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Encore un grand succès que cette belle rencontre, fruit de la collaboration entre Les Arts 57 et l’association Echanges et Culture de Longeville. 108 personnes venues redécouvrir les Années Folles et l’Art déco présentés si agréablement par Catherine Bourdieu, Maitre de Conférences en histoire de l’art à l’Université de Lorraine.
1920-1929 : période des Années Folles. A Paris, Montparnasse et Montmartre sont les lieux de prédilection des artistes, dans des cafés ou cabarets : la Coupole, la Closerie des Lilas, Le Bœuf sur le toit…

Des écrivains américains (Fitzgerald, Miller, Hemingway) côtoient les peintres de toutes les nationalités : Soutine, Modigliani, Chagall, Van Dongen, Foujita, ceux du mouvement surréaliste : Ernst, Miro, Picabia, et Dali, les écrivains : Breton, Aragon, Eluard, Desnos, les sculpteurs : Jean Arp, Germaine Richier, les cinéastes : Buñuel, Cocteau, René Clair...


Le jazz, la revue nègre avec Joséphine Baker aux Folies Bergères, le Charleston, les musiques de Sidney Bechet, le Music-Hall avec Mistinguett et Maurice Chevalier remportent un succès considérable, favorisé par l’essor de la radio. Nouvel engouement aussi pour le sport : le Tour de France, le football, le rugby, le tennis, les Jeux olympiques de Paris en 1924.
1909-1930 : l’Art déco signifie à la fois une époque, un style et un art de vivre.

1909 : trois évènements annoncent le mouvement Art déco : les ballets russes de Diaghilev au Chatelet, la représentation géométrique des Paysages espagnols de Picasso, et du Château de la Roche-Guyon de Braque.
1930 : Salon des artistes décorateurs à Paris avec le Bauhaus (Gropius, Mies Van der Hohe), exposition au musée des Arts décoratifs avec R. Mallet-Stevens, architecture et arts appliqués.

Le mouvement Art déco peut aussi s’appeler Style 1925, expression utilisée à partir des années 1960 dans l’univers des antiquaires, elle rassemble les arts du décor, l’architecture, la peinture, la sculpture, le mobilier, la mode et le graphisme de l’entre-deux guerres. Appellation provenant de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris regroupant 21 pays, 150 pavillons, 20 000 artisans et artistes.

Le pavillon le plus représentatif est l’Hôtel du collectionneur aussi appelé pavillon Ruhlmann du nom du « maître d’œuvre ». Il s’agit de concevoir la demeure idéale d’un amateur d’art fortuné, œuvre d’art totale réunissant 40 créateurs parmi les plus grands du moment !
Architecte : Pierre Patout, simplification des masses. Façade sur jardin : 2 portiques à colonnes encadrent une rotonde. Bas-relief de la Danse sculpté par Joseph Bernard.
Salle à manger Mobilier Ruhlmann Tapis Gaudissart. Grand salon. Luminaires : maison Vian. Sculptures « Ours » de Pompon et « Héracles archer » de Bourdelle.
Les principes de l’Art déco rejettent l’académisme et l’Art nouveau : les lignes ondulantes et végétales sont abandonnées. Les formes géométriques, volumes épurés, décors plus réduits, et faibles reliefs n’excluent pas le goût pour les matériaux précieux, ivoire, nacre, mosaïques, vitraux, marqueteries colorées…
Les millions de visiteurs découvrent des modèles d’aménagement, de décor de la vie quotidienne, le papier peint, le mobilier, les arts de la table mais aussi les carrosseries automobiles, les enseignes des magasins…
L’Art déco ou style 1925 gagne tous les domaines même la mode, avec le symbole de l’émancipation féminine : la garçonne, issu du titre du roman de Victor Margueritte, 1922. L’idéal féminin est androgyne, disparition du corset, les jupes remontent jusqu’aux genoux, cheveux courts et maquillage. Des américains inventent le tube de rouge à lèvres d’abord coulissant puis pivotant ; en 1927 est créé le fameux Rouge baiser, mat, indélébile, permet d’embrasser sans laisser de traces !
La Garçonne, 1929 Kees Van Dongen Fano Messan, sculpteur, actrice dans le Chien andalou de Buñuel - Affiche René Gruau - Portrait de Suzy Solidor, 1933 Tamara de Lempicka. S.Solidor fut ambulancière à la fin de la guerre puis chanteuse.


Kiki de Montparnasse, modèle de Modigliani et Foujita,
muse et compagne de Man Ray : le violon d’Ingres, 1924.

Championne de tennis Suzanne Lenglen.
Ligne de vêtements de sport, le sportwear, créée par le couturier Jean Patou : jupe plissée de soie blanche s ‘arrêtant aux genoux, cardigan sans manches, bas à jarretières et bandeau en tulle.
L’architecture Art déco se reconnait dans des villas, immeubles, commerces, cinémas, théâtres, casinos, écoles, piscines, stades, postes, gares, musées, monuments aux morts, stations-services, paquebots ….
Villas pour des amateurs d’art et collectionneurs fortunés qui apprécient l’innovation et favorisent l’émergence des artistes.
Villa Leïhorra à Cibourre, baie de St- Jean-de-Luz, la plus belle du Pays Basque. 1926, pour Caroline Signoret. Axe est-ouest pour suivre la course du soleil. Concept d’art total : architecte Joseph Hiriart crée bâtiment et dispositif décoratif.
Façade sur jardin : lignes géométriques, murs lisses Porte d’entrée : vitrail de Grüber en verre blanc et noir représentant les montagnes basques. Façade sur l’océan : rotonde élément récurrent de l’art déco, modèle des villas italiennes du 16ème, A.Palladio. Fronton de pelote basque de forme géométrique.


Villa E-1027 à Roquebrune-Cap-Martin.
Accès par le sentier des douaniers, le nom de la villa est un code entre l’architecte irlandaise Eileen Gray et Jean Badovici, directeur de magazine. C’est leur maison de vacances.
Extérieurement utilise les 5 points de l’architecture moderne selon Le Corbusier : pilotis, toit-terrasse, plan libre par la suppression des murs porteurs, fenêtres en bandeau, façade plaquée sur la structure.
Villa Cavrois à Croix, près de Roubaix pour Paul Cavrois, industriel dans le textile. Il choisit l’architecte Mallet-Stevens vu à l’expo 1925. Œuvre d’art totale, avec pour consignes : air, lumière, travail, sports, hygiène, confort et économie ! Elle doit être vaste : 7 enfants + logement du personnel.
60 m de long, 2400 m2 habitables, parc de 5 ha. Matériaux : béton, briques, métal, acier, verre, marbre, planchers en bois précieux, parquet Noël. Eau courante chaude et froide, horloge électrique et téléphone interne et externe dans toutes les pièces, éclairage savant avec lumière dirigée vers le plafond plus proche de la lumière naturelle. Grandes surfaces vitrées, toit terrasse, pas de décor façade, lignes sobres. Aile des parents, aile des enfants et domestiques.
Miroir d’eau dans parc, piscine 27 m de long, hall d’entrée, vestibule boites à lumière, salle à manger des parents : marbre vert, meubles en poirier, miroir reflétant le jardin , salle d’étude des enfants ( assise des sièges galbée), table à secrets dans chambre parentale.
Cinémas :
Le Grand Rex, Paris 2ème arr, modèle réduit du Radio City hall de New-York, façade conçue par Auguste Bluysens.
Le Palace, Beaumont- sur- Oise, 1928 lieux de tournage de la Dernière Séance d’ Eddy Mitchell. Façade style paquebot avec hublots.

Théâtre des Champs-Elysées, 1913, façade plaquée de travertin ornée de bas-reliefs en marbre blanc de Bourdelle. Abrite une grande salle à l’italienne pour la musique et l’opéra (1900 places), 2 salles de théâtre : la Comédie des Champs- Élysées (600 places), le Studio des Champs- Élysées (230 places), et un restaurant.

Casino de Biarritz 1929, sauvé de la destruction et restauré.

Dans les années 1920-30, les paquebots sont les moyens de transport habituels pour les voyages intercontinentaux, et deviennent des supports de décor intérieur de luxe au goût du jour.
Le paquebot Ile de France (1927), siège de salle à manger Pierre Patout.

Le Normandie, 1935, salle à manger : éclairage assuré par 12 piliers en verre Lalique, 38 colonnes lumineuses. Ce géant des mers coule en 1942 à la suite d’un incendie.
Les paquebots transatlantiques symbolisent tant le luxe et une vie rêvée que les architectes s’en inspirent : c’est le style paquebot fin des années 30 : volumes arrondis, baies vitrées en longues lignes horizontales, terrasses étagées, hublots.
Hôtel latitude 43 à St Tropez, 1932. 110 chambres, fonctionne 4 étés, faillite, transformé en appartements en 1950. Hôtel Le Belvédère près de Perpignan. 1928, 1932, près de la voie ferrée. Fermé lors de la guerre d’Espagne. Hôtel Normandie à San Juan (Porto Rico), 1938-42. Les propriétaires s’étaient rencontrés sur le paquebot. Immeuble Le Liberté, Casablanca (Maroc) 1949-51, 17 étages, premier gratte-ciel du continent africain.

Dans les années 1930, même les stations-services en plein essor en reprennent les caractéristiques architecturales. L’apparition des congés payés et les progrès de l’automobile favorisent la mobilité le long de la Nationale 7 en particulier.
Station-service de Valence, Le Relais du Sud, 1937, accès facile, flèche visible de loin, couleur blanche, colonnes en béton armé, auvent en forme de proue de navire, percé de hublots lumineux.
Bon nombre de traces de l’Art déco, du style 1925, du style Paquebot, des Années Folles ou même de la mode Garçonne nous environnent et sont encore parfois d’une étonnante modernité ou au moins présentent un certain charme. Conférence passionnante et très riche visuellement comme toujours avec Catherine Bourdieu.
Prochaine rencontre avec Les Arts 57,
Lundi 9 Avril, à 20 heures, Salle Polyvalente à SAULNY,
« Danser nu à la fin du XXe siècle. Les enjeux de l'intime. »
avec Roland Huesca, professeur des Universités en esthétique et spécialiste de danse.
Participation : 3 euros pour adhérents et étudiants ; 5 euros pour non-adhérents
Contact : lesarts57@hotmail.fr ou tél. 03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96