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Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin, à Saulny.

Madame Simone, la Poule-Faisane dans  Chantecler  d’Edmond Rostand, 1910.

Madame Simone, la Poule-Faisane dans Chantecler d’Edmond Rostand, 1910.

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Nous étions une quarantaine de personnes à venir partager l’enthousiasme et  la réflexion d’Olivier Goetz, maître de conférences en Etudes théâtrales à l'Université de Lorraine sur ce sujet passionnant du costume utilisé par les artistes sur scène.

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

Les arts du spectacle regroupent théâtre, danse, mime,… et même, invention de la « Belle Epoque », le cinéma.

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Jean-Léon Gérome, Le Duel après le bal masqué, 1859.

Ce tableau de J. L. Gérôme est présenté ici comme un document sociologique :  à l’issu d’un bal masqué mondain, les personnages se retrouvent pour un duel au bois de Boulogne, dans la neige, sans avoir eu le temps de se changer. Pierrot est blessé par l’indien qui part accompagné d ’Arlequin. Ses amis en costume de médecin, de mandarin, ou de la Commedia dell’ Arte  le soutiennent. Le peintre a saisi la métamorphose de gens ordinaires en héros, la vie devient un spectacle. Le réalisme de la peinture est transcendé par les déguisements.Dans une société hiérarchisée, le costume « possède » le pouvoir de théâtraliser la vie quotidienne…

Par ailleurs, certains costumes remarquables sont de véritables chefs - d’œuvres. ( Il existe des musées du costume, comme celui de Moulins en Rhône-Alpes). 

Le costume est un objet spectaculaire : d’une part, il appartient au spectacle et d’autre part, il sort du commun, il est extraordinaire, certains plus spectaculaires que d’autres conditionnent la manière d’agir sur scène. «  Dis-moi quel costume tu portes, je te dirai à quel théâtre tu appartiens ». La technique reflète parfaitement l’esthétique de l’époque.

Tsukikiota Kôgyo, Théâtre Nô, début XX ème - Louis XIV dans son costume d’Apollon, Ballet royal de la nuit (1653). Joan Miró, costume pour Ubu Roi, 1978.

Tsukikiota Kôgyo, Théâtre Nô, début XX ème - Louis XIV dans son costume d’Apollon, Ballet royal de la nuit (1653). Joan Miró, costume pour Ubu Roi, 1978.

Le kimono de la première image appartient au théâtre Nô japonais, spectacle très ancien, immuable. La seconde image montre l’habit d’or du jeune Louis XIV, caractéristique de l’esthétique baroque du XVIIème s. Enfin, la sculpture habitable de Miro reflète l’esprit  du XXème s. Il diffère radicalement des deux premiers costumes. Tandis que le kimono et l’habit d’or, bien qu’extravagants, peuvent ressembler à des habits de cour traditionnels  (l’usage de l’or était cependant réservé à la famille royale), ce n’est plus le cas avec le costume de Miro, pure invention artistique.

Il s’est produit, vers 1880, une sorte de révolution dans le domaine de l’art théâtral. Le fait d’organiser la représentation, la mise en scène devient un art en soi. Au XXème siècle, on ne va plus seulement voir la pièce d’un auteur mais aussi la manière dont on va la représenter, et donc « l’habiller ».

 Ce qu’on peut appeler la «  Belle Époque  » couvre quatre décennies entre 1870 et 1914, où la civilisation occidentale, française, parisienne est particulièrement brillante. L’époque n’est pas toujours belle : grandes inégalités, pauvreté, colonialisme règnent mais le théâtre est un domaine où ce terme  de «  Belle Epoque  » est justifié : développement  technique, électricité, machinerie, effets nouveaux, transformation des salles…  Le progrès entraine une certaine joie de vivre ( La  Vie parisienne d’Offenbach ), le goût des extravagances.

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Thermidor, de Victorien Sardou.

Aspect politique : le théâtre est dépendant  des pouvoirs (politique, religieux…) qui offrent des possibilités ou les restreignent. A la fois courtisan et rebelle, Molière s’en était accommodé en rusant avec les règles et les codes. Contrairement à des arts plus confidentiels ou dont la pratique est plus individuelle, le théâtre  a pignon sur rue et représente une tribune. Au XIXème s.,  il occupe  une place énorme dans la vie sociale, et est très surveillé, le pouvoir s’en méfie. La censure a été abolie à la Révolution mais la IIIème République  exerce un contrôle plus insidieux.

 

« Thermidor » pièce historique de Victorien Sardou, auteur considérable du XIXème obtient un  grand succès à  la 1ère.  Sous la Terreur,  Labussière, joué par Coquelin, sauve des victimes innocentes envoyées à la guillotine.  Sardou respecte scrupuleusement les codes vestimentaires de l’époque considérant que  le costume garantit la vérité  historique. Succès  mitigé par la suite car il s’est attaqué à la Révolution, la pièce est  interdite en 1896.

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

 

Sarah Bernhardt dans Théodora de Victorien Sardou (1884).

 

L’impératrice  porte un costume magnifique inspiré par des études documentaires et des visites au Louvre

André Antoine, dans La Terre.

 

Fin XIX ème, le courant naturaliste est porté par André Antoine. Il veut  représenter la réalité sur scène, adaptant l’Assommoir  de Zola,  insiste sur la pauvreté.  « La Terre » montre de vraies poules, de la vraie paille, les lavandières jettent vraiment de l’eau sur scène. Rôle important du costume : vrais habits de paysans, usés,  élimés.  En montrant une réalité crédible, il veut faire passer un message politique pour  émouvoir le public.

La Terre d’après le roman d’Émile Zola, Théâtre-Antoine, 1902.  La Terre d’après le roman d’Émile Zola, Théâtre-Antoine, 1902.

La Terre d’après le roman d’Émile Zola, Théâtre-Antoine, 1902.

Dans la  pièce Les Bouchers (Jean Icrès, 1888), il installe de vrais quartiers de viande sur scène. A ce naturalisme, beaucoup reproche la laideur, (et même l’odeur) et préfère  que le spectacle vivant soit un lieu de rêve, de fantaisie. L’imagination de la Belle Epoque idéalise la femme.

La porte de Binet, entrée de l’Exposition universelle de 1900, sculpture féminine La Parisienne au sommet.

La porte de Binet, entrée de l’Exposition universelle de 1900, sculpture féminine La Parisienne au sommet.

 

La grande vedette de l’Expo de 1900, c’est l’Américaine Loïe Fuller qui triomphe aux Folies-Bergère avec  la Danse serpentine. Elle invente des chorégraphies ondulantes aux formes florales, animales  (lys, orchidée, oiseau, papillon…). Procédé complètement nouveau utilisant de longs voiles de soie menés par de grandes cannes sous des effets de lumières. La magie du costume qui réalise la synthèse entre féminité et électricité, suscite l’admiration de nombreux artistes, écrivains, dessinateurs …

Loïe Fuller sur une affiche de Jules Chéret pour les Folies-Bergère.

Le brevet déposé de son costume machiné.
Le brevet déposé de son costume machiné.
Le brevet déposé de son costume machiné.
Le brevet déposé de son costume machiné.
Le brevet déposé de son costume machiné.
Le brevet déposé de son costume machiné.

Le brevet déposé de son costume machiné.

Lucien Guitry, le coq dans Chantecler, 1910.

 

En 1910, au Théâtre de la Porte St Martin, Edmond Rostand propose une pièce audacieuse Chantecler où tous les personnages sont des animaux. Le coq qui règne sur la basse-cour croit que son cocorico fait arriver le soleil. La poule faisanne magnifique s’en amourache et l’entraîne vers la forêt. Jalouse du soleil, elle l’empêche de se réveiller et …le soleil se lève tout de même !

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.
Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

Costumes réalistes  extraordinaires fabriqués avec de vraies plumes, véritable luxe. Pour que les  artistes ne disparaissent pas derrière leur costume, il est décidé que les visages seront découverts pour les plus grands : Lucien Guitry, Coquelin, Mme Simone, …

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

Performance des acteurs qui apprennent à marcher comme des animaux, contrainte des costumes qui les oblige à s’y insérer, le défilé de personnages à la   « garden potager partie » organisée par la pintade, les ennemis nocturnes dont les yeux s’allument grâce à des piles produisant un effet magique … La fabrication du spectacle est un véritable spectacle !

Si la femme-oiseau est romantique, transformer une femme en poule suscite caricature et « gauloiseries ».

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

 

Le costume est aussi un écrin qui joue avec le «  montré-caché ». Le moindre effeuillage prend une dimension érotique. La belle Otero ne montre que sa jambe dans Carmen, célèbre pour sa beauté, devenue riche courtisane emblématique de la Belle Epoque, maîtresse de nombreux princes, ses seins auraient inspiré à l’architecte du Carlton à Cannes,  la forme des coupoles. Elle serait à l’origine de nombreux duels ou suicides :  « On se tue – comme on aime – pour une illusion, pour un costume, un rayon, un reflet… » Jules Claretie.

Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.Au lendemain de la conférence : La " Belle Epoque " du costume de scène, lundi 17 juin,  à Saulny.

Le strip-tease nait  à cette époque, séances de déshabillage  sur trapèze. Lois sévères sur les manquements à la pudeur portées par le sénateur  Béranger, la nudité est prohibée.  Les artistes portent des maillots couleur chair substituant à leur peau une autre peau.  Au Moulin Rouge se produisent  des filles qui font le chahut, le French cancan, danse qui consiste à  lever la jambe pour montrer les dessous, les froufrous, charge érotique du costume.

Ensemble du panneau de Toulouse-Lautrec (reconstitué) avec, à gauche, le sénateur Béranger nez rouge), au centre la Goulue et Valentin le désossé.

Ensemble du panneau de Toulouse-Lautrec (reconstitué) avec, à gauche, le sénateur Béranger nez rouge), au centre la Goulue et Valentin le désossé.

 

La nudité est liée à la mythologie. Isadora Duncan, américaine, s’inspire de l’antiquité. Elle danse et improvise pieds nus, vêtements  transparents, le corps libéré.

 

Colette, femme de lettres joue aussi dans des mimodrames. Joli corps sculpté par la pratique sportive, elle s’affranchit du maillot couleur peau et avec audace dans La Chair montre un sein (un seul toléré comme performance artistique).

 

 Colette et Georges Wague, La Chair, 1907.

Après la guerre de 1914-18, l’esthétique change, les formes sont simplifiées, l’art nouveau passe de mode. Père du théâtre moderne, en rupture avec le naturalisme ambiant, Jacques Copeau préconise « Pour l’œuvre nouvelle qu’on nous laisse un tréteau nu ». Il  privilégie le texte servi  par l'acteur et une autre éthique du costume. 

La Belle Epoque  représente bien   celle où le costume au théâtre a eu  beaucoup de  sens (politique, poétique, érotique…) et où contrairement à la maxime : «  l’habit fait le moine » !

Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :

Visite guidée de la villa Bergeret à Nancy.

Le 22 août 2109

lesarts57@hotmail.fr   ou tél.   03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96

blog : http://lesarts57.over-blog.fr

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