Nous étions 32 à découvrir l’exposition « Autoportraits du Musée d’Orsay » guidés par Mr Rodermann, passionnant « guide conférencier du patrimoine ».
Le Musée d’Orsay en partenariat avec les Musées des Beaux-Arts de Nancy et Quimper présentent des œuvres issues de ses collections, certaines même sorties des réserves.
L’autoportrait connait un véritable essor à la Renaissance, période qui reconnait un nouveau statut à l’artiste et qui voit l’apparition de miroirs plats (et non plus convexes !). D’abord intégré dans une composition, l’autoportrait devient « indépendant ». Les 43 œuvres présentées dans cet espace dédié ne couvrent que la seconde moitié du 19ème et le début du 20ème et sont placées comme si une discussion entre artistes était organisée, qui s’opposent ou se répondent, revendiquant une nouvelle manière de peindre ou un positionnement à l’égard de la tradition…
Gustave Courbet appartient au groupe des peintres réalistes, veut peindre le monde autour de lui avec vérité.
Le format paysage utilisé est peu conventionnel, il se représente avec une certaine nonchalance, un ciel romantique reflète ses sentiments,… dix ans plus tard, il modifie le tableau ajoutant la tache de sang au cœur et la dague…exprimant sa douleur… L’autoportrait touche l’intime.
En face, les peintres académiques, se mettent en scène en personnages importants, riches, s’inspirant des grands maîtres, privilégiant l’exactitude du dessin, la texture des tissus , fourrures, la carnation de la peau, la touche est lisse.
Ernest Meissonier. 1815-1991
Portrait de l’artiste.
1889
Cet autoportrait lègue à la postérité, l’image d’un sage.Ce puissant peintre académique se représente trônant dans un siège curule ( = romain, référence antique), vêtu d’une robe de doge vénitien et accoudé dans une attitude de philosophe.Sa barbe est inspirée du « Moïse » de Michel-Ange.
La toile de Courbet attaché à sa région natale (Ornans dans le Doubs), renvoie aussi à Bastien Lepage, peintre naturaliste attaché lui aussi à sa Meuse natale, de formation académique mais peignant ce qu’il aime : scènes paysannes et du quotidien de la vie rurale,…. Emile Friant, appartient aussi à ce mouvement qui peint les classes moyennes utilisant les formats monumentaux, et reproduisant des personnages inspirés par la photographie …
Jules Bastien-Lepage 1848-1884 Vers 1880
Cet autoportrait compte parmi les premiers de l’artiste lorrain. Précision des traits du visage. Regard lointain et déformation de la main peut-être dus à l’observation de son reflet dans le miroir ?
Emile Friant 1863-1932 portrait du jeune peintre Dernier quart du 19ème.
Collection permanente du musée de Nancy.
Pinceaux tenus main droite et main gauche !!!
Traditionnellement dans un autoportrait, le peintre droitier devait se représenter tenant son pinceau main gauche pour être situé à la droite de l’observateur.
Dans son autoportrait, Odilon Redon, 1840-1916, joue avec la perception du spectateur et sollicite son imagination, épaule appuyée contre une fenêtre ? La carnation est moins travaillée, représentée par aplats, la moitié du visage seulement éclairée laisse une part de mystère, d’inquiétude… …caractères du symbolisme.
Intéressants aussi, les autoportraits de Léon Bonnat, 1833-1922,
Dans celui de 1855, est perceptible son anxiété quant à son avenir : il vient de concourir pour le prix de Rome et attend le résultat, plus ou moins académique mais rappelant Courbet.
Celui d’âge mûr 1916 est réalisé à la manière pointilliste … (influence Signac.)
Les impressionnistes…
La vision de l’atelier permet de rentrer dans l’intimité du peintre, l’exposition présente une toile de Monet appartenant aux MNR « =Musée National Récupération ». Les MNR sont des œuvres spoliées par les nazis et qui attendent de retrouver leur propriétaire, chaque musée en expose.
Claude Monet, 1840-1926 Coin d’atelier. 1861
Les armes accrochées en décoration au mur témoignent du renoncement à la carrière militaire, prévue par ses parents…,
les livres : importance de la littérature,
le tube de peinture pour aller peindre à l’extérieur, capter la lumière, les reflets de l’eau…
Dernier autoportrait de Claude Monet, 1840-1926, légué par Clémenceau, son ami. Touche épaisse, pommettes, rides des yeux visibles…sensation de bonheur, réussite de son choix de vie.
Tous ces courants, styles picturaux s’interpénètrent et font éclater les codes de la peinture académique…
« La forme nait de la tache de couleur »
Paul Cézanne, Portrait de l’artiste au fond rose.
Vers 1875
Ne se prend pas au sérieux, costume mal fait, la couleur donne naissance à la forme, les volutes du fond se retrouvent dans le crâne, la sensation de profondeur est donnée par le costume sombre placé sur un fond clair…la couleur « mange le dessin ».
Vincent Van Gogh 1853-1890 Portrait de l’artiste. 1887. Vue de loin, la lumière sur le front suggère l’idée de la création…
Vincent Van Gogh fait la synthèse de tout ce qu’il a pu voir, expositions, chez son frère Théo, célèbre galeriste, son style est bien reconnaissable, il joue beaucoup avec les couleurs primaires, rouge, jaune, bleu, les secondaires mais surtout les complémentaires qui renforcent et donnent de la puissance. Il pousse le génie jusqu’à les juxtaposer en tirant des traits de pinceau…
Paul Gauguin, 1848-1903, veut fuir l’industrialisation, retrouver le coté primitif, sauvage, exotique, il se représente une dernière fois dans son atelier parisien, vieux chapeau, vieux vêtements, image d’artiste maudit, difficultés financières…
Il peint Gauguin avec une toile de Gauguin !!! Larges aplats, couleurs pures cernées, recherche la synthèse entre l’apparence extérieure et les sentiments…
Ainsi dans un autoportrait, au-delà de sa propre image et de l’utilisation de son visage comme modèle, le peintre s’interroge sur son art et sa place dans la société…certains comme Courbet, mettent en avant l’image de l’artiste dans son atelier, permettant ainsi la reconnaissance de leurs œuvres, d’autres comme Redon, Cézanne, Gauguin mêlent subtilement quête picturale et observation psychologique. Le parcours exceptionnel de cette exposition illustre l’évolution du genre, créant par des avant-gardes successives le contexte d’émergence de la peinture moderne du XX ème siècle.
Prochaine rencontre avec les Arts 57, le 1er octobre 2015, à Plesnois, sur le thème de la Bande Dessinée avec Mr Laurent Commaille, maître de conférence à l'université de Metz. : allusion aux œuvres picturales dans la BD, évolution de la BD dans l’œuvre d'art.