions d'œuvres vues lors de ses visites au Louvre, dans des galeries ou chez des collectionneurs.

 

Turner feuilletant des estampes. Dessin de J.T.Smith, conservateur au British Museum, fin 1820.

 

 

 

Chelsea. Terrasse sur le toit que Turner fit construire et d’où il pouvait observer les changements de lumière sur la Tamise.

J. M. W. Turner, Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm Tate.

J. M. W. Turner, Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm Tate.

Palette énergique, dans cette magnifique aquarelle d’une grande modernité avec le rose, l'or et l'orange dans le ciel rendu si lumineux par le nuage violet foncé. Les nuages, ici, ​​sont remarquables comme exemple de la pratique fréquente de Turner, de déposer des couleurs intenses dans le lavis encore humide, de le laisser se graduer en séchant, et en ajoutant quelques touches ultérieures. Composition parfaitement équilibrée, trois bandes,  dont 2/3 de ciel (propice à la rêverie !). Des pieux structurants à la surface de l’eau suggèrent une ligne rejoignant le point de fuite. Si le bateau au centre semble être un « rapide gribouillage », l'action du gondolier (sur le côté gauche) est parfaitement donnée dans sa poussée vers l'avant. Style plus vif, la toile suggère plus qu’elle ne décrit.

Le peintre de la lumière laisse plus de 20 000 aquarelles, dessins, peintures, carnets de croquis et gravures. Considéré comme peintre romantique, Turner a inspiré des générations d’artistes, qui, quelques décennies plus tard, donneront naissance à l’impressionnisme.

Depuis le 26 Mai 2020 et jusqu’au 11 Janvier 2021, à Paris, le musée Jacquemart-André accueille une exposition de Joseph Mallord William Turner, incontestablement le plus grand représentant de l’âge d’or de l’aquarelle anglaise, en collaboration avec la Tate Gallery, Royaume-Uni.

Ch. Cl. juillet 2020.

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