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La Décalcomanie, 1966.
Dans la belle salle de l’espace Jules Verne à Moulins St Pierre, Mr Jean–Yves Bègue, amateur d’histoire de l’art, a entrainé dans le sillage étonnant de René Magritte, un large public enthousiaste d’amis, et de fidèles des Arts 57, soit 105 personnes !
Ce « pépère belge tranquille mais pas si tranquille que cela !», né en 1898 à Lessines (Belgique) appartient au mouvement surréaliste. Ce début de 20ème siècle est une période artistiquement féconde : impressionnistes, fauves, cubisme, dadaïsme,… Après les massacres de la première guerre, les artistes remettent en cause l’ordre établi, et la peinture conventionnelle pour laisser place à l’imaginaire, au rêve, à l’inconscient… confortés aussi par les travaux de Sigmund Freud. C’est Guillaume Apollinaire qui, le premier, va utiliser le terme de « sur-réaliste » (1917) : l’art doit aller au – delà du réel, c’est la surréalité. Ce courant touche aussi les lettres : Paul Eluard, Louis Aragon, la musique : Éric Satie, le cinéma : Luis Buñuel… Dans son manifeste en 1924, André Breton le définit : « automatisme psychique pur qui exprime le fonctionnement de la pensée en l’absence de tout contrôle de la raison et en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale».
Si le monde fantastique de Jérôme Bosch (vers 1500) et les portraits végétaux d’Arcimboldo interpellent les surréalistes, c’est Giorgio De Chirico (1888– 1978) qui fascine Magritte : la cour éclairée, la jeune fille au cerceau, les arcades d’Italie mais des ombres inquiétantes se profilent… au- delà de l’apparence figurative règne une ambiance particulière, tout semble silencieux.

René Magritte L’empire des lumières .1954
Un ciel de jour, mais des ombres et éclairages nocturnes, ambiance qui étonne et désoriente. |
Salvator Dali (1904-1989), star de la pub pour le chocolat Lanvin, ouvre la voie du monde des rêves et de l’inconscient dans la peinture. Un mal de tête l’empêche d’accompagner Gala au cinéma, il se sent mou…représentent des montres molles, les heures différentes indiquent le temps qui passe, les fourmis (sa phobie) grignotent aussi le temps qui passe.
La persistance de la mémoire, 1931 Girafes en feu, 1937 Les béquilles soutien des parties molles, les tiroirs de la pensée… Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grenade, une seconde avant l’éveil, 1944
Sa démarche « paranoïaque-critique » : « création irrationnelle qui permet de révéler les fantasmes » est qualifiée d’ « hallucination volontaire » par André Breton.
Imagination débordante des artistes aussi par le biais d’objets symboliques drôles : le téléphone aphrodisiaque, association vivant – inanimé, ou les « ready-made » de Marcel Duchamp : l’artiste révèle le côté artistique de l’objet « tout fait », les œuvres féministes de Meret Oppenheim (1913-1985).
Salvador Dali : le téléphone aphrodisiaque.1936 Meret Oppenheim : Déjeuner en fourrure. 1935 Marcel Duchamp, Fontaine. 1917-1964
René Magritte, ainé de trois garçons, issu d’un milieu modeste dans la confection. Très marqué par le suicide de sa maman Regina, retrouvée dans la Sambre, il n’a que 14 ans. Etudes à l’Académie des Beaux –Arts de Bruxelles. Epouse Georgette, son seul amour, muse et unique modèle toute sa vie. Réalise des affiches publicitaires, style art déco pour gagner sa vie, il les appelle « ses œuvres imbéciles », elles ne traduisent pas sa pensée. En 1927, le couple s’installe en région parisienne, fréquente les artistes surréalistes. Invité à Cadaquès par Dali, en compagnie de Paul Eluard et Gala en 1929. Relations tendues avec André Breton, peu tolérant pour lequel « ne pas être dans la norme est devenue…une norme ! ».

Le Faux Miroir, 1928. Au-delà de l’œil , le rêve , le mystère…
L’univers de Magritte (selon Jean-Yves Bègue ) :

Le Double Secret. 1927. Paris , Centre Pompidou Les grelots suspendus rappellent sa peur des chevaux lorsqu’il était enfant à Charleroi. |

Les Amants, 1928.
MOMA , New –York
Ils s’embrassent mais ne se connaissent pas : l ’amour est aveugle ? le tissu blanc provoque une impression étrange renvoie au souvenir traumatisant de sa mère sortie, noyée des eaux, couverte d’un voile.
La Clef des songes, 1935.
Les mots sont des conventions,
décalage avec les images.
La trahison des images, 1929.
La représentation d’une pipe n’est pas une pipe car « on ne peut pas la fumer», c’est une image de pipe.
Tentative de l’impossible, 1928. L’acte de foi, 1960. L’obstacle de la porte franchi, il y a encore la balustrade. La clef des champs, 1936. Morceaux de paysages sur les éclats de vitre, on ne sait plus ce qui est réel ou pas… Le modèle rouge, 1935 Paris, centre Pompidou. Les chaussures sont un carcan qui emprisonne le pied vivant. La durée poignardée, 1938. Chaleur et fumée du foyer dans un intérieur bourgeois, association d’idée avec celle d’une locomotive.

La Clairvoyance, 1936.
En regardant l’œuf , le peintre sait qu’il deviendra oiseau.
Magritte peignait en costume dans sa salle à manger.
La lecture défendue, 1936.
L’escalier mène à un mur fermé, il défend son ami Aragon censuré, l’index pointé sur un grelot cache le i, avertissement : la censure ne mène nulle part.
La moisson, 1943.
Periode de guerre oppressante, il tente de mettre de la couleur.
Beauté de la vie, période « Monet».

Variante de la tristesse,1957.
Eternelle question de l’origine. Qui est arrivé en premier ? mais la poule regarde , interloquée, l’œuf à la coque intrus !
Grande force de l’image.

Les vacances de Hegel, 1958.
Unir les contradictions : le verre qui recueille l’eau est posé sur un parapluie qui sert à l’écarter ou s’en protéger.
La chambre d’écoute, 1958. Pomme surdimensionnée dans un espace clos. La folie des grandeurs, 1962. Corps feminin partagé en trois parties qui s’emboitent. Ciel découpé en cubes derrière les nuages.
Les titres ne sont pas illustratifs mais très réfléchis pour « faire partir vers autre chose », chacun peut interpréter les œuvres comme il le ressent.
L’oiseau nuage etait déjà utilisé par l’ex-compagnie aérienne Sabena. Sur un A 320, Brussel-Airlines rend hommage à ce peintre qui voyageait dans sa tête.

Le Blanc-Seing, 1965. |
Illusion d’optique, la cavalière cache les arbres et les arbres cachent la cavalière, la pensée englobe le visible et l’invisible.

La Voix du sang, 1961.
La lune placée au premier plan, une maison éclairée au cœur du tronc de l’arbre, univers irréel, mystérieux, magique.
René Magritte, s’éteint à Bruxelles en 1967, enterré dans le cimetière où il aimait se promener, lieu empreint de sérénité qui lui rappelait le terrain de jeux de son enfance et ses premiers émois. Passionnante conférence de Mr Bègue sur cet artiste, poète et philosophe, à l’univers infini qui « pense avec son pinceau ».
Prochaines rencontres avec Les Arts 57 :
Le jeudi 29 juin, à Ste Marie aux chênes, 20 h
« J.B. Lepage » avec Catherine Bourdieu
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03
3 euros adhérent, étudiant, 5 euros non adhérent.
En juillet, Exposition Fernand Leger au Centre Pompidou Metz