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Avec son enthousiasme habituel, Christophe Rodermann, maitre en droit et histoire de l’art, et guide conférencier du patrimoine, a enchanté les 55 personnes venues ce soir-là. Pendant cette courte période de 40 ans, de 1860 à 1900, dominée par les impressionnistes, émergent des révolutions incroyables dans la peinture. Inspirés par les toiles d’Edouard Manet, trois artistes majeurs : Cézanne, Gauguin, Van Gogh, ouvrent de nouvelles voies….
Les toiles de Claude Monet « Impression, soleil levant », et celle de d' Edouard Manet « Le déjeuner sur l ‘herbe », toutes deux rejetées par le jury du Salon, auront une grande notoriété : la première exposée dans l’ancien atelier de Felix Nadar en 1874 sera à l’origine du nom des impressionnistes tandis que la seconde fera scandale au salon des refusés de 1863.
Le parcours pour pouvoir être admis au salon, seul lieu d’exposition pour l’artiste, est difficile : école des Beaux-Arts, concourir au prix de Rome,… sur 5000 œuvres, 4000 sont refusées. La peinture d’histoire est la plus prestigieuse, l’art du portrait ensuite puis les scènes de genre. Les grands peintres académiciens gouvernent les sélections pour les Salons, leurs autoportraits témoignent des valeurs qu’ils veulent insuffler à la société et de la haute idée qu’ils ont d’eux-mêmes, (voir le compte-rendu de septembre 2015 sur les autoportraits : Léon Bonnat, Ernest Meissonnier...), les artistes peinent à pouvoir faire connaître leur travail autrement.
Edouard Manet, Le déjeuner sur l'herbe, 1862-63.
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Manet a étudié et connait perspective, volume, modelé…. L’héritage des maitres (le Titien, Raphael), est présent dans les hommes en costume, les drapés,… Le nu n’est pas idéalisé mais joliment représenté, la perspective suggérée par la baigneuse, les arbres bornent et guident le regard, une nature morte avec paniers, fruits vêtements donne des airs de liberté …En 1860, tout concourt à la gloire de Napoléon III, l’artiste a envie de s’en affranchir, « maintenant je peins ce que je vois et non ce qui plait aux autres de voir ».

Edouard Manet, Olympia, 1863.
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Le dessin, la ligne précise libèrent la peinture, lui donne plus de légèreté, peu de modelé, magnifique rendu des nuances claires, blanc, crème et rose , corps lumineux, le regard de la prostituée dévisage les académiciens , le chat noir hérissé indique la trahison.
Paul Cézanne (1839-1906).
Famille relativement aisée, refusé à l’école des Beaux-Arts, peint pour lui-même, ne se prend pas au sérieux, travaille le dessin, geste rapide, libéré, peint en extérieur grâce au tube de peinture. Fait des allers–retours incessants entre Aix en Provence et Paris.
Moderne Olympia : corps jeté au regard, couleurs appliquées directement sur la toile, touches très rapides.En 1800 pour Ingres si « le dessin est bien fait, la peinture est achevée », pour d’autres c’est la couleur qui véhicule l’émotion.
Les grandes baigneuses : sujet antique, le geste définit l’espace, les touches sont obliques ou horizontales, les arbres incitent l’œil à aller à l’arrière-plan. Chacun de nous voit différemment, le peintre libère le regard du spectateur. Toile achetée par Manet.
Compotier, verre, pommes : contours donnés par le jeu des couleurs. La tache de couleur fait apparaître la forme.
En 1904, Cézanne a réalisé 60 vues de «La Montagne Sainte Victoire». Les taches de couleurs posées les unes à côté des autres esquissent les lignes, les différents plans des constructions géométrisées. Après la mort de Cézanne une grande exposition lui rend hommage en 1907 où Picasso et Braque précurseurs du cubisme, le découvrent.
Maurice Denis, Hommage à Cézanne 1900. Clin d’œil de la nouvelle génération au révolutionnaire d’avant, reconnu par les académiciens.
Paul Gauguin, (1848-1903), né à Paris mais sa famille s’exile au Pérou pendant 6 ans. Il en garde le goût du voyage et de l’exotisme. Ami de Pissarro, il décide de quitter son travail pour se consacrer à la peinture. Vit quelques années en Bretagne, école de Pont-Aven.
Gardiens de porcs, 1888.
Près de Pont-Aven , sujet simple, peint le monde autour de nous, ne retranscrit pas, habitué à peu de confort , vie en mer , explorateur…
Il simplifie les formes, élimine les détails pour ne garder que l’essentiel, usage du cerne et des aplats de couleurs. Grande spiritualité, cherche son inspiration dans la religion, rend visite à Van Gogh en Arles.
Christ dans le jardin des oliviers.1889. Il s’identifie au Christ, se peint même sous ses traits avec la barbe rousse de son ami, provocant sa fureur !
Christ jaune. 1889. Statue dans la petite église près de Pont-Aven, les différents plans sont amenés par les variations de couleurs, le dessin disparait au profit de la couleur.
Autoportrait au christ jaune, 1890-91. Il se représente au milieu de ses œuvres, à la manière des anciens.
Pour fuir la civilisation, ses valeurs artificielles et conventionnelles, l’industrialisation qui dénature les campagnes, il profite d’une mission d’étude de l’art, des coutumes et paysages et s’embarque pour Tahiti.
Arearea , 1892 (traduction maori de Joyeusetés)- Paysage Tahitien, 1891 - Rupe rupe (cueillette des fruits) 1899. - Cavaliers sur la plage, 1902.
Arearea , une des femme est vêtue de blanc (pureté) en position du lotus, fleuve rouge : ravages de la christianisation ? le chien orange fait scandale.Gauguin la considère comme sa meilleure toile.
Rupe rupe : fond doré, composition harmonieuse.Grande toile qui interroge, vision du paradis ?
De retour à Paris en 1893, déçu de la façon dont ses œuvres tahitiennes sont reçues, il retourne définitivement à Tahiti puis aux Iles Marquises.
Cavaliers sur la plage: revient sur un sujet académique : corps nu et chevaux, transpose ses propres recherches dans sa peinture, plage rose, évocation de rêve, de liberté.

Vincent Van Gogh, (1853-1890), né à Groot-Zundert (Pays-Bas), fils d’un pasteur, commence à travailler chez son oncle dans le négoce de l’art. Il ne commence à peindre qu’à 27 ans.
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Fritillaires couronne impériale dans un vase de cuivre, Paris, vers avril-mai 1887.
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Arrivé à Paris en 1887, découvre Courbet, Delacroix, Millet…, et les impressionnistes. Il en reprend la touche, les coups de pinceaux ont des directions apparentes, « laissent des trainées »...Il joue avec les couleurs primaires : bleu, rouge jaune, puis utilise les complémentaires : violet, orange et vert, elles se renforcent mutuellement, l’œil mélange tout seul.

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Le semeur au soleil couchant, 1888.
Inspiré de Millet. Trouée orange équilibre la composition.Dynamisme, matière changeante.
Paysage du Rhône peint grâce à une lampe à pétrole. « Le ciel est bleu vert, l’eau bleu roi…le gaz jaune…ses reflets sont or roux et descendent jusqu’au bronze vert, … la Grande Ourse…vert et rose…pâleur discrète contraste avec l’or brutal du gaz » écrit-il dans une lettre à Théo, son frère, 29-09-1888.
Paysage intensément expressif, une de ses dernières œuvres, ciel tourmenté aux couleurs froides annonciateur d’orage que fuient les corbeaux qui approchent… longues touches, œuvre puissante.
Ces trois peintres plus ou moins « maudits » et désavoués de leur vivant ont ouvert la voie à tous les grands courants des années 1900, Cézanne pour le cubisme , Gauguin et Van Gogh le fauvisme , l’expressionnisme.
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Prochaine rencontre avec Les Arts 57 en février avec Mr Commaille, sur le thème des couleurs.