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C’est avec un plaisir évident que 47 amis de « Les Arts 57 » retrouvent Catherine Bourdieu, Maitre de Conférences en histoire de l’art à l’Université de Lorraine, dans cette jolie salle et si bien accueillis par Mme François, représentant la commune.
Originaire de Damvillers, dans la Meuse, J.B. Lepage installe son premier atelier dans le grenier dans la maison natale située place du marché couvert, mais détruite lors de la 1ère guerre.
Jules Bastien Lepage est redécouvert en 1984 : le centenaire de sa mort donne lieu à des expositions à Verdun, Montmédy, puis plus tard à Orsay en 2007. Un petit musée lui est maintenant dédié à Montmédy.

Après ses études à Verdun, il arrive à Paris en 1867, situation précaire, peint des éventails pour gagner sa vie. Il entre dans l’atelier d’Alexandre Cabanel, peintre académique majeur, est reçu 1er au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts en 1868, et accepté au Salon en 1870. Blessé pendant la guerre de 1870, en convalescence à Damvillers pendant 2 ans, puis retour à Paris. J. Bastien –Lepage s’inscrit pleinement dans le courant naturaliste qui suit soit modèle académique soit le modèle impressionniste (années 1880-1900). Tous ont en commun le sentiment de puissance de la nature face à la fragilité humaine et s’inspirent de la vie quotidienne : Jules Breton, Emile Friant et Rosa Bonheur.

Portrait de mon grand-père, 1874.
Couronné par le jury au Salon, « …finesse de ton et les détails si bien étudiés de cette tête et de ces mains… » selon le critique Nestor Paturot. Le grand-père, placé de trois-quarts, regarde son petit-fils en train de le peindre, bras croisés. Il se détache sur un fond de végétation où les arbres se resserrent légèrement et guident le regard vers le visage : regard bleu indéchiffrable, barbe très fournie, modelé complexe du visage aux rides profondes. Sur ses genoux, un mouchoir à carreaux bleus et son étui à lunettes. L’ensemble produit une impression de calme et sérénité.

L’annonce aux bergers, 1875, Melbourne.
2ème place au prix de Rome.
Toile déroutante car mêle plusieurs manières de peindre :
-- touches épaisses pour le paysage dans l’obscurité
-- inspiration Renaissance pour l’ange, visage idéalisé, tunique fluide, ailes aux plumes réalistes, nimbe doré en aplat comme la peinture fin moyen-âge.
-- bergers traités à la manière réaliste du 17ème et de Georges de la Tour : cheveux et barbes en bataille, mains déformées par les rhumatismes.
A partir de 1876 J. Bastien –Lepage expose chez Georges Petit, rue de Sèze, un des principaux galeristes, qui soutient les impressionnistes. Il présente chaque année au Salon une scène paysanne et un portrait. Proximité avec l’art de Courbet et de Manet. Tous les thèmes se retrouvent dans son œuvre.

Peinture d’histoire :
Portrait de Jeanne d’Arc, 1879
2.54 x 2.79 m. New York.
Grand format. S’est inspiré de l’actrice Jeanne Samary (souvent peinte par Renoir) mais les yeux sont ceux d’une petite fille de Damvillers. Accueil très mitigé : la matérialisation des voix de Ste Catherine, Ste Marguerite et de l’archange St Michel qui tend une épée ne convainc pas.
Le paysage : scène extérieure dépourvue de personnages.

Venise, la nuit sur la lagune, 1880. 53 x 64 cm, Dijon.
Paysage pur, géométrisation des formes architecturales, placées à l’horizon à mi-hauteur du format, sur une surface très réduite, enserrées entre mer et ciel. Couleur bleue déclinée dans plusieurs tons, du plus clair au plus foncé : camaïeu du plus bel effet. Peut-être un des paysages les plus forts et les plus innovants de sa carrière.

Effet de neige, Damvillers, 1882.
Le titre ancre le tableau dans son époque : formulation souvent employée par les impressionnistes.
Déclinaison de tons gris et bleus, terre et ciel se confondent, fine trouée de soleil à l’horizon, une colline au premier plan, les nuages semblent toucher le sol, des tiges desséchées percent l’épaisseur de la neige au premier plan, deux petites masses noires indéfinissables à droite ...

Paysage au charbonnier, 1883-84.
Œuvre présentée dans les paysages malgré une figure humaine car le titre indique que c’est le charbonnier qui, en quelque sorte, orne le paysage et non l’inverse. Très belle construction : premier plan tout blanc limité par une ligne oblique, arrière-plan gris clair et foncé, limité par une ligne oblique inverse, au-dessus, ciel gris plombé ; nombreux arbres, grands, majestueux accrochent le regard et augmentent le dépouillement de la scène avec leurs branches dépourvues de feuillage. Dans ce paysage désert, un homme vu de loin travaille dans la solitude autour de son tas de charbon.
Le portrait. Il représente ses proches, mais aussi des personnalités célèbres de son temps. Il est un remarquable portraitiste. Zola admire son talent, les deux hommes deviendront amis.
Portrait de la mère de l’artiste : Adèle Lepage, 1877. Nice, dépôt Orsay. Portrait du père de l’artiste : Claude Bastien, 1877. Nice, dépôt Orsay. Portrait du frère de l’artiste, Emile Bastien Lepage, architecte, 1879, Nancy.

Sarah Bernhardt, 1878, 109 x 82 cm, collection particulière.
De profil, le dos très droit, son manteau ne couvrant que le côté droit, laisse apparaitre la robe et l’écharpe de gaze nouée autour de son cou. Les tons blanc-crème et bleutés mettent en valeur la chevelure auburn. Profil reconnaissable, mains aux longs doigts fins tenant un modelage préparatoire d’Orphée. La toile lui ayant bien plu, la comédienne offre à Jules Bastien- Lepage une palette ornée de ses initiales.
Simon Hayem, 1875. Industriel parisien, portrait académique d’un personnage opulent, larges mains, sobrement mais élégamment vêtu, favoris géants, regard bien planté dans celui du peintre.
Le prince de Galles, futur Edouard VII, 1878. En voyant le portrait de Sarah Bernhardt, il commande le sien. Lepage passe l’été 1879 à Londres. Représenté presque de profil, permet de mettre en valeur le port altier du modèle.
Adolphe Franck, philosophe, 1878, portrait en buste, fond sombre, costume noir, chemise blanche mettant en valeur le visage peint avec une touche lisse tandis que le costume est exécuté avec une touche libre.
Albert Wolff, 1881.Critique d’art. Portrait subtil, image d’un amateur d’art éclairé, livres, statuette, gravures, tableaux collectionnés, portrait plus familier dans l’intimité de son bureau, négligemment assis en travers de sa chaise, accoudé à sa table de travail.
Juliette Drouet, 1883, actrice, compagne de Victor Hugo.
Le mendiant, 1881. 40x 32 cm, Montmédy. Grand succès pour cette œuvre. Pauvre fauvette, 1881. Le Père Jacques, 1881. 196x 181 cm. Milwaukee Art Museum Le petit cireur de chaussures à Londres, 1882. Paris, musée des arts décoratifs Pas mèche, 1882. Edimbourg Passeur de barge, fouet pour stimuler les chevaux, trompe pour avertir du départ et de l’arrivée. Le petit colporteur endormi, 1882. Tournai. Sur le chemin de l'école, 1882
Scènes de genre.
La Toussaint, 1878. Budapest.
L’amour au village, 1883 (coll. Russe), scène située à Damvillers, succession de jardins séparés par des clôtures. Thèmes repris par Friant en 1889 pour sa « Toussaint », en 1888 pour « Les amoureux » sur la passerelle.
Vie quotidienne des paysans.

Les Foins, 1877, Orsay.
Zola le considère comme un tableau majeur du naturalisme, et en fait le descendant de Courbet et Millet, (La Méridienne, les Glaneuses , 1857).
Millet s’attache à illustrer la dureté du travail des paysans tandis que pour Lepage, ils se reposent tout simplement. Le visage des glaneuses n’est pas identifiable, ici Lepage réalise un véritable portrait de sa cousine : Marie- Adélaïde Robert (1861-1956).

Octobre, la récolte de pommes de terre, 1879.
Présenté au salon, grand succès. Composition dynamique, étendue de terre à perte de vue, collines de la campagne de Damvillers, au loin les hommes déterrent les pommes de terre. Qualité du ciel chargé de lourds nuages. Les modèles sont encore sa cousine et une amie de celle-ci : Christine Georgen ; les jeunes filles effectuent gaiement leur labeur.

Le parc des rainettes.
J.B. Lepage avait acheté un verger à Damvillers pour en faire son atelier plein air. Après sa mort prématurée à 36 ans d’une tumeur, son frère Emile le transforme en parc. Architecte des Beaux-arts, il devient peintre paysagiste.
Peint dans le jardin par Sophie Shaeppi (vers 1880-84), artiste suisse, amie des deux frères.

A Damvillers, monument funéraire spectaculaire, inauguré en 1889.
-statue réalisée par Auguste Rodin, son ami.
-stèle gravée par les titres de ses tableaux.
-cinq tombeaux : ses parents, son frère et son épouse, et le sien.
Talent indéniable par son style, sa manière de peindre avec une touche lisse, une finition précise et en même temps un goût pour la touche libre (épaisseurs et formes variées), Jules Bastien-Lepage a su ainsi concilier tradition académique, réalisme paysan et impressionnisme. A Damvillers, un parcours balisé « Sur les pas de Jules-Bastien Lepage » lui rend hommage.

Prochaine rencontre avec Les Arts 57
Lundi 2 octobre à Saulny,
Conférence avec Laurent Commaille :
« Street Art », l’Art urbain
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03