Pour notre première sortie en 2016, nous étions 28 personnes à découvrir ce charmant musée, situé 27 rue Franiatte, installé à la place d’un ancien café, sa piste de quilles et ouvert depuis mars 2015. Son président fondateur, Mr Philippe Olland, nous présente une très belle collection d’environ 500 œuvres : 3/4 verrerie d’art, 1/4 faïences émaillées produites entre 1870 et 1940, soit des prémices de l’Art Nouveau aux Arts Décoratifs.
Passionné, Mr Olland nous retrace quelques grandes étapes de l’évolution de l’art du verre :
En France, à partir de 1782, la Verrerie royale de Saint-Louis produit du cristal mais révolution française et guerres napoléoniennes empêchent son développement jusque 1830 !
Milieu du 19ème, les innovations techniques (chimie : coloration du verre, mécanique : moulage par pression…) et artistiques sont telles qu’on entre dans l’âge d’or du verre en France.
1878-1914 : l’émergence de nouvelles tendances est visible aux expositions universelles (Paris dès 1878, puis 1884, 1889…), Emile Gallé initie un nouveau style : l’Art Nouveau. Ce mouvement artistique s’inspire de la nature : plantes, fleurs, animaux, fait la « part belle » à la femme et s’enrichit de l’art japonais. Dans les ateliers, les talentueux créateurs obtiennent du verre les plus extraordinaires métamorphoses : exubérance végétale polychrome, douceurs des formes inspirées de l’impressionnisme.
1919, à la fin de la guerre, une nouvelle esthétique plus sobre, préférant la limpidité et la transparence du verre émerge c’est le début du style Arts Décoratifs : simplicité, symétrie, stylisation des motifs, formes et décors géométriques s’inspirant du cubisme, verre aux couleurs franches ou incolores…
La seconde guerre mondiale (1939-1945) met un terme brutal à cet élan, la plupart des verriers indépendants disparaissent, c’est de l’étranger que viendra la nouveauté.
Si des artistes, issus de l’Ecole de Nancy, comme Emile Gallé ou les frères Daum se « taillent la part du lion », le musée met aussi à l’honneur une quarantaine de talentueux créateurs, décorateurs régionaux. En 1890, ils étaient environ 23 000 (souffleurs, graveurs, émailleurs...) à vivre du verre en France !
Emile Gallé (1846-1904) crée ses premiers verres émaillés en 1867 à la Verrerie de Meisenthal (57), ses modèles sont réalisés sous la responsabilité de Désiré Christian jusqu’en 1894 où il s’installe à Nancy. Entouré de talentueux collaborateurs : Joseph Burgun, Paul Nicolas …il conçoit des pièces uniques mais pour rentabiliser l’activité de la manufacture, édite des séries « grand-genre », « riche », « demi-riche » à quelques dizaines d’exemplaires ainsi qu’une production en nombre d’objets de bonne qualité, décors gravés à l’acide s’adressant au grand public.
Jean Daum, fondateur de la verrerie, meurt en 1885. Reprise par ses fils Auguste et Antonin, la gobeleterie d’usage devient Verrerie d’Art « Daum frères et Cie » fabriquant des services de tables de plus en plus fins…en 1920, Antonin et Paul Daum, avec Emile Wirtz créateur, Eugène Gall verrier, changent de style : formes simples, géométriques, décor stylisé, transparence, couleurs vives…En 1925, les frères Daum ouvrent la Verrerie d’Art Lorrain (1925-1934) à Croismare (près de Lunéville) pour accroître, diversifier la production d’objets fantaisie, bon marché différents de la gamme produite à Nancy. En 1945, Henri et Michel Daum, le cristal remplace définitivement le verre, étirage à la pince, parois épaisses, formes libres : style Daum.
Charles Schneider (1881-1953) possède deux lignes de fabrication :
l'une s'adressant à une clientèle plus élitiste : la Verrerie Schneider : créations sophistiquées, haut de gamme, verre soufflé, libre, à main levée, couleurs spectaculaires ...
l'autre à une clientèle plus populaire : Le Verre Français (puis Charder) : verre coloré, couches multiples, motifs floraux, animaliers, stylisés, gravés à l’acide :
Le musée donne une idée du foisonnement de la création verrière pendant la première moitié du 20ème siècle, les verreries, cristalleries sont très nombreuses certaines perdureront, deviendront même prestigieuses tandis que d’autres ne seront qu’éphémères.
Cristallerie de Saint Louis, cristal coloré, éléments floraux, paysagés, gravure or jusque 1914, puis monochrome, épuré à partir de 1920 avec Jean Sala.
Cristalleries de Baccarat avec les magnifiques créations de Georges Chevalier vers 1925.
Verrerie d’ Art de Metz (1925-1935) installé dans les locaux , 5 rue Lafayette, : vases coupes, lampes verre à plusieurs couches, motifs gravés, reliefs polis, émaux polychrome toutes signées Véramé.
Cristallerie de Nancy (1920-1931), direction Auguste Houillon.création Michel-Aristide Colotte.
La collection de faïences émaillées est tout aussi remarquable.
Faïencerie Longwy : cache pot monumental : anses en forme de colombe, décor inspiration perse, motifs arabisants. Fin 19ème.
Faïencerie St Clément : magnifique paire de lions dressés, porte flambeau, peints dans la palette Imari (Japon). Emile Gallé, fin 19ème
Très nombreuses pièces en émaux de Longwy. En 1872, début de la production de pièces aux décors en émaux cernés, Eugène Collinot traçant le cloisonnage à la main au pinceau. La méthode s’industrialise vite : contours appliqués par impression, succès immédiat : fin 19ème , la faïencerie compte 200 peintres décorateurs.
Les artistes de la faïencerie s’inspirent d’abord de motifs arabe et perse : couvrants, répétitifs, petites fleurs, rinceaux, arabesques très chargés puis des thèmes naturalistes : décors raffinés, oiseaux colorés, influence japonaise, … plus tard géométrisation des formes et lignes, la palette de couleur se réduit (de 750 à 5 ou 6 !).
Cette exposition est splendide, Mr Olland, passionné, nous livre des anecdotes intéressantes à propos de ces œuvres : exemple ce verre offert par Emile Gallé à chaque invité au mariage d’une de ses filles. Cet amateur d’Art « très éclairé » a écrit plusieurs ouvrages consacrés à l ‘art du verre.
Difficile de pouvoir tout admirer et détailler en une visite, ce petit musée est « à déguster sans modération ».
Ouvert du mercredi au dimanche de 14h30 à 16h30, à partir du 16 mars au 30 octobre 2016, 5 Euros.
Prochaine rencontre avec les arts 57 : le jeudi 10 mars à Longeville les Metz :
les Ballets Russes avec Mr Roland Huesca
Participation : 5 Euros adhérent , 8 Euros non adhérent.
réservation par mail : lesarts57@hotmail.fr ou tel : 03 87 32 05 03