.


Matin déjà ensoleillé à 8h, présage d’une belle journée au départ de Saulny pour 48 personnes guidées par Marie-Laure. Conduit par Romain, le bus suit la vallée de la Moselle. La colline du Stromberg domine Sierck. Au solstice d’été, une coutume celte perdure : si la roue de paille enflammée descend jusqu’à la rivière, la récolte du vignoble sera bonne. Le château des ducs de Lorraine (11ème s.) bien restauré se profile sur les hauteurs.

Après Apach, dernier village français, nous sommes au pays des 3 frontières à proximité de Schengen, ville de la signature par le Benelux, la France et l’Allemagne en 1985, des accords éponymes permettant la libre circulation des individus et la suppression du contrôle aux frontières.
Panneaux commémoratifs en acier Corten.
De Bussang dans les Vosges à sa confluence avec le Rhin à Coblence, la rivière parcourt environ 600km. Canalisée en 1964, elle est bordée de nombreuses caves viticoles, parfois même troglodytes, les fêtes de la vigne et du vin y sont nombreuses lors des vendanges. Remich, jolie petite ville de la « Riviera » luxembourgeoise, est le point de départ de croisières sur la Moselle.
Première étape : la Colonne d’Igel à 8km de Trèves. Monument funéraire romain du 3ème.s.

Dans la périphérie de Trèves, existaient des "villas" au coeur des domaines agricoles . Les propriétaires faisaient construire en périphérie d’immenses mausolées pour les défunts de leur famille. Cette pile de grès rouge de 27m indiquait le tombeau de la famille Secundini, marchand d’étoffes. Il a été préservé de la destruction grâce à une erreur d’interprétation : on lui a attribué la représentation du mariage d’Helena, mère de l’empereur Constantin. Les pierres assemblées sont maintenues avec des cerclages de plomb. Le monument est coiffé par un aigle représentant Jupiter métamorphosé emportant Ganymède, bel adolescent vivant sur terre et choisi par les dieux. Igel, nom dérivé d’Aquila, aigle en latin. De passage à Igel en 1792, Goethe célèbre le mausolée dans sa « Campagne de France ».
Tandis que le bus nous emmène vers la colline du Petrisberg qui surplombe la ville de Trèves, Marie- Laure nous en retrace les origines.
La tribu gallo-celte des Trévires s’était installée dans ce site favorable entre les 5ème et 3ème s. av J.C. Avec Jules César et la guerre des Gaules, commença la domination romaine (58-51 av J.C.), mais c’est l’empereur Auguste qui fonda la cité “Augusta Treverorum » (en l’an 17 av J.C.). La ville servait de base arrière pour ravitailler l’armée romaine en direction du Rhin. Le « Limes » : frontière naturelle, route séparant la civilisation romaine du monde barbare était très surveillée. Situation privilégiée, au croisement des voies reliant la Méditerranée à la Germanie : Marseille, Lyon, Metz, Trèves, et la transversale de Reims vers Mayence. Le quadrillage de la cité romaine se retrouve encore un peu aujourd’hui : le Cardo Maximus , axe N-S, actuelle Simeonstrasse et le Decumanus Maximus , axe E-O, actuelle Kaiserstrasse qui aboutissait au 1er pont sur la Moselle. A leur intersection se trouvaient le forum, cœur de la ville et les grands bâtiments publics… Très prospère, « Treveris » devient l’une des capitales de l’empire romain, et se dote de bâtiments prestigieux : thermes, amphithéâtre, imposant rempart avec 4 portes fortifiées. Après les destructions dues aux invasions barbares successives, l'empereur Constantin reconstruit et étend la ville au 4ème s. : cathédrale, palais, basilique, … Résidence préférée de l’empereur et de sa mère Hélène, il y installe sa cour (306-316). Le christianisme se développe, St Eucaire est le premier évêque.
Vieux pont romain, base des 7 piles en basalte du 2ème s. après J.C., la partie supérieure en grès rose a été reconstruite après les bombardements, 1944-45. Amphithéâtre adossé à la colline du Petrisberg 18 à 20 000 spectateurs !
Périodes tourmentées sous la pression des tribus germaniques, la ville est successivement détruite, puis reconstruite. Charlemagne transforme l’évêché en archevêché, dont vont dépendre les évêchés de Metz, Toul et Verdun. En 843, Trèves fait partie de l’empire de Lothaire. Les archevêques sont de plus en plus puissants, et deviennent même des Princes Electeurs du 13ème au 18ème s.
Pittoresque vallée élargie, collines de l’Eiffel à l’ouest et contreforts de l’Hunsrück à l’est. La falaise de grès rouge, limite méridionale de l’Eiffel, descend sur la Moselle. Sur l’autre rive, colline couverte de vignoble.

Passons devant la basilique st Matthias, abbaye élevée au rang de basilique : outre la sépulture de St Eucharius, (1er évêque), elle contient les reliques de St Matthias, le 13ème apôtre.

La Porta Nigra.
Emblématique de la ville, la Porta fait partie du puissant mur fortifié de la cité romaine, édifié fin 2ème s. après J.C. et long de 6,4 km, énormes blocs de pierre reliés par des crampons de fer et scellés de plomb. L’édifice à double arcades comporte une cour intérieure, le « Zwinger ». Le côté nord (coté campagne) présentait 2 puissantes tours de 4 étages saillant en demi-cercle, la partie centrale percée de 2 portes d’accès, corniches en saillie, colonnes engagées, chemin de ronde derrière les fenêtres.

Le côté sud (coté ville) évoque une imposante façade de palais. Au 11ème s. , l’ermite Siméon de Syracuse se fit enfermer 7 ans dans la tour orientale jusqu’à sa mort en 1035. Grand ami de l’archevêque Poppo von Babenberg, il fut vénéré comme un saint. Poppo fonda un couvent, le cloitre Saint Siméon et transforma la Porta en double église superposée : église laïque au premier étage et église collégiale au 2ème. Elle ne prit le nom de « porte noire » qu’au Moyen Age, les pierres de grès étaient clair à l’origine.

Les motifs rococo sur les pierres datent du milieu 18ème lors de la rénovation des églises. Napoléon veut redonner à la Porta sa structure antique et ordonne la démolition de tout ce qui n’était pas romain en 1804, le beau chœur roman de 1150 fut cependant sauvé. Le cloître accolé à la Porta construit vers 1036 est le plus ancien d’Allemagne, arcs construits avec des pierres blanches et rouges en alternance, surmontées de briques romaines, piliers quadrangulaires, colonnettes. L’ensemble complété et restauré abrite maintenant l’office de tourisme, le musée municipal et un café restaurant.

Maison des trois rois ou maison des rois mages : Dreikönigenhaus , (13ème s.), restaurée, polychrome. Style gothique. Maison forte : porte au premier étage à laquelle on accédait par une échelle escamotable. Attique, décor trilobé, ravissantes fenêtres sous des arcs brisés…

Arrivés à la très belle place du marché (Hauptmarkt), dominée par le haut clocher de l’église gothique St Gangolf. Les corporations voulaient montrer leur puissance en bâtissant le clocher dépassant celui de la cathédrale, le pouvoir épiscopal réagit en le rehaussant quelques années plus tard…

Située devant la zone d'immunité de la cathédrale, la place du marché constitue le centre économique de la ville médiévale. les visiteurs étaient sous la protection de la croix du marché, érigée en 958. Colonne de granite romaine (4ème s.) de la région d’Heidelberg. L’original se trouve au musée.
Nous sommes attendus au restaurant « Domstein » où un sympathique déjeuner nous est servi.

Après cette pause bienvenue, jetons un petit coup d’œil à la pharmacie voisine, Löwenapotheke, la plus ancienne d’Allemagne, (13ème s.). Tout près, la Fontaine du Marché, Fontaine St-Pierre (patron de la ville), fin 16ème, artiste maniériste H.R.Hoffmann, polychrome, restaurée en 2013. Les sculptures représentent les 4 vertus cardinales :
Encore une riposte du pouvoir épiscopal face à la bourgeoisie : sur le fût de la colonne des singes moqueurs.
La Steipe, fleuron de la place du marché, 1430, salle de réunions et de fêtes pour les conseillers de la ville. Superbe édifice à 3 étages, crénelé. Arcades en arcs brisés, statues des patrons de la ville : St Pierre et Ste Helene, St Jacques le Majeur, patron de l’hôpital et St Paul patron de l’université, 2 héros en armes : protection de l’empereur.


La Maison Rouge, 1684, très belle façade baroque, porte l’inscription de la fondation légendaire de Trèves 1300 ans avant Rome.
Traversons cette magnifique place pour nous rendre à la Cathédrale Saint Pierre et l’église Notre-Dame voisine, édifiées à l’emplacement des premiers sanctuaires chrétiens bâtis sous le règne de Constantin. La cathédrale actuelle commencée au 11ème, par Poppo de Babenberg style roman ottonien : deux tours entourent le chevet, ( semblables à celles de St Vincent à Metz, de la cathédrale de Toul …). Devant le portail se trouve la pierre de la cathédrale = Domstein, une colonne de « granite » ayant fait partie du noyau romain.
L’église Liebfrauen commencée vers 1235 un des plus anciens édifices gothiques. Plan évoquant une rose et rappelant une tradition ancienne : église ronde consacrée à la Vierge , 12 chapelles, 12 colonnes fasciculées portant les représentations des 12 apôtres avec les instruments de leur supplice. Beaux vitraux colorés de Jacques le Chevallier ( qui a aussi réalisé ceux de St Pierre de Metz Borny). Tympan d’origine, 13ème s.

Ce joyau est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco ainsi que 8 autres monuments : la cathédrale, le pont romain, les thermes, l’amphithéâtre, la Porta Nigra, la basilique, la colonne d’Igel.

La cathédrale et l’église Liebfrauen sont reliées par un cloitre (13ème).

Début 18ème, construction de la chapelle destinée à conserver la Sainte Tunique, jointe au chœur (coté est de la cathédrale). Au 4ème s. Hélène, mère de l’empereur Constantin, découvrit la tunique du Christ, la fit ramener de Jérusalem, et conserver à l’abri du public. Présentée pour la 1ère fois en 1512, puis de temps en temps : 1959, 1996.

Sur le chemin de la Basilique, admirons un magnifique bateau à vin, 3èmes, érigé sur la tombe d’un viticulteur.

Passons devant le palais épiscopal (milieu 18ème), puis sous un arc surmonté d’une crucifixion, délimitant l’enclos cathédral jouissant, jadis, de l’immunité, la Tour Rouge (siège des archives) et le « Portail Petersboug » du Château des princes –électeurs, commencés en 1615, sous L. de Metternich. L’immense basilique fut intégrée dans la construction.
La Basilique de Constantin apparait, remarquable par ses dimensions, sa simplicité. Construction romaine en briques rouges, édifiée au 4ème s. par l’Empereur, la Palastaula (aula = galerie couverte) faisait partie d’un vaste ensemble. C’était la salle du trône ou hall d’audience. 71 m de long x 27m de large, hauteur de 30m, elle pourrait contenir 2 x la Porta Nigra !
L’intérieur devait être grandiose, très lumineux par les grandes ouvertures, chauffage par le sol (système encore visible à l’extérieur), décors polychromes, mosaïques, marbre, plafonds à caissons, nombreuses statues…
Forteresse au moyen-âge puis résidence de l’archevêque, elle fut intégrée à la construction du palais des princes-électeurs au 18ème. Devenue église protestante en 1856, elle brûla pendant la 2ème guerre, et fut reconstruite à l’identique.
La transformation de l’aile sud du château en 1756-61 en palais rococo, témoigne de la prospérité du pays de Trèves. Le vaste perron orné d’une balustrade et de statues a été reconstruit d’après les plans de 1756.

A l’intérieur une magnifique montée d’escalier, chef d’œuvre du baroque allemand. Très jolie cour intérieure, le palais est aujourd’hui dédié à l’administration régionale.
Quittons cette jolie ville, sur le chemin du retour à 40 km au sud de Trèves, tout près de la frontière, vers Perl et Schengen, Marie –Laure nous a réservé une très belle surprise : la mosaïque de Nennig. Découverte fortuitement par un agriculteur en 1852, les fouilles révèlèrent la plus grande mosaïque au nord des Alpes : 14m x 10m, datant sans doute du 3ème s. après J.C. Un bâtiment spécifique fut construit pour la protéger.
Sans doute située dans le hall d’entrée d’une grande et somptueuse villa romaine, au centre un bassin octogonal en marbre blanc. La mosaïque, ayant pour thème les jeux du cirque, présente 7 motifs : 6 octogones, et 1 carré. Les tesselles sont composées de fragments de marbre blanc et noir réguliers pour les contours géométriques, de fragments de céramique sigillée orange ou de pâte de verre indigo, rouge ou jaune irréguliers pour l’emblemata (motif central).
Ces magnifiques mosaïques sont un inestimable témoignage : des personnages et leur façon de se vêtir, leurs armes face aux animaux, des instruments de musique originaux : représentation exceptionnelle d’une sorte d’orgue hydraulique.
Superbe et très agréable journée à la découverte de cette jolie ville dynamique, au riche passé si bien intégré à la ville moderne.
Prochaines rencontres avec Les Arts 57 : visite guidée de l’exposition
« Fernand Leger » au Centre Pompidou -Metz
Le jeudi 20 juillet, à 14h, rendez-vous 13h 40
Le vendredi 11 août, à 14h, rendez-vous 13h 40
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03
Participation pour la visite guidée : 4 euros adhérent, 7 euros non adhérent.