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Les Arts57 avaient donné rendez-vous à une trentaine de personnes, en deux groupes, à 14h et 15h, avec Mme Rachula, attachée au service patrimoine de la ville de Metz et chef de projet pour cette exposition, organisée par la Ville de Metz, en partenariat avec l’Ecole d’Architecture de Nancy, et le soutien de la Cité de L’Architecture et du Patrimoine de Paris.


Au siècle des Lumières, Jacques-François Blondel (1708- 1774) est une figure majeure de l’architecture du XVIII ème. C’est avant tout un théoricien, il réfléchit, rédige des traités, et enseigne, il a très peu bâti : l’ensemble messin est un précieux et remarquable témoignage. L’exposition comprend 2 parties : Blondel l’intellectuel et Blondel à Metz.
Portrait de J.F. Blondel, 1770. Musée Carnavalet, Paris. Dessin à la pierre noire et sanguine, seul petit portrait existant.

Formé à l’architecture par son oncle, ses talents sont multiples, il est d’abord graveur, concepteur de décors éphémères, d’édifices et de projets urbains mais aussi d’aménagements intérieurs. Il publie un ouvrage consacré aux « maisons de plaisance », (1737-38), demeures situées à la campagne, commanditées par les familles aisées.

Il ouvre sa première école privée d’architecture vers 1740. Il enseigne à des élèves, des artisans et des « hommes du monde », amateurs éclairés susceptibles d’être des commanditaires. Grande innovation : en un seul lieu « l’Ecole des arts » dispense non seulement des cours théoriques mais aussi pratiques : dessins, tracés, plans, gravures, maquettes, modèles réduits en bois, taille de la pierre, visites de bâtiments ou chantiers. Professeur très apprécié et reconnu, il formera la plupart des bons architectes des décennies suivantes.
Fonte de statue équestre. Grue de Brulé, fin 18ème.. N.B. Lépicié, le petit dessinateur, 1772. Echafaudage pour monter une statue équestre.

De 1752 à 1756, il recense les plus beaux édifices du XVII ème dans « L’Architecture françoise ». Il redonne vie à l’architecture classique aux canons antiques, s’opposant à l’art rocaille alors très en vogue ( place Stanislas à Nancy ).

Proche de D’alembert, il contribue à l’Encyclopédie, rédigeant plus de 500 notices, gravures, articles pendant une dizaine d’années (1748-1757).
M. Quentin de La Tour, Jean Le Rond d’Alembert, 1773, musée du Louvre.
L-M. Van Loo, Denis Diderot, 1767, musée du Louvre.
Grace au marquis de Marigny, Abel Poisson, frère de la marquise de Pompadour, directeur général des bâtiments du roi, Blondel rejoint l’Académie royale d’architecture au Louvre en 1755. Il commence la rédaction de son « Cours d’architecture » en 1771 (achevé par son ami Pierre Patte après sa mort en 1774), ouvrage de référence pour ses élèves.

Veuf, il se remarie (1760) avec la jeune Manon Balletti, 20 ans, issue d’une famille d’artistes, bien connue de Casanova. Dilemme pour la jolie Manon qui choisit Blondel, homme plus âgé offrant plus de stabilité. Ils auront un fils Jean-Baptiste.

Début XVIII ème, Metz est encore une cité médiévale aux ruelles étroites. Nommé gouverneur en 1727, le duc de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet, entreprend des travaux titanesques : fortifications, casernes, aménagement de l’ile du petit Saulcy avec l’opéra-théâtre, ouverture de nouvelles voies de circulation … Il veut embellir la ville et en faire une cité digne de la France.
Portait du maréchal-duc de Belle-Isle, d’après Hyacinthe Rigaud, 1741. Musée de la Cour d’or. Metz
Il fait faire un état des lieux avant les grands aménagements : plan tracé à la main proche du plan cadastral, 1734-36. Chaque parcelle répertoriée avec le nom du propriétaire… Et un code couleur étonnant : rouge pour les propriétaires privés / bleu et jaune liés au culte, bâtiments et jardins / vert : armée / orange : protestant / gris : communauté juive.

Le secteur de la cathédrale est encore infranchissable en carrosse, les maisons sont si proches qu’elle n’a pas d’entrée dans l’axe principal mais par le portail de la Vierge de côté (celui de l’église initiale Notre-Dame de la Ronde).
Gravure représentant les festivités organisées dans la cour de l’évêché pour le passage d’Henri IV à Metz en 1603.
En 1754, il entreprit de dégager les abords de la cathédrale, en quelques mois les édifices disparaissent, le bas de la colline Ste Croix est arasé. Mais le maréchal Belle-Isle décède en 1761, laissant le centre de la cité dévasté. C’est dans ce contexte de gravats que Blondel arrive, envoyé à Metz par la puissante famille Choiseul afin de trouver un terrain et d’établir les plans de la future abbaye royale de St Louis. L’architecte choisit un emplacement en contrebas de la cathédrale (actuel irish pub). Ce projet ne verra jamais le jour, mais les plans, coupes, et élévations de l’église abbatiale sont publiés dans son cours d’architecture.. Blondel dans ce contexte chaotique, s’intéresse à la situation et présente à son successeur, le maréchal d’Estrées, un plan d’aménagement de trois places, la construction d’un hôtel de ville d’un corps de garde, d’un parlement, d’un évêché et de logements pour le chapitre.
Places urbaines de Blondel, maquette réalisée par des étudiants de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Nancy. (projet de l’abbaye St Louis , visible en contrebas de la cathédrale.)
La cathédrale ainsi dégagée pourra être dotée d’une entrée principale digne de son rang. Dans cet espace compliqué, Blondel réussit à proposer un projet où toutes les façades se répondent en parfaite symétrie. La place d’Armes, place d’apparat permettant le mouvement des troupes concentre les quatre pouvoirs : religieux (cathédrale), municipal (Hôtel de ville), militaire (corps de garde = actuel office de tourisme), et royal pour le Parlement en face. Celui-ci ne sera pas achevé et migrera à Nancy avant la révolution.
Elévation de la façade de l’Hôtel de ville… Claude Gardeur-Lebrun, 1766, d’après les plans de Blondel.

La cathédrale gothique est intégrée à cet ensemble classique par une galerie d’arcades pour répondre à la symétrie de l’ensemble. Il la dote d’un portail majestueux, financé par Louis XV , en souvenir de sa maladie puis de sa guérison lors de son passage à Metz en 1744.
Portique de la cathédrale de Metz …sur les dessins de Blondel, 1764, graveur Barbe.
La révolution met un coup d’arrêt aux aménagements. Le palais de l’évêché ne sera jamais terminé et transformé en marché couvert en 1830. Après l’incendie de la toiture de la cathédrale ( 1877), les autorités allemandes en confie la restauration à Paul Tornow. Le portail de Blondel démantelé est remplacé par un portail néogothique.
Le plan relief de Metz réalisé en 1821-27 est conservé aux Invalides, à Paris. Une réplique, réalisée en 1990, au 1/600 mesurant 32 m2, (9,22m x 7.50m) est visible au 144 route de Thionville, à Metz. Elle permet d’apprécier en particulier les travaux de Blondel dans leur état début XIX ème. Par son ampleur, sa qualité, le projet de Blondel est considéré comme l’un des plus originaux et permit d’embellir et de valoriser la ville à la fin du XVIII ème siècle.
Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :
Vendredi 3 Août, 14 h au Centre Pompidou, visite guidée de l’exposition
« Couples modernes ».
Rendez-vous sur place dans le hall d'entrée à 13 H 40,
Participation pour la visite guidée : 5 euros pour adhérent - 8 euros pour non-adhérent
Cette visite est selon le protocole imposé par le Centre Pompidou Metz,
limitée à 30 personnes,
Réservation souhaitée par mail : lesarts57@hotmail.fr
ou par tél : 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96