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Max Pechstein (1881-1955). Aufgehende Sonne (Soleil Levant), 1933. oeuvre d'appel de l'exposition, ode au soleil exubérante peinte en pleine montée du nazisme, œuvre positive, optimiste...
Guidés par Béatrice, nous étions 30 à découvrir l’exceptionnelle collection du Saarlandmuseum de Sarrebrück, en Allemagne. Projet de collaboration transfrontalier, les 240 œuvres témoignent des influences réciproques et des relations tendues entre nos deux nations depuis plus de cent ans.
L’exposition « Entre deux horizons - Avant-gardes allemandes et françaises du Saarlandmuseum », du 29/06/16 au 16/01/17, propose un parcours chronologique depuis la fin du XIXème et raconte un moment de l’Histoire dans le regard des artistes : fascination pour le voisin, mais aussi interrogations et inquiétudes… La création outrepasse les frontières entre les deux horizons !!!
Auguste Renoir (1841-1919). Vue de Cagnes, 1903-1905 Max Liebermann (1847-1935). Jardin à Wannsee, 1917.
A la fin du XIXème, la peinture française est admirée et fait référence mais suite à la guerre franco-prussienne de 1870, du « pied de nez » impertinent de la proclamation de l’Empire allemand dans la Galerie des glaces à Versailles, mépris et rejet de « l’allemand » côté français et académisme conventionnel anti-français côté allemand. Pourtant nombre d’artistes allemands curieux font le voyage à Paris et bien que systématiquement rejetés, découvrent, expérimentent la peinture de plein air initiée par l’école de Barbizon. Atmosphères fugitives, touches rapides subjectives, trames vibrantes, lumineuses des taches de couleurs séduisent non seulement les artistes mais aussi collectionneurs, galeristes allemands. La Nationalgalerie de Berlin achète dès 1896 des toiles impressionnistes longtemps avant que les musées français ne l’envisagent !
Max Slevogt (1868-1932)
Tigre au Zoo, 1901.
Bonne réputation avec ses toiles baignées de lumière au zoo de Francfort, …peintre des « stars » aussi avec ses portraits d’acteurs, d’artistes des milieux de la littérature, de la musique à la manière d’Edouard Manet qu’il vénère…
Lovis Corinth (1858-1925).
Matinée, 1905.
Célèbre la vitalité du corps féminin, touche esquissée vive Dans son drap blanc, son épouse Charlotte, muse et modèle, se révèle avec une luminosité particulière. Cette toile fait scandale,… geste virulent, précurseur de l’expressionnisme.
Max Liebermann, à Paris entre 1873 et 1878, rentré à Munich puis installé à Berlin, Max Slevogt (académie Julien en 1889) et Lewis Corinth (Paris de 1884 à 87) font partie des membres fondateurs des 65 artistes de la Sécession berlinoise en 1898, alternative à l’académisme impérial, qui lutte en faveur de l’art moderne : retranscrire la réalité avec sa vision personnelle à la manière des impressionnistes français. (Cette sécession sera elle-même critiquée par la nouvelle avant-garde expressionniste et dissoute en 1913.)
En 1905, à Paris, à Dresde, apparaissent le même désir de changement, faisant fi des traditions académiques.
A Paris, Les toiles d’Henri Matisse, André Derain, Charles Camoin, Maurice de Vlaminck font scandale au Salon d’automne au Grand Palais. 1ère manifestation publique d’un groupe de jeunes artistes qui en raison de l’ emploi audacieux de la couleur est surnommé les « Fauves » par le critique d’art Louis Vauxcelles. Tempêtes de couleurs inédites, larges aplats, inspirés des arts primitifs, lignes farouches, compositions intuitives …
A Dresde, 4 étudiants en architecture fondent le premier groupe expressionniste allemand «Die Brücke » (présence de nombreux ponts à Dresde ?). Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Fritz Bleyl et Karl Schmidt-Rottluff seront rejoints par Max Pechstein, Otto Mueller et Emil Nolde. Admirant Van Gogh et Gauguin. Stigmatise le bouleversement de la société agraire qui devient urbaine, l’ effervescence des villes…, retour aux sources, fascination pour l’art africain et océanien, couleurs intenses, larges aplats, contours puissants. Inspirés par Gauguin, Pechstein et Nolde voyagent aussi dans le Pacifique en 1913-14.
Erich Heckel ,1883-1970
Maisons au Schonergrund. (Dresde). 1909.
Composition plate, touche fine, fluide, exécuté avec rapidité, dominé par le contraste entre le vert des prés et arbres et le rouge éclatant du toit, influence fauve …
Emil Nolde, 1867-1956
Jeune Bœufs, 1909.
Plat pays du nord de l’Allemagne, petites touches puissantes en couche épaisse, pré d’un vert saturé, face au ciel bleu, la couleur devient matière ! Motif simple, ordinaire mais sa monumentalité exprime la force primitive de la nature.
Figure dans l’exposition « Art dégénéré » 1937.
Max Pechstein, 1881- 1955
Nu couché, 1911
Son modèle préféré, Lotte, devenue son épouse.
Coloration rouge dorée, corps voluptueux, dans les dunes de Nida au bord de la mer Baltique, introduit la figure humaine dans la nature.
Un peu plus tard, à Münich, vers 1911, des artistes russes et allemands créent «Der Blau Reiter » ou le Cavalier bleu. Vassily Kandinsky, Alexej von Jawlensky, August Macke et Franz Marc, Gabrielle Münter et Heinrich Campendonck aspirent à un art nourri de spiritualité et entretiennent des liens étroits avec les artistes français en particulier Robert Delaunay. Le motif du cavalier, allégorie de l’artiste, figure du St Georges terrassant le dragon, en est le symbole : « le cheval porte son cavalier avec vigueur et rapidité, mais c’est le cavalier qui conduit le cheval. Le talent conduit l’artiste à de hauts sommets, mais c’est l’artiste qui maitrise le talent ». Kandinsky joue un rôle essentiel dans les échanges internationaux et conduit l’expressionnisme jusqu’à l’abstraction.
Vassily Kandinsky, 1866-1944 Deux cavaliers sur un fond rouge, 1911. Franz Marc, 1880-1916 Petit cheval bleu, 1912 Peint à Bonn chez son ami pour le petit Walter Macke. Bleu profond se détache du paysage multicolore. Innocence, noblesse, harmonie…
Alexej von Jawlensky , 1864-194 Chevelure noire sur fond jaune, 1912 Emotion fougueuse, exprime ce qu’il ressent, pas ce qu’il voit, se limite à l’essentiel, emploie contours noirs, couleurs saturées. Heinrich Campendonck 1889-1957 Cheval bondissant, 1911.
Mais si l’art des Fauves est une peinture contemplative héritée de l’impressionnisme et guidée par l’idée d’harmonie, son faux-jumeau l’expressionnisme rend compte de l’émotion de la vie intérieure et de l’âme de l’artiste. La réalité est transformée, plus grande intensité expressive, subjectivité acerbe, vision métaphysique du monde…Matisse, en 1908, « rêve un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité … », notion inconcevable pour l’expressionnisme.
Albert Weisgerber, 1878-1915
David et Goliath, 1914
Le jeune et frêle David défiant le géant Goliath apparait comme une allégorie de la jeune génération s’élevant contre les traditions sclérosantes du monde bourgeois. Mouvement de spirale, cerne nerveux, large couleurs puissantes,… Entre fauvisme et expressionnisme. Ciel ombrageux préfigurant la guerre ? Weisgerber meurt au front un an plus tard…
A Paris, le café du Dôme est fréquenté par la communauté germanophone d’artistes peintres autour de Matisse, mais aussi par les collectionneurs et marchands d’art Wilhelm Uhde et Daniel-Henry Kahnweiler qui s’intéressent à Pablo Picasso, Georges Braque, Albert Gleizes … précurseurs du Cubisme. La fragmentation des surfaces, les multiples facettes géométriques se côtoient, se superposent bousculant la perspective centrale. Contre toute attente, il va être dénigré, à l’aube de la première Guerre comme « art boche », fruit d’une influence germanique.
Alexander Archipenko (1887-1964), installé dans l’atelier communautaire de La Ruche à Paris, découvre le cubisme naissant. Tête, 1913. Sculpture composée sur la seule base de disques convexes et concaves imbriqués. Forme pure. Femme marchant. 1913. Femme debout se peignant les cheveux.1915. Rudolf Belling .portrait d'Alfred Flechtein. 1927.y
Ludwig Meidner, 1884-1966,
Paysage apocalyptique, Port de la Spree, 1913.
Vision prémonitoire, anticipe l’effondrement de l’Allemagne impériale, ( peint un peu dans l’esprit des futuristes italiens).
Erich Heckel (1883-1970).
Homme dans la Plaine, 1917.gravure sur bois.
Infirmier volontaire, crée des œuvres avec le bois de la gare maritime d’Ostende. Le personnage incarne la solitude de l’homme dans le plat pays de la Belgique.
Käthe Kollwitz ,1867-1945. Les Volontaires.
Peintre du deuil, a perdu son jeune fils, volontaire, à la guerre.
Le Bauhaus, fondé en 1919 par Walter Gropius à Weimar veut unir les beaux-arts et les arts appliqués et donner une mission sociale à l’art. Langage et formes épurées, basé sur la géométrie, lié en France à Fernand Léger, Le Corbusier …
Lazlo Moholy-Nagy ,1845-1946
Ponts. 1920.
Echo de la modernité de son temps, motif du pont de chemin de fer en acier, symbole de la dynamique d’une société technisée, structure abstraite pleine d’énergie qui annonce les géométries du constructivisme.
Oskar Schlemmer ,1881-1943
Groupe de femmes bleues. 1931
Les figures modulaires, standardisées se répartissent en rythme sur des fonds picturaux hétérogènes, créant un espace irrationnel dont émane une lumière mystérieuse.
Fernand Léger ,1881-1955
Baigneuse au tronc d’arbre, 1930
Influencé par Cézanne, Delaunay, conception du cubisme qui intègre des couleurs contrastées et une vision mécanisée du corps. Longue amitié, malgré la guerre, avec Willi Baumeister goût commun pour « l’esthétisme de la machine ».
Le traumatisme de la guerre, le marasme économique des années 20, …les artistes réalisent une peinture sans artifices qui dépasse l’approche idéaliste de l’expressionisme, c’est la Nouvelle Objectivité : Otto Dix, Max Beckmann, Georges Grosz. Réalisme froid, scandaleuses inégalités sociales, témoignages de guerre atroces, exploration de paysages irréels, et vision magico-réaliste très détaillées participent à un retour au tangible …
Otto Dix, 1891-1969
La veuve, 1922
Probablement veuve de guerre, porte la toilette exubérante d’une demi-mondaine, société démoralisée, ébranlée par la guerre dont les tableaux de Dix se font le miroir dans les années 20.
Dès 1933, Hitler entreprend sa purge morale, en 35 l’art doit exprimer la pureté raciale, famille, travail, l’homme fort …, en 37 nettoyage des musées, exposition « Art dégénéré »…
Otto Dix, 1935
Cimetière juif de Randegg.
Au front pendant les quatre années de la première guerre, il dessine, peint les horreurs dont il a été témoin direct.., menacé par les nazis, il contourne les interdictions et peint à la manière des anciens ce cimetière juif, paysage d’hiver couvert de nuages menaçants…
Max Beckmann, 1884-1950.
Ville d’airain, 1944.
Réfugié à Amsterdam
allégorie de la fatalité de la vie ?
injustice, souffrance, passion…
A Paris, le Surréalisme émerge à partir des années 1920..., contributions d’artistes allemands Max Ernst, Hans Arp, Hans Bellmer : passion du merveilleux, des rêves qui les apparentent aux romantiques …
Edgar Jené (1904-1984)
Les Prisonniers, 1945.
Après la seconde guerre, l’art allemand doit se réinventer, la population renoue avec ses avant-gardes qui avaient été considérés comme dégénérés, la prescription fait progressivement place à la réconciliation, l’expressionnisme abstrait est considéré comme une langue universelle. A Düsseldorf, en 1957, Otto Piene et Heinz Mack fondent le groupe Zéro, monde de clarté, dynamique, lumineux, pur…collaboration avec Yves Klein, Jean Tinguely, c’est le dernier mouvement significatif auquel concourent Français et Allemands.
Otto Piene (1928-2004). Soleil noir, 1964. Peinture à l’huile, charbon, traces de feu… Evoque un évènement cosmique lointain. Comme Klein il « peint » au lance-flammes et cherche à dépasser la matérialité …
Serge Poliakoff ( 1900-1969).
Composition abstraite, rouge, bleu et noir. 1957
Contours nets, s’assemblent comme les pièces d’un puzzle, contraste entre les tons bleu froid ou bleu-blanc marquant un, « arrière-plan » et les formes rouges avançant ensemble avec les champs noirs superposés.
A la fin des années 70, l’influence grandissante de la scène américaine sur le marché de l’art met fin à l’hégémonie culturelle de l’Europe. Les individualités remplacent groupes et mouvements. L’héritage des fauves et expressionnistes refait surface dans des œuvres contemporaines.
Peinture fougueuse, collages, fragments de langage… Tout est réuni dans cette œuvre : nouveaux fauves, expressionnisme informel, provocation récurrente, performances, rejet des conventions, travail autour des grands mythes qui prédominent en Allemagne… Œuvre dense, riche qui propose une réflexion, signe que la culture allemande joue aussi de sa propre image.
Cette superbe exposition, à voir et revoir, invite à la redécouverte de l’Histoire à travers les chefs-d’ œuvre des artistes qui transformèrent les frontières en horizons ouverts bien avant l’heure. C.C.
Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :
à Plesnois, le jeudi 29 septembre à 20h, Salle des Fêtes.
"Une histoire de L'enfance à travers la peinture"
Mr Jean-Pierre Deschamps.
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03
3 Euros adhérent, 5 euros non adhérent.