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Soirée très intéressante : « Habiter les formes organiques : l’architecture sculpture ou la révolution de l’habitat par les matériaux », sujet étonnant qu’Aurélie Michel, Maître de conférences en Sciences de l’art à l’Université de Lorraine, va nous décrypter très agréablement …. Organisée par LesArts57, cette soirée a réuni une trentaine de personnes.

L’architecture-sculpture apparait dans les années 50 en réaction à l’architecture rationnelle où « la forme suit la fonction » : l’objet adapté à 1 ou plusieurs fonctions précises évacue l’ornementation. Idée de donner une dimension sensible à l’architecture, d'engager une réflexion et d'établir des « ponts » entre architectes et artistes.

Richard Buckminster Fuller, architecte américain préfigure cette tendance en développant le concept d’une machine habitée : Dymaxion House, prototype créé en 1927. Il s’interroge sur notre façon de vivre, sur l’habitat amené à se déplacer, le penser en kit, son rapport à l’environnement, utiliser les ressources sur place : point d’eau, énergie solaire pour générer de l’électricité… Il s’inspire des civilisations nomades en particulier du modèle des yourtes. Armature légère (aluminium), les panneaux s’insèrent dessus, une voiture y est associée.
Il étudie les propriétés du dôme par rapport à la lumière, à la circulation des flux de température, à la résistance au vent … La ½ sphère est reproduite à partir de triangles, il teste l’habitation en faisant construire le Dome Home en 1960, à Carbondale, dans l’Illinois. Il y vivra pendant 10 ans avec son épouse.
Réfléchissant à l’habitat de demain, ses écrits précurseurs parfois utopistes rencontrent encore les préoccupations d’aujourd‘hui ou inspirent d’autres artistes.
Richard Buckminster Fuller,« Dome over Manhattan », 1960-1965 : capsule de protection utopique.. Juan Navarro Baldeweg, Ecosystems enclosed in pneumatic bubbles floating in New York Harbor. Application of a climatic control system, 1972, photomontage. Dôme climatique reproduisant un écosystème à différents endroits de la planète.
Frederick Kiesler , architecte, sculpteur et scénographe. Recherches sur le rapport entre corps, habitat et environnement. Dans sa « maison sans fin », il n’y a plus de délimitations entre murs et plafonds, il brise l’orthogonalité et libère les formes au sein de l’architecture. Il utilise les formes organiques : coque, capsule , bulle… Elle évolue : forme d’œuf, puis plusieurs œufs, puis sur piliers, communications entre les différentes parties. C’est le béton projeté ou gunitage qui permet ces formes courbes plus complexes… Espaces flexibles, modulables, transformables, ils peuvent s’adapter aux besoins et souhaits des habitants. Ses modèles, jamais réalisés à l’échelle 1, sont restés à l’état d’œuvre d’art mais replacer ainsi l’humain au centre de son habitat a inspiré les générations suivantes même si nombre de ses projets étaient utopiques.
Frederick Kiesler, Endless theatre, 1924, élévation. Frederick Kiesler présentant la maquette de l’Endless House, 1959, New York.
A Paris, pour l’exposition Art et architecture en 1950, Le Corbusier crée un Pavillon « Synthèse des arts », œuvre d’art totale : l’enveloppe architecturale et ce qu’elle contient : mobilier, éléments domestiques…
En 1951, André Bloc (1896-1966), fonde le groupe Espace qui rassemble architectes, artistes, ingénieurs, et plasticiens … Emulation réciproque, revue, écrits, conférences, expositions, ils veulent mêler l’art à la vie courante.
Il réalise d’abord des petites maquettes en plâtre puis des structures habitables à l’ech. 1 sur sa propriété de Meudon (encore visitables aujourd‘hui), les sculptures habitacles de 1962 à 1964. Etrange mélange entre constructions troglodytes et sculptures monumentales, elles permettent de déambuler, se rendre compte du déplacement à l’intérieur, et d’apprécier la validité des formes habitables.
André Bloc, Sculpture Habitacle, 1962-1964, plâtre sur structure métallique, collection FRAC Centre. Sculptures habitacles, Meudon, exterieur et intérieur.

Penser l’habitat comme une sculpture que le corps peut explorer, il veut « … contribuer à rompre avec la monotonie de formes trop modernes … ». André Bloc est considéré comme le chef de file du mouvement architecture-sculpture. Maison de Carboneras, ( Espagne) : même blanche, elle s’intègre à l’environnement, il allie formes géométriques et formes organiques.
D’autres architectes, héritiers du mouvement utilisent aussi les formes organiques : coque capsule ou bulle qui permettent d’obtenir des structures simples avec une certaine économie de moyens.
Pascal Häusermann : maison à Pougny, Ain, 1960. Forme de cellule, béton projeté sur armature métallique, travail sur la lumière : grandes baies vitrées … Publié dans « Elle », les commandes affluent … Il crée des cellules qui se démultiplient, peuvent s’accumuler : les Domobile, coque en mousse de polyuréthane armé.
A Raon l’Etape, Vosges, Pascal Häusermann créé un motel « L’Eau Vive », en 1967.
Bâtiment principal : une réception, des communs de servitudes et la chaufferie, à l’étage avec : une salle pour les petits déjeuners et l'appartement du permanent ;
9 "pavillons" ("bulles") : 6 petits (20m² pour 2 personnes) et 3 grands (30m²pour 5 personnes), + 1 cellule technique.
Coques en voile de béton (pas de charpente, ni de toit), baies et hublots métalliques en éventail, simple vitrage.
Portes et skydômes : structures métalliques recouvertes de fibre de verre résinées au polyester. Isolation : mousse de polyuréthane.
Cet hôtel a fonctionné jusqu’en 2017, il est devenu maintenant un museumotel .
Construction 1967. Bâtiment principal, accueil et étage.

Frei Otto, architecte biomorphe.
Stade de Munich 1972.
Légèreté de la structure ( toiles, cables sous tensions). Il s’inspire de formes naturelles, et s’inscrit si bien dans l’environnement.

Antti Lovag, (1920-2014) Maison Bulle Antoine Gaudet, 1970-1996. Tourettes-sur loup.
Architecte habitologue, travaille sur l’habitat en rapport avec la physiologie du corps humain, reflexion sur les dômes-hublots : ouvertures sur le paysage.
Antti Lovag, maison Pierre Cardin, Théoule-sur-Mer, dessin sur calque, vue d'ensemble.
« Du sol au plafond, des murs aux fenêtres-hublots, tout est ondulant et sphérique. Ces formes féminines se prolongent dans la décoration avec des meubles conçus sur mesure par des artistes contemporains pour épouser harmonieusement l'architecture. Cette maison-sculpture de couleur ocre s'intègre parfaitement dans le site et se fond avec la couleur des collines de l'Esterel surplombant la mer.»

Verner Panton, designer danois, réalise en 1970 à la demande de l'entreprise Bayer AG, le projet "Visiona 2" : une "caverne" dont les formes organiques composent un espace de détente très pop, aux couleurs vives, sans séparations nettes entre les chambres et les meubles, éclairages intégrés…. « Les formes et les couleurs peuvent être interprétées comme une tentative d'amener à l'extérieur du corps humain les formes intérieures qui le composent. »
Charles Simonds, imagine une « maison-croissance » en 1975, qui nourrit en même temps qu’elle protège. Elle est conçue comme un habitat auto-suffisant et auto-renouvelable au rythme des saisons. Constituée de briques de terre contenant des graines qui germent, poussent, sont récoltées puis consommées. Elle évoque le monde des contes et de l’enfance, image d’une maison universelle, de forme circulaire des sociétés archaïques.
Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :
Vendredi 3 Août, 14 h au Centre Pompidou, visite guidée de l’exposition
« Couples modernes ».
Rendez-vous sur place dans le hall d'entrée à 13 H 40,
Participation pour la visite guidée : 5 euros pour adhérent - 8 euros pour non-adhérent
Cette visite est selon le protocole imposé par le Centre Pompidou Metz,
limitée à 30 personnes,
Réservation souhaitée par mail : lesarts57@hotmail.fr
ou par tél : 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96