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C’est Aurélie Michel, Maitre de conférences en arts à l’Université de Lorraine, qui fait découvrir à un public intéressé et fidèle de 57 personnes, l’influence de la nature sur l’architecture.

Certains mouvements artistiques utilisent le végétal comme source d’inspiration pour le décor, la structure des bâtiments. La plante permet de renouveler l’ornement et la forme de l’objet dans le contexte de la production industrielle. La première Exposition Universelle, organisée à Londres en 1851, révèle la mauvaise qualité des objets fabriqués en série. Le Crystal Palace, œuvre de Joseph Paxton, jardinier de formation est construit pour l’occasion. La structure du bâtiment copie la feuille d’un nénuphar, le Victoria amazonica, avec sa nervure principale et ses nervures secondaires. La solidité de cette immense feuille, illustrée par une gravure montrant la fille de l’architecte debout sur une feuille, promet une pareille résistance de la structure. Réalisée en éléments préfabriqués en fer et verre, elle se monte et se démonte facilement. Le Crystal Palace, vivement critiqué, est qualifié de serre à concombres, le principe de la serre était la seconde source d’inspiration de cette construction.
Le lien entre plante et architecture est présent aussi chez Viollet-le-Duc. Dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, du XIe au XVIe siècle (1854-1868), il analyse le travail des sculpteurs dans les abbayes romanes qui s’inspirent de la petite végétation. Les sculpteurs donnent vie à une végétation de pierre. Viollet-le-Duc décrit leur démarche : ils observent les plantes, les transposent : modèle de la fougère sur l’un des chapiteaux de l’abbaye de Bourg-Dieu. Leur connaissance de l’herboristerie leur permet d’utiliser des éléments de la plante et de donner dynamisme et vitalité aux formes. Ces modèles évoquent un herbier : cresson, muflier, arum, plantain, iris, ancolie et nénuphar. Pour lui, la cathédrale est le symbole d’une architecture dont les fonctions sont liées aux différents organes qui le composent. Un édifice est un ensemble et un tout cohérent. Il pense que le fer peut remplacer le bois et la pierre pour des armatures comme les balustrades.
Ce qui correspond aussi aux idées de l’Art Nouveau. Les matériaux, notamment le fer forgé, font des emprunts aux formes végétales comme un retour aux sources.
L’Art Nouveau présente deux tendances :
- approche rationaliste : stylisation, simplification et schématisation du végétal.
- approche naturaliste : représentation réaliste des végétaux, pour l’ornement ou la forme.
Il se développe entre 1890 à 1914, du nom du magasin-atelier de Samuel Bing à Paris qui vend objets d’art japonais, estampes, tsuba (gardes de sabres japonais), émaux cloisonnés,…

Plusieurs appellations le désignent : Jugendstil version germanique, Modernismo en Catalogne ; style Guimard en France ; style Glasgow en Ecosse ; style Tiffany aux Etats-Unis. L’Ecole de Nancy, ou Alliance provinciale des industries d’art, mêle botanique, esthétique et création. Emile Gallé met en avant le pouvoir créatif de la nature et explore à la fois faune et flore dans ses créations. Sur la Coupe Simon ou Rose de France , il représente les différentes étapes de la floraison, sur le vase Forêt guyanaise, c’est l’association entre plante et insecte.

Dans le portail réalisé par Eugène Vallin pour les ateliers de Gallé, Ma racine est au fond des bois : la nature est à la fois la source de l’art et son ancrage sur un territoire. Gallé expose la démarche rationaliste fondée sur l’observation de la plante à partir des articulations, des emboitements et des raccords, avec un exemple très significatif, l’ombelle du Caucase, dans la Revue des Arts décoratifs, nov-déc. 1900.

L’Ecole de Nancy a produit deux bâtiments qui illustrent parfaitement les liens entre nature et architecture : La Maison Gaudin et l'immeuble Biet.

La Maison Gaudin construite en 1899 par l’architecte Georges Biet pour un marchand de peaux et cuirs, activité illustrée par un bas-relief sculpté sur le culot du dessous de l’arcade : une femme racle une peau dans un cours d’eau. Au-dessus, un de des premiers vitraux réalisé par Jacques Gruber pour la porte-fenêtre, Le Tulipier : conçu en 8 panneaux, motif réalisé à taille réelle, le tronc se confond avec le montant de l’ouverture, procurant l’impression d’un élément végétal qui entre dans l’espace intérieur dans le but d’exprimer la vitalité et l’énergie du développement de l’arbre.

- L’Immeuble Biet (22, rue de la Commanderie) réalisé en collaboration entre l’architecte Georges Biet et le menuisier Eugène Vallin, de 1901 et 1905, se développe sur quatre niveaux occupés par des bureaux et un appartement. Les matériaux de construction se composent pour la première fois de béton armé au rez-de-chaussée, poutres en acier, d’acier riveté et de fer forgé. L’ensemble propose une unité plastique bien que la conception de l’immeuble mélange formes gothiques et formes plus modernes pour les balustrades et les encadrements de fenêtres. Le portillon inclus dans la clôture présente plusieurs caractères originaux : dissymétrie, dynamique des éléments végétaux stylisés, tôle découpée pour réaliser les feuilles, acier riveté fer forgé pour réaliser la fleur de l’ombelle.


Les liens entre nature et architecture passent encore par les recherches de Ernst Haeckel qui travaillait sur les formes d’art de la nature, en réalisant des planches d’études de végétaux, d’animaux et surtout de micro-organismes marins, espèces encore peu connues. De 1872 à 1876, il participe à une expédition sur le navire Challenger. Ses travaux sont liés au progrès du microscope : grâce à ses études sur le zooplancton, les radiolaires, il réunit dans une même publication textes explicatif, dessins, et formes multiples produites par le vivant.
Ses recherches sont utilisées par René Binet, aquarelliste et architecte. Il réalise la porte d’entrée de l’Exposition Universelle de 1900 en suivant deux sources d’inspiration, les radiolaires de Haeckel et l’art oriental, avec les deux minarets qui encadrent la porte.

Le monument mesurait 45 mètres de hauteur, supportait une statue de la Ville de Paris haute de 6 mètres ; à l’intérieur, des niches contenant des statues symbolisaient l’électricité; l’armature de fer était recouverte de staff (plâtre moulé armé de fibres végétales); de gros cabochons de verre teinté recouvraient des lampes à incandescence allumées pendant la nuit ; et pour finir, la porte était rehaussée de touches de peinture dorée. Le répertoire de motifs employés par Binet est présenté dans son ouvrage Les esquisses décoratives (1902). A partir des radiolaires, il transpose, dans cette porte de l’Exposition Universelle, l’échelle microscopique dans l’échelle monumentale.
La rencontre se termine en beauté par Antonio Gaudi dont l’intérêt pour la nature développe un vocabulaire de formes géométriques originales dans l’architecture. Il a marqué l’architecture de Barcelone et de la Catalogne par ses créations polychromes qui mêlent céramique, verre et bois.



Dans cette rencontre, Aurélie Michel a montré des bases d’architecture fondées sur un bio-morphe qui existe encore aujourd’hui dans l’architecture contemporaine. Ainsi, Grotto, réalisé en 2013 par le groupe Archilab, et dû aux architectes allemands Michael Hansmeyer et Benjamin Dillenburger, a été conçu à partir d’une imprimante 3D.

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Prochaines rencontres avec Les Arts 57 :
le jeudi 11 mai, à Moulins avec Mr J.Y. Bègue : « Magritte... »
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03,
3 euros adhérent, 5 euros non adhérent.
le 10 juin, sortie annuelle à Trèves.
en Juin aussi, à Ste Marie aux chênes, « J.B. Lepage » avec Catherine Bourdieu.