Guidés par Déborah, nous étions 22 à découvrir avec intérêt les 17 salles retraçant la vie de cet intellectuel singulier, écrivain, poète, ethnologue et grand voyageur qui permet de relire l’histoire du XXème siècle.
1. Enfance.
Né en 1901 à Paris, dans une ambiance familiale artistique, il est fasciné par le monde du spectacle, théâtre, opéra, les récits mythiques, les civilisations inconnues…
2. Proche des surréalistes.
Influencé par Raymond Roussel, Max Jacob, il décide d’être écrivain en 1922. Le spectacle « Parade » de Picasso ainsi que sa 1ère corrida avec lui à Fréjus l’impressionnent. Il fréquente les ateliers de Masson et Miro de part et d’autre de la rue Blomet et les rassemblements d’artistes chez le marchand d’art Kahnweiler dont il épousera la nièce en 1926. Comme Miro, sa quête est celle d’une langue libérée où signes, sons et sens entrent en résonance poétique. Il se laisse porter par le hasard et développe une passion durable pour les jeux de mots : « lancer les dés des mots ». De ses études de chimie, il garde un certain goût pour ce qui est étrange, décalé, occulte…
3. Jazz.
«… le jazz représente actuellement la vraie musique sacrée (…celle qui est le plus capable de faire entrer une foule « en transe »)… » M.Leiris. 1930.
Moyen d’évasion, de transgression et de communion par excellence, le jazz, musique « nègre » américaine et, avec lui la danse et la transe, répondent à la fascination de Leiris pour l’exotique et une primitivité ambiguë… il voit en Fred Astaire, son double rêvé, un personnage qui s’exprime par son corps et peut « sortir de soi » !
4. « Document ».
Revue pluridisciplinaire, « machine de guerre contre les idées reçues », où il est critique d’art de Miro, Giacometti…, « la façon la meilleure d’aborder une œuvre de Miro : faire le vide en soi, la regarder sans arrière-pensée et s’y baigner les yeux » M.Leiris 1947.
Joan Miro. Baigneuse.1924. (seule oeuvre acquise par Leiris) Alberto Giacometti. Homme et femme. bronze .1928 – Homme. Plâtre.1927 – Femme. Marbre. 1928 –Tête qui regarde. Plâtre. 1929.
Installation qui exhibe l’acte sexuel sans tabou, des voyeurs placés autour, provoquant, rappel des civilisations où les rites sont différents…
5. Afrique : Mali, Ethiopie.
Embauché comme archiviste dans la mission « Dakar –Djibouti » (1931-33), récoltant des fonds, il écrit « l’Afrique fantôme », hybride de journal de terrain et récit autobiographique, témoignage franc, honnête d’un ressenti profond, malaise face au « butin colonial ». Choquée, la communauté des ethnologues le ressent comme une trahison …Les nombreux objets cultuels rapportés sont prêtés par le musée du Quai Branly. Devenu ethnographe plus tard, il élèvera ces objets utilitaires, sacrificiels au rang d’ « art africain ». En Ethiopie, il observe, étudie aussi les cérémonies de transe et possession qui touchent « l’âme de l’Afrique ».
6. idéal féminin.
Il se situe entre deux extrêmes : « je fus amoureux d’une Éthiopienne qui correspondait physiquement et moralement à mon double idéal de Lucrèce et Judith... » M.Leiris « l’Age d’homme »
Lucrèce, épouse romaine, violée par son neveu, se donne la mort. Elle incarne l’image d’une femme qui scelle son destin par un geste sanglant. Judith séduit un chef ennemi Holopherne, puis le décapite. Elle incarne une femme dominatrice.
7. tauromachie.
En littérature comme en tauromachie, la violence est nécessaire et essentielle : le torero doit exceller, il y va de sa vie, c’est un artiste par excellence. La corrida, rite ancestral, meurtre sur scène, recrée les mythes sacrificiels des rites antiques. Quand Picasso transforme le taureau en Minotaure, cela participe de la même réflexion sur les rites ancestraux.
8. son écriture.
Ses écrits consignés dans des petits cahiers scolaires, à l’encre, écriture fine, dénotent un coté méticuleux. De nombreuses fiches thématiques sont complétées pendant de nombreuses années…« j’écris pour vivre complètement ce que je vis ». en 1941, commence la rédaction « la règle du jeu », 4 tomes dont le dernier paraitra en 1976. Pendant la guerre, participe à des revues clandestines, solidaire des autres artistes qui protègent les juifs… Il voyagera en Côte d’ivoire, aux Antilles (rencontre Aimé Césaire), Haïti, Sénégal, Cuba (rencontre Wilfredo Lam), puis l’orient : Chine …
Brassaï. 16 juin 1944, repas atelier Picasso suite à une lecture théâtrale. Albert Camus, Simone de Beauvoir, Dora Maar, Picasso, Louise et Michel Leiris (bas droite), J.Paul Sarthe, Raymond Queneau…
9. Picasso : « un génie sans piédestal ».
Amitié renforcée par le lien avec la galerie Louise Leiris, complicité tauromachique, adhésion aux caractéristiques essentielles de l’œuvre du peintre : humour, dérision, tragicomique, attachement à l’humain et au réalisme… « Peindre l’acte de peindre » révèle un caractère autobiographique souvent repris dans ses « peintre et son modèle » …
Les nombreux portraits de Leiris réalisés par Picasso témoignent de cette longue et fidèle complicité.
10. Alberto Giacometti.
En 1957, Leiris mélancolique, torturé, tentative de suicide, il l’aide en créant ensemble : dessins de Giacometti et poèmes de Leiris … Complicité, dialogue fraternel jusqu’au bout entre les deux, même quête de la présence humaine, même lutte pour saisir le réel, « donner de la consistance à ce qu’il y a d’insaisissable et de fugace dans n’importe quel fait …» … « S’en tenir à ce qui est le propre de l’Homme , être debout, marcher sur ses deux jambes , l’une après l’autre ».
11. Francis Bacon.
Rencontré en 1965, grande amitié, devient un de ses premiers et meilleurs critiques. Ce qui saisit Leiris est « l’acte même du surgissement sur la toile d’une double présence (celle du corps humain et celle de la main qui le peint) et la figuration de « cruautés sans âge »…
En pionnier et en franc-tireur, Leiris a brisé les frontières, décloisonné les champs. Plonger au cœur du réel et de l’humain, telle a été sa quête tant par la voie subjective de l’introspection autobiographique, que par celle, révélatrice, de l’Art , et celle, objective, de la connaissance de l’autre .