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Les Raboteurs de parquet.

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Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875, 102 x 147 cm, Musée d’Orsay, Paris.

Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875, 102 x 147 cm, Musée d’Orsay, Paris.

Nouveau coup de cœur partagé par LesArts57, cette grande toile réaliste presque photographique qui célèbre le travail des artisans, fin XIX ème. Caillebotte a sans doute profité de la réfection du plancher d’un appartement familial dans un immeuble haussmannien pour observer précisément les postures, gestes et outils des ouvriers.

 

Composition très étudiée. Cadrage décalé en plongée mais position centrale d’un ouvrier en action.  L’alignement des lames souligne les lignes de fuite. La perspective est interrompue par le décor (stuc ou boiseries ?) et la porte fenêtre, source de lumière, qui ouvre sur un petit balcon aux élégantes volutes de fer forgé.

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Trois ouvriers travaillent à genoux, torse nu. La lumière rasante à contre-jour fait luire la sueur de leur peau, mettant en valeur leur musculature athlétique.  Leurs bras semblent un peu démesurés.  Travail très physique. Pour les désaltérer, une bouteille de vin placée à droite, sur un marbre de cheminée. Au fond les sacoches à outils.

                                               Les Raboteurs de parquet.

L’ouvrier de droite passe en premier pour raboter les joints des lames. Le marteau lui permet d’amener son outil dans la position idéale par petits coups sur le cul du rabot. Les deux autres ouvriers travaillent au racloir, sorte de fer plat rectangulaire pour racler la partie médiane des lames ; la qualité de leur travail est liée au bon affûtage de l’outil grâce à l'affiloir. L'ouvrier de gauche est en train de s'en saisir de sa main droite, celui de l'ouvrier central est au premier plan devant lui. Le raboteur pousse son outil vers l'avant, tandis que le racleur tire l'outil vers lui en lui donnant le bon angle d'attaque. Il tient fermement le racloir de ses deux mains, ses pouces placés à l'arrière, générant de fins copeaux.

Grâce à ses nombreux dessins préparatoires, on sait que Caillebotte réfléchit mûrement à la composition de ses tableaux. Il réalise des esquisses, positionne des calques, dessine une à une toutes les parties avant de les reporter au carreau sur la toile. La palette de couleurs sobre est réchauffée par des touches fines ocre, marron. Très lumineux malgré tout, c’est un instantané de ces hommes en plein mouvement : la position transversale de l’ouvrier de gauche en train de saisir l’outil, les deux autres parlant entre eux. Par la beauté de cette scène très vivante, Caillebotte met en valeur l’amour du « travail bien fait », la compétence des ouvriers. On a presque l’impression de sentir l’odeur du bois, celle de leur sueur. Le rude travail des ouvriers dans une demeure bourgeoise prend une dimension sociale mais le tableau met en valeur leur dignité et témoigne d’une profonde humanité.

Cette scène de genre représente des ouvriers urbains, ce qui est plutôt rare à cette époque, où le monde rural est le plus souvent montré (Millet, Courbet). Sujet heurtant par ce quotidien au réalisme cru, jugé trop « vulgaire ! », le tableau est refusé au Salon de 1875. Caillebotte rejoint les impressionnistes et le présente à la seconde exposition du groupe en 1876, essuyant néanmoins la critique de Zola qui condamne cette « … peinture tout à fait anti-artistique … peinture bourgeoise à force d’exactitude ». C’est aujourd'hui l'une de ses œuvres les plus célèbres présentée au Musée d'Orsay.

Le Parc de la propriété Caillebotte à Yerres, 1875, Coll. Part.

Gustave nait à Paris en 1848 dans une famille très aisée. Le père, Martial Caillebotte, peut être considéré comme l’archétype de l’entrepreneur français. Il bâtit sa fortune dans la vente de drap aux armées de Napoléon III  puis dans les biens immobiliers lors du redéveloppement du Paris haussmannien. Gustave a 12 ans lorsque la famille Caillebotte s’installe dans une belle propriété à Yerres, au Sud Est de Paris, source d’inspiration de nombreuses toiles.

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Devenu très riche et notable bien dans le style du Second Empire, à sa mort en 1874, le père lègue à ses 4 fils un héritage qui leur permet de vivre à l'abri de toute contingence matérielle et de se consacrer pleinement à leurs nombreuses passions.

Autoportrait au chapeau d’été, coll.part.

 

Après sa formation académique auprès de Léon Bonnat, la peinture réaliste de Gustave évolue fortement au contact de ses amis impressionnistes à partir de 1877. La touche lisse et le dessin apparent disparaissent au profit d’une touche fragmentée, d’une évocation des formes et de la lumière par juxtaposition des couleurs. La palette s’éclaircit et s’enrichit.  Des vues des rues de Paris depuis des balcons élevés, des scènes de la vie ouvrière, des paysages naturels de jardins et parcs, des bateaux … en tout quelques 500 œuvres dans lesquelles on retrouve son souci du détail, ses notes colorées, son rendu de la lumière, ses angles insolites. Il aborde la peinture comme un loisir, ne se considère pas comme un grand peintre, mais est organisé, volontaire et talentueux. 

Photo de Martial et Gustave Caillebotte.

Mécène généreux, Gustave aidera financièrement, tout au long de sa vie, ses amis impressionnistes en leur achetant leurs œuvres à des prix élevés, en supportant les frais et en leur organisant des expositions :  Degas, Monet, Pissarro, Renoir, Cézanne, Sisley, Berthe Morisot … Avec son frère, Martial, musicien et photographe, ils partagent longtemps le même lieu de vie et les mêmes passions : philatélie, nautisme à Argenteuil…

 

En 1881, il achète une maison avec jardin au Petit-Gennevilliers sur les bords de Seine où il réalisera nombre de ses œuvres. Horticulteur émérite, il correspond avec Monet à Giverny. Régatier et architecte naval, passionné de vitesse, il dessine et construit des bateaux aux multiples innovations (voile en soie, lest extérieur, coques aérodynamiques, etc.) avec lesquels il remporte de nombreux titres.

 

La Maison de l’artiste au Petit-Gennevilliers, 1883, 65 x 54 cm. Coll.part.

Autoportrait, 1892, Musée d’Orsay, Paris.

 

Personnage aux facettes multiples, d’une grande et discrète générosité, Gustave Caillebotte meurt à 46 ans en 1894, léguant son importante collection à l’Etat qui, grâce à Renoir, son ami, et Martial, son frère, sera finalement acceptée par les Musées Nationaux. Apprécié aux Etats-Unis, il fut largement oublié en Europe jusqu'à la fin du XX ème siècle, il est considéré maintenant comme un grand peintre impressionniste à l'œuvre originale et diverse.   Ch. CL. 08-20.

 

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