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Au lendemain du diner-conférence, « Du marchand de couleurs au marchand d’art », le jeudi 19 avril, à St Privat.

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Van Gogh : Le Portrait du père Tanguy en costume breton devant sa collection d'estampes japonaises (1887-1888).

Belle soirée conviviale,  organisée par Les Arts 57 au restaurant de la Tour à St Privat. En prélude à la conférence , un apéritif est servi  aux 23 participants  puis Catherine Bourdieu, Maitre de conférences en histoire de l’art , Université de Metz, nous fait découvrir  ces 4 personnalités intéressantes, marchands de couleurs,  qui ont soutenu, aidé de nombreux jeunes peintres inconnus ou peu reconnus au 19ème et  qui  ont sans doute favorisé leur émergence.

Au lendemain du diner-conférence, « Du marchand de couleurs au marchand d’art », le jeudi 19 avril, à St Privat. Au lendemain du diner-conférence, « Du marchand de couleurs au marchand d’art », le jeudi 19 avril, à St Privat.
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Les œuvres furent longtemps produites sur commande, pour les palais, châteaux, édifices religieux…  Au 15ème siècle, un marché d’œuvres d’art se met en place à Anvers dans des cloitres.  Au 16ème, deux sortes de marchés existent, un marché primaire où les œuvres sont vendues par les peintres eux-mêmes, exemple à Florence, Bruges, et un marché secondaire où les toiles sont revendues par des marchands de biens ou «  fripiers ». Au 17ème, des salles de ventes apparaissent, plus tard des ventes aux enchères d’abord en Angleterre : création des maisons « Sotheby’s » en 1744, « Christie’s » en 1766, en France avec Edme- François Gersaint (1694-1750). Marchand de curiosités, il connait bien la peinture flamande, organise ses propres ventes aux enchères avec édition d’un catalogue explicatif et exposition préalable des œuvres. Il transforme ces ventes en rendez-vous mondains, les œuvres ne sont plus regardées seulement pour le sujet et le nom,  mais aussi pour le plaisir de l’admiration. Au 19ème siècle, le Salon devient inaccessible  à la plupart des artistes, d’une part par la vision trop académique entretenue par le jury, et d’autre part par le nombre trop élevé d’envois de tableaux. A cette époque, le nom semble plus important que la réalisation.

Watteau, L'enseigne de Gersaint.  1720.           Gustave Doré, Le dernier jour de réception des tableaux avant le Salon, 1866.Watteau, L'enseigne de Gersaint.  1720.           Gustave Doré, Le dernier jour de réception des tableaux avant le Salon, 1866.

Watteau, L'enseigne de Gersaint. 1720. Gustave Doré, Le dernier jour de réception des tableaux avant le Salon, 1866.

Ce sont finalement les marchands de couleurs ou de fournitures pour les peintres qui, grâce à leur proximité avec les artistes, vont faire évoluer les choses.

Les couleurs sont des « drogues » utilisées pour colorer  des étoffes ou peindre des tableaux. Elles se vendaient toutes préparées dans des vessies (de porc) ou en pierre, pain, ou poudre que les peintres broyaient ou préparaient eux-mêmes. C’est John Goffe Rand, peintre américain, qui, en 1841,  eut  l’idée d’un cylindre de plomb, plié aux extrémités par une pince. En 1859, La maison  Lefranc et Bourgeois fabrique les premiers tubes en étain terminés par un pas de vis assurant une meilleure étanchéité, avancée essentielle qui favorisera la peinture en extérieur.

Dans l’almanach du commerce de 1820, il est fait mention de 42 marchands et restaurateurs de tableaux à Paris, de 94 fabricants et marchands de couleurs,  et à Metz : 22 épiciers droguistes…

Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)
Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)
Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)Sennelier, couleurs pour artistes.    Magasin Lefranc et Bourgeois.    Vessie de peinture.   Paintbox de Constable, 1837.            Tubes anciens Lefranc et Bourgeois.         Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)

Sennelier, couleurs pour artistes. Magasin Lefranc et Bourgeois. Vessie de peinture. Paintbox de Constable, 1837. Tubes anciens Lefranc et Bourgeois. Palette et boite de peinture de Renoir (Orsay)

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De la vente de matériel à la vente d’œuvres d’art.

               Van Gogh : Père Tanguy avec tablier. 1887.                                      Emile Bernard : Père Tanguy. 1887.

Van Gogh : Père Tanguy avec tablier. 1887. Emile Bernard : Père Tanguy. 1887.

1.  Le père Tanguy. (1825-1894)

Breton, Julien- François Tanguy, est ouvrier broyeur de couleurs à Paris, puis marchand de couleurs. Il  met en place un commerce ambulant et fréquente les mêmes lieux que les peintres : Le Point du Jour (près d’Auteuil, lieu de promenade), Barbizon, Argenteuil, Ecouen … 

Le Point du Jour.Le Point du Jour.

Le Point du Jour.

Renefer, Le Point du Jour.

 

 

Ses clients (et amis souvent) sont Pissarro, Monet, Renoir, Cézanne,   puis  Gauguin, Van Gogh, Signac, Toulouse Lautrec… Le déplacement des peintres en extérieur est aussi facilité par l’essor du chemin de fer, un réseau de voies ferrées se constitue autour  de Paris.

Barbizon, L'auberge Ganne .                                                                    

Daumier.

 

 

Dès 1870, Tanguy ajoute le commerce de tableaux à son activité. Boutique à Montmartre, 12 rue Clauzel, puis au 14 en 1880,  il fut l’un des premiers collectionneurs et marchand des impressionnistes.

Van Gogh : Portrait du Dr Gachet.            Cézanne : Maison du Dr Gachet.                   Emile Bernard : Portrait du Dr Gachet.
Van Gogh : Portrait du Dr Gachet.            Cézanne : Maison du Dr Gachet.                   Emile Bernard : Portrait du Dr Gachet.
Van Gogh : Portrait du Dr Gachet.            Cézanne : Maison du Dr Gachet.                   Emile Bernard : Portrait du Dr Gachet.

Van Gogh : Portrait du Dr Gachet. Cézanne : Maison du Dr Gachet. Emile Bernard : Portrait du Dr Gachet.

Le Dr Gachet fréquente aussi sa maison, médecin homéopathe à Auvers sur Oise, il accepte souvent de soigner  les artistes en échange de toile, et se constitue une collection. Peintre lui-même, il copie souvent les tableaux de ses amis pour se former à leur technique, et ce qui fait douter de l’authenticité de plusieurs toiles (Van Gogh en particulier).

Cézanne laisse souvent des toiles en dépôt chez le père Tanguy. Renoir y amène un jour Victor Choquet, grand collectionneur, qui admire et achète beaucoup Cézanne.  

Renoir, Portrait de Victor Chocquet.          Cézanne, Portrait de Victor Chocquet.

Renoir, Portrait de Victor Chocquet. Cézanne, Portrait de Victor Chocquet.

 

Tanguy aidait et soutenait  les artistes par le crédit sur les fournitures, par l’échange de fournitures contre des tableaux et en tenant table ouverte. A sa mort, une vente est organisée à l’hôtel  Drouot pour venir au secours de sa veuve, beaucoup y participent en donnant ou achetant, mais elle est tout de même décevante pour elle.  C’est Ambroise Vollard qui achète tous les Cézanne !

JL Forain, Le marchand de tableaux Salvador Mayer

2.  Louis Latouche. 1829-1883.

Marchand de tableaux, de couleurs fines, expert  en tableaux,  successivement au  59 rue Pigalle, puis 25 rue St Augustin, enfin 34 rue Lafayette. Grand soutien des peintres de Barbizon et des impressionnistes. Ses clients sont Pissarro, le Dr Gachet, Gautier (maitre de Monet),  Monet, Sisley, Bazille,  Renoir…  et  Charles -François Daubigny, paysagiste, qui  fréquente Barbizon et travaille autour d’Auvers sur  Oise en naviguant. En 1857, il fait aménager une barque en atelier : Le Botin, permettant de peindre le paysage d’un autre point de vue.

Daubigny, Etang de Gylieu. 1860, œuvre majeure acquise par napoléon III.

 

Il achète une maison pour en faire son atelier à la campagne, le Botin usé, termine  installé dans le jardin en buvette. Une 2ème barque est aménagée, des reconstitutions ont été réalisées depuis.

Le Botin, vu de côté. Orsay.                    Léonide Bourges, La maison-atelier, 1860. (coll part)Le Botin, vu de côté. Orsay.                    Léonide Bourges, La maison-atelier, 1860. (coll part)
Le Botin, vu de côté. Orsay.                    Léonide Bourges, La maison-atelier, 1860. (coll part)Le Botin, vu de côté. Orsay.                    Léonide Bourges, La maison-atelier, 1860. (coll part)

Le Botin, vu de côté. Orsay. Léonide Bourges, La maison-atelier, 1860. (coll part)

 Monet aura plus tard aussi une barque-atelier d’abord près d’Argenteuil puis Giverny. Comment mieux étudier les reflets  qu’en étant sur l’eau ?

 

Manet, Claude Monet peignant dans son atelier. 1874.  Monet, Le bateau-atelier, 1875-1876.
Manet, Claude Monet peignant dans son atelier. 1874.  Monet, Le bateau-atelier, 1875-1876.
Manet, Claude Monet peignant dans son atelier. 1874.  Monet, Le bateau-atelier, 1875-1876.

Manet, Claude Monet peignant dans son atelier. 1874. Monet, Le bateau-atelier, 1875-1876.

Daubigny, membre du jury du Salon contribue à la sélection des tableaux des jeunes peintres. Dans les années 1870, devant l’importance que prend Durand -Ruel,  Latouche se met en peu en retrait mais continue d’aider les impressionnistes.

3.  Alphonse Portier. 1841-1902.

Marchand de couleurs, rue Notre Dame de Lorette, il a une maison en bordure de la forêt de Fontainebleau et voit les jeunes paysagistes sur les chemins. Il s’intéresse à  leur travail et se fait vite l’intermédiaire  entre eux et des acheteurs : Sisley, Pissarro, … Il visite souvent  les ateliers de  Manet, Renoir …  Réputé pour son dévouement pour la peinture impressionniste dès ses débuts, il ne s’est jamais enrichi dans le commerce des tableaux. « On le voyait toujours courant avec des toiles sous le bras et ces toiles étaient des Corot,… des Sisley, des Pissarro ou des Guillaumin, quelques Mancini, des Cézanne quelques fois » Léonce Bénédicte, historien de l’art conservateur du musée du Luxembourg.

Renoir, Portrait de Melle Demarsy.

Chez Portier, Pissarro rencontre Paul Gallimard (père de Gaston fondateur des Editions) grand collectionneur, qui achète des tableaux lorsqu’ils sont encore inconnus. Il possède l’une des deux plus grandes collections de Renoir. « Il en a d’admirables et qui ne lui ont pas couté cher … » Octave Mirbeau.

Portier, gérant de la 4ème expo impressionniste en 1879, est très apprécié du milieu artistique. En relation avec Gauguin, Mary Cassatt,  Berthe Morisot, il va souvent voir Monet à Giverny. Il habite le même immeuble que Théo Van Gogh au 54 rue Lepic,  l’aide à connaitre les peintres et, est le premier à s’intéresser  à Vincent Van Gogh avant qu’il n’arrive en France en 1884. Sa mort en 1902 est catastrophique pour Pissarro et de nombreux jeunes artistes.

4. Paul Durand-Ruel.   1831- 1922.

Au 174,  rue St Jacques, ses parents ont une papeterie et des fournitures pour peintres. Ils  fréquentent de nombreux artistes, puis installent,  rue des Petits champs, une boutique réservée à la location et ventes de tableaux. En 1851, il commence à travailler avec eux, puis s’établit  1 rue de la Paix en 1855.

Leur renommée est déjà grande, ils soutiennent  Delacroix, Daumier, Daubigny, puis les peintres académiques Bonnat, Bouguereau, Cabanel…

Daumier, Le marchand d'estampes.

En 1865, il achète des séries de Corot, Millet, Courbet, Rousseau. A la guerre de 1870, il se réfugie à Londres avec une grande partie de ses tableaux. En 1871, ouvre une galerie à Bruxelles, où le commerce de l’art est florissant. Il met en place un nouveau système : les peintres lui apportent leurs tableaux et reçoivent des mensualités. Il possède tant d’œuvres qu’il organise une vente en 1875, une exposition en 1876, ce sont des désastres ! Obligé de ralentir les achats aux jeunes peintres, le banquier Feder lui accorde un prêt en 1880. Il organise une expo en 1882, mais la banque fait faillite, catastrophe pour le marchand ! Il envoie des tableaux un peu partout dans le monde : Londres,  Rotterdam, Berlin,  Boston… C’est le marché américain  qui va le sauver. En 1886, exposition à New York, 300 tableaux, grand succès. 2ème expo en 1887, il y installe une galerie et laisse ses trois fils Joseph, Georges et Charles s’en occuper.

Renoir, Charles et Georges Durand-Ruel, 1882

Renoir, Charles et Georges Durand-Ruel, 1882

 Expo Londres, 1905.                                                             Expo Renoir, New-York 1914.    Expo Londres, 1905.                                                             Expo Renoir, New-York 1914.

Expo Londres, 1905. Expo Renoir, New-York 1914.

Les expositions sont de plus en plus aérées, les toiles ne se touchent plus, début de réflexion sur la présentation !

Les peintres qu’il a contribués à lancer se tournent vers d’autres marchands, tout en lui laissant des toiles de temps en temps, seul Renoir travaille exclusivement avec lui. Pendant les dernières années du 19ème siècle,  il organise des expositions collectives ou par peintre.

Paul Durand-Ruel en 1910

 

Ces quatre exemples de marchands d’art venant du commerce de couleurs, grand soutien des peintres,  ne se sont pas vraiment enrichis  (Tanguy, Latouche et Portier). Ils  ont pris des risques, se sont endettés  mais grâce à eux, le commerce de l’art  est  passé du stade artisanal au stade international  (Durand- Ruel).

Encore un passionnant sujet,  comme toujours, traité agréablement et  si bien imagé  par Catherine Bourdieu.

Prochaine rencontre avec Les Arts 57,

« GAUGUIN ou la vie sulfureuse d’un artiste fou de liberté »,

 jeudi 17 Mai 2018, à 20 heures, espace Jules Verne, rue de Bretagne,

à MOULINS SAINT PIERRE.

par Monsieur Jean-Yves BEGUE, élu, chargé de la communication à Moulins.

Participation : 3 euros pour adhérents et étudiants ; 5 euros pour non-adhérents

Réservation souhaitée par mail ou par tél :

lesarts57@hotmail.fr   ou tél.   03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96

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