A Saulny, de bon matin, un bus attend les 40 participants à la journée organisée par Les Arts 57. C’est Catherine Bourdieu, Maitre de Conférences en histoire de l’art à l’Université de Lorraine, qui sera notre guide attentionné.
Première étape : le cimetière russe de Valleroy.

Sous un soleil naissant, petite marche bienvenue pour se rendre à la nécropole. Pendant la deuxième guerre mondiale, pour résoudre les problèmes de main d’œuvre dans la sidérurgie et les mines de fer, les allemands ont eu recours à une main-d’œuvre forcée : en janvier 1943, 314 prisonniers soviétiques sont installés dans les camps des mines de Jarny, Auboué, Joeuf, Homécourt, Giraumont et Valleroy.
Conditions de travail pénibles (obligés de produire 5 tonnes de minerai par jour, par mineur), manque de nourriture, et, malgré la solidarité des mineurs français qui tentent de les aider, partageant leur nourriture et leur donnant des wagonnets chargés, beaucoup meurent d’épuisement.
54 prisonniers russes sont enterrés à l’orée du bois de Vroailles, dans la commune de Valleroy. A la fin de la guerre, un groupe d’anciens combattants, résistants, prisonniers et déportés leur fait aménager de véritables tombes. En 1970, le comité pour la construction d’un monument parvient à trouver le financement et s’adresse à Amilcar Zannoni, mineur et sculpteur local. Zannoni est arrivé d’Italie en 1924 avec sa famille, à l’âge de 2 ans. En 1945, il travaille à la mine de fer de Moutiers et commence à sculpter en 1959.
Ce monument est conçu à partir de symboles : prisonniers faméliques tournés vers leur patrie, terre de Russie, urne pour la flamme. 3 silhouettes monumentales filiformes. Corps simplifiés, tète et pieds géométrisés en acier rappelant le travail dans la mine de fer, regards et bras tendus vers l’Est, la Russie. Derrière eux un grand un disque creux, à gauche un cube de granite surmontée d’une figurine qui tient une sphère. C’est une petite urne contenant un peu de terre ramenée de Minsk. A droite, un support pour la flamme. Au fond, derrière les croix, un tintinnabule « amène un peu de vie » grâce au vent.
Deuxième étape : Hatrize.
La maison forte. C’est une bâtisse pourvue d’un système de fortifications, enceinte, créneaux, tours, parfois fossés. Elle appartient à un des proches du seigneur. Celle de Hatrize fut sans doute construite au XVI ème siècle pour Didier de Landres, écuyer du comte de Vaudémont nommé prévôt de Briey. Bâtiments édifiés autour d’une cour en trapèze, elle permettait de surveiller le passage de la rivière. Echauguettes (petite tourelle placée en encorbellement à l'angle avec mâchicoulis et meurtrières) et canonnières témoignent du système défensif.
Eglise St Martin.
Porte d’une ancienne ferme seigneuriale.
Attenante à l’église, près du petit cimetière. La ferme seigneuriale construite en 1630, située rue de Verdun a été démolie en 1950. Blason sculpté et armoiries de la famille Colart.
A l’extérieur, sur le côté de l'église, une porte murée avec un linteau roman orné de rangées de losanges, des croix pâtées gravées en intaille.
L’Ossuaire, XVI ème siècle, arcade ouest. L’arcade sud avec des crânes pris dans la maçonnerie date de 1747. On retrouve le même dispositif dans l’ossuaire d’Olley.

Première église bâtie au XIIème siècle, de style roman, puis reconstructions successives…, en 1741 : tour-clocher. Chœur à 2 travées : avant-chœur roman, et seconde travée gothique à fond plat.
Nef gothique, voûte à liernes et tiercerons. Lierne = nervure partant de la clé de voûte et reliée aux tiercerons = nervures qui rejoignent de l’angle de la voûte.
Statue de St Blaise, petits pains à ses pieds. Son histoire apparait dans deux écrits : Les Actes de St Blaise et la Légende dorée (ouvrage le plus lu au Moyen Age après la Bible). Blaise de Sébaste, médecin et évêque, arménien, martyrisé, décapité en 316. Alors qu’il est en prison, une femme lui amène son fils s’étouffant avec une arête dans la gorge, il le sauve. Dans la Légende dorée : réfugié dans une caverne, nourri par des animaux qu’il soigne, il est capturé par des soldats. En route pour la prison, il guérit un enfant ayant avalé une arête, et persuade un loup de rendre le porc volé à une veuve. En prison, la femme lui fait porter du pain, la tête du porc et une chandelle. Intercesseur en cas de mal de gorge, il est fêté le 3 février. Un pèlerinage existait à Metz dans la paroisse St Eucaire depuis le XV ème siècle (réactivé au XIX ème). On y bénit les enfants mais aussi des petits pains.
Petit retable en bois polychrome, 2ème moitié du XVIème. Colonnettes à chapiteaux soutenant des arcs. Ecoinçons ornés de feuillages et têtes d’anges pour celles qui encadrent le Christ. Grande fantaisie dans les costumes des apôtres vêtus à l’antique : plis différents, postures variées, individualisation des visages. Même si le sculpteur semble peu adroit, il connait les grands modèles. Les apôtres sont représentés avec leur attribut, à la place de Juda, cependant, une femme munie d’une hache !
Ancien devant d’autel, ce bas-relief représentant « La Cène » date du XVIème siècle. De part et d’autre, des serviteurs préparent et servent le banquet. Au milieu le Christ sous un dais, magnifié. Apôtres répartis autour de la table. Table mise, victuailles, à droite Judas avec la bourse contenant les 30 pièces d’argent.
Jarny, château de Moncel.
Dès le XIIIème, on trouve l’existence d’un château ou d’une maison forte appartenant à Guerrin de Moncel, seigneur et chevalier de la maison d’Apremont. La famille est présente dans ces lieux de 1288 à 1342. En 1822, le domaine (château et 400 ha de terres et forêts) est acheté par Emile Bouchotte, riche propriétaire. Il fait restaurer l’édifice abimé pendant la révolution de 1789. Grande maison de plan carré, toit en ardoise, agrandie en 1905 par 2 pavillons édifiés sur les côtés. Etat-major des armées allemandes pendant la première guerre mondiale, il accueille des séjours de Guillaume II. Après la guerre, il est utilisé pour loger les directeurs et ingénieurs de la mine de Droitaumont. Le château de Moncel et son parc sont la propriété de la ville de Jarny depuis 1980. Il abrite la Maison de l’Environnement où sont hébergées plusieurs associations (dont la LPO). Le parc de 17 ha, classé Jardin de France est conçu comme un parc à l’anglaise.
Pause méridienne bienvenue chez Delphine, près de la ferme de Moscou entre Gravelotte et Rozérieulles. Repas goûteux, généreusement servi. Ambiance conviviale et gaie.

Gorze.
Abbaye bénédictine fondée vers 747 par Chrodegang (712-766), évêque de Metz. Le chant grégorien s’y développa à partir des années 760. Abbaye et château abbatial furent incendiés en 1552 lors du siège de Metz, l’église abbatiale détruite un peu plus tard (en 1582). Par contre l' église paroissiale résista. Placée sous la direction d’un abbé auquel on avait adjoint un groupe de chanoines, (ce sont des religieux voués au service d’une église qui habitent dans des maisons du village), elle devint une collégiale, mais des tensions existaient entre abbé et chanoines.

Entre 1696 et 1700, l’abbé Philippe Eberhardt de Löwenstein de Bavière, disposant de biens personnels importants fit construire une résidence digne de son rang. L’architecte Pierre Bourdict désigné dans les archives comme « sculpteur du roi et architecte de Monseigneur l’Abbé de Gorze » édifia un palais en forme de U.
Côté rue : 41 m de long, 10 travées, 3 niveaux d’élévation, corps central rectangulaire avec 2 pavillons latéraux plus hauts d’un niveau, alignés sur le corps central. 2 gros chasse-roues servent de contrefort aux extrémités de la façade, fenêtres avec grilles à tombeau, à droite porte de la chapelle.
Côté cour : 2 ailes en retour, pavillons carrés aux angles. Au nord (droite en entrant) la chapelle, au sud, les écuries autrefois. Sur le corps central, les clés des fenêtres au 2ème niveau sont ornées de têtes de divinités :
à gauche : Vulcain avec foudres, marteau et tenailles,
au centre : Minerve casquée, chouette dans le panache, bouclier à tête de Méduse, lance, compas, rapporteur, autre bouclier décoré d’une place forte,
à droite : Mercure, casque ailé, pièces de monnaie, livres, lance, caducée (attribut de Mercure : baguette entourée de deux serpents entrelacés et surmontée de deux courtes ailes).
Au fond de la cour, un mur qui retient une terrasse. Au milieu, un bassin, de part et d’autre, menant au jardin, des escaliers divergents gardés par deux sphinges, tête et buste de femme, corps de lionne. Sous les escaliers, deux superbes bas-reliefs représentant la légende de Jason et Médée. Grande finesse dans la composition et la réalisation. A droite le Mariage de Jason et Médée. Eprise du héros, la fille du roi l’aida à s’emparer de la Toison d’or. Carquois et flèches déposés à ses pieds, allusion à Cupidon ? , nuages, palmiers, petit chien …. Grande richesse de détails, beaucoup d’inventivité …
A gauche, furieuse d’être trompée, Médée s’enfuit dans les airs sur un char tiré par deux dragons, après le meurtre de leurs deux fils. Aux extrémités, deux niches : l’Abondance d’un côté et de l’autre Jason, guerrier portant la Toison d’or.
En haut de l’escalier un jardin à la française.
Au fond avec un nymphée qui devait former une cascade, l’eau sortant de 8 niches. Une maison de soins est construite à l’emplacement du potager, des vergers et des bois autrefois situés à l’arrière. Stalactites entourant certaines niches évoquant ainsi des grottes, vieillards barbus mais musclés, jeunes femmes idéalisées s’appuyant sur un cheval marin, un dauphin, fonds décorés de palmiers, roseaux, vignes, oiseaux, enfants, maisons, chapelles, beaucoup de fantaisie dans ces décors.
La richesse décorative essentiellement profane de ce bel ensemble baroque fait oublier que ce palais fut construit pour un abbé qui y résida peu (+1720). Mis à la disposition des parlementaires messins au XVIIIème siècle pour de grandes fêtes, le palais abbatial fut transformé successivement en hôpital militaire, caserne de cavalerie puis centre de soins et d’hébergement (1978) et de nos jours, établissement public départemental de santé de Gorze (EPDS).

Eglise collégiale St Etienne.
Eglise paroissiale construite en 1077, elle a résisté aux destructions environnantes. Romane à l’extérieur, elle est gothique à l’intérieur, le bulbe plus récent (1824) a remplacé une toiture à quatre pans.
La façade nord, percée de deux portails celui de la Vierge et celui des prêtres (XIIIème ?).
Portail de la Vierge : un porche ajouté plus tardivement sur lequel figure une Vierge à l’Enfant assise sous un dais et entourée d’anges agenouillés.
La petite porte, réservée aux prêtres est surmontée d’un tympan figurant le « jugement dernier »: sous un arc en plein cintre et dans une arcade trilobée : un christ juge, assis, lève ses mains ouvertes, à ses pieds, à droite, un défunt se dresse hors de son tombeau, les yeux ouverts, à gauche, un « damné », yeux fermés se fait dévorer.
Intérieur :
Trois nefs éclairées de hautes fenêtres. Dans le chœur de majestueuses boiseries en chêne sculpté (1744) s’enroulent autour des piliers de la croisée du transept. (Hauteur : 3,80m !). 7 compartiments délimités par des pilastres contiennent 6 grandes toiles (112 x 190) représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament autour du compartiment central. Très beaux vitraux, 1861, E. Remy de Nancy. Autel néogothique harmonieux. Stalles en bois art nouveau sur le côté. Des bannières représentant des confréries lors des processions, rares témoignages de soie brodée de fils d’or et d’argent très bien conservées. Au-dessus de la porte royale, est suspendu un Christ en bois polychrome attribué à l’école de Ligier Richier. (Restauration en 1764). Au fond, une tribune d’orgue datant de 1910, 4 anges musiciens. En dessous une piéta entourée d’une grille raffinée avec rameaux floraux.
Magnifique journée, Catherine nous fait découvrir si près de chez nous des lieux intéressants chargés d’histoire et de savoir-faire artistique ancestral.
Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :
Vendredi 3 Août, 14 h au Centre Pompidou, visite guidée de l’exposition
« Couples modernes ».
Rendez-vous sur place dans le hall d'entrée à 13 H 40.
Participation pour la visite guidée : 5 euros pour adhérent - 8 euros pour non-adhérent
Cette visite est selon le protocole imposé par le Centre Pompidou Metz,
limitée à 30 personnes.
Réservation souhaitée par mail : lesarts57@hotmail.fr
ou par tél : 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96