Malgré le ciel un peu gris, cette belle journée organisée par Catherine Bourdieu pour les Arts57 commence par le village de Vaux. Connu pour son vignoble, la partie ancienne a conservé son charme avec ses vieilles maisons dont certaines datent du 16ème siècle, rues tortueuses et ruelles en impasse, de très beaux vestiges des anciennes fortifications en particulier des portes cintrées : Vaux était entouré au Moyen-Age d'une muraille de 4 mètres de hauteur. A l'intérieur de cette enceinte, un complexe fortifié comprenait l'église, le cimetière et les maisons voisines. Le clocher de l'église, véritable donjon (XIIIème siècle), remplissait des fonctions défensives... De style gothique, l'église Saint-Remi fut agrandie au XVème et XVIème siècle (choeur et transept). L'entrée se faisait sur le côté. Le portail actuel n'a été percé qu'en 1819, pour le mariage de la fille du maire ! Plusieurs inscriptions gravées dans la pierre subsistent encore sur les linteaux des portes d'entrée de certaines maisons.
Maison renaissance dont la porte d’entrée est surmontée d’une niche à volutes, et de deux fenêtres géminées en plein cintre à l’étage. Porte renaissance datée de 1573, le blason du propriétaire vigneron représente deux grappes de raisin, une serpette et des feuilles de vigne.
Deuxième étape : Courcelles-Chaussy considéré comme un haut lieu du protestantisme en Pays Messin. Le Comte de Clervant, seigneur de Courcelles et son épouse Catherine de Heu (vieille famille messine) ont favorisé la propagation des idées de la Réforme en Pays messin au milieu du XVI ème siècle, ils font construire un temple en 1560, accueillent de nombreux huguenots persécutés. En 1588, destruction du temple et de leur château par le duc de Guise.
1598, Edit de Nantes, liberté de pratiquer le culte pour les protestants ;
1685, révocation de l’Edit de Nantes par l’Edit de Fontainebleau.
1787, Edit de tolérance.
Le Temple de Courcelles est situé sur le sentier des Huguenots, 48 km de long, jusque Ludweiler, en Sarre où se sont réfugiés nombre d’entre eux. Jusqu’en 1789, les huguenots restés à Courcelles se rendaient une fois l’an, à Ludweiler pour les mariages et les baptêmes, l'exercice de leur culte étant interdit en France. Le Sentier est balisé par des croix huguenotes (croix de Malte, avec fleurs de lys, 12 points et la colombe) et des panneaux d’information depuis 1994.
Après la guerre de 1870, pendant l'annexion allemande, Guillaume II, roi de Prusse et empereur d'Allemagne a acquis le château d'Urville pour en faire sa résidence d'été (1890). Assistant au culte dans le temple des Huguenots et le trouvant trop modeste décide de faire bâtir sur sa cassette personnelle une Kaiserkirche (église impériale) d’après les plans de l’architecte berlinois Paul Tornow, (portail de la cathédrale de Metz). L’édifice est construit en 1894-95, sur un plan centré, croix grecque, de style néogothique flamboyant, clocher tour carrée avec 4 clochetons. Les cloches fabriquées à Berlin avec le métal des canons français, (butin de guerre 1870 !), portent l’écusson impérial.
L’intérieur en pierre de Jaumont, est décoré de boiseries soigneusement travaillées à partir chêne recyclé d’anciens pressoirs, suite à la destruction du vignoble du Pays messin par le phylloxéra (entre 1866 et 1898).
Des tribunes latérales en bois, installées dans les bras de la croisée, sont prévues pour accueillir la foule lors des visites impériales. L’empereur disposait de sa propre entrée, près du chœur, pour accéder à sa loge décorée de motifs impériaux, aigle impérial sur la clé de voûte, carreaux de faïence fabriqués par Villeroy et Boch à Mettlach.
Après le repas, 3ème étape à Landonvillers, Thomas du Chat, seigneur de Landonvillers fit bâtir à la fin du XVIème siècle le premier et sobre châtelet de style renaissance. Souvent vendu ou transmis par héritage, l'édifice connut plusieurs restaurations architecturales de styles différents et abrita au cours des siècles de nombreuses familles nobles. En 1891 un riche industriel allemand, John von Haniel acheta l'édifice et demanda à l'architecte allemand Bodo Ebhardt (reconstruction du château du Haut –Koenigsbourg) de lui ériger un grandiose donjon carré dans l'esprit du Moyen Age et un beffroi élancé (50m) donnant au château son aspect médiéval
Depuis 1993, le château revit grâce à Mr Norbert Vogel, passionné d’histoire, et abrite une collection d'icônes unique en Europe.
Etape suivante : Sillégny. Située au cœur du village, la modeste église St Martin renferme un véritable trésor. Edifiée au XIVème siècle (1329), le clocher massif percé d’archères et arbalétrières a sans doute servi de donjon et de refuge pour les habitants aux périodes tourmentées. De style gothique, abritant des fresques remarquables, elle est qualifiée de « Sixtine de la Seille ». Longtemps cachées sous un badigeon protecteur, ces peintures murales furent redécouvertes en 1845 par l'abbé Schnabel, curé de la paroisse. Le peintre Malardot fut chargé de les restaurer.
Les fresques ont été réalisées entre 1460 et 1540 en trois campagnes, d’abord le Jugement Dernier et St Christophe, seconde phase : les saints entourés de cadres simples (comme à l’époque médiévale), 3ème chantier : les figures installées dans des niches en trompe l’œil. Influences italiennes évidentes (mais pas seulement)…, ces artistes, peut-être itinérants, restent anonymes …
Les murs ont d’abord été couverts d’un enduit à base de chaux ou de sable, puis les couleurs délayées à l’eau appliquées sur un mortier frais qui en séchant fixe les pigments. Solidifiée, la peinture n’est plus lessivable et est d’une grande résistance mais cette technique oblige le peintre à travailler par portions. Les dessins sont cernés de noir et colorés par de larges aplats monochromes. Naïfs pour les premiers dessins (orteils st Christophe, plis raides de son manteau), ils deviennent plus souples, réalisent des fonds de deux couleurs dans les cadres ou niches comme s’ils voulaient délimiter un sol et un mur, enfin dans un troisième temps ils tentent de donner plus de profondeur : jeu sur les lignes, les gris, plis des vêtements couleurs plus nuancées, reflets, trompe l’œil …
Ce remarquable ensemble de peintures murales populaires offre un itinéraire illustré bien construit en différentes étapes :
1. d’abord le gigantesque tableau du Jugement Dernier, 42 m2 au revers de la façade : l’âme sera pesée et jugée, dirigée vers l’enfer ou le paradis…avertissement clair !
L'archange Michel pèse les âmes, un diablotin essaie de tirer l'âme à lui,...St Pierre accueille les bienheureux au Paradis, les damnés vont souffrir en enfer.
2. mais dans la nef : les saints, protecteurs, intercesseurs permettent de trouver son salut par la prière…
3. puis le fidèle passe dans l’espace intermédiaire, celui du transept et se prépare à la rencontre avec le Christ, elle se fait par la Vierge présente avec 2 tableaux : le début et la fin de la vie de Jésus : maison de Lorette portée par les anges et piéta portant le corps crucifié …
sa vie est connue par les 4 évangélistes peints au plafond : ange pour Matthieu, lion pour Marc, taureau pour Luc, aigle pour Jean.
4. Enfin le chœur espace réservé au prêtre, il « montre Dieu » en élevant bien haut l’hostie, des tableaux visualisent la mort du Christ. À gauche de l’autel : retour sur le passé avec l’arbre de Jessé : généalogie de Jésus dont la venue était prévue, à l’extrémité la Vierge en est la fleur et l’Enfant Jésus le fruit, à droite projection vers l’avenir avec saint Pierre et saint Paul, propagateurs du message chrétien.
Les saints, apôtres, martyrs, prélats sont représentés avec des éléments évoquant leur histoire ou légende, la plupart dans les niches mais trois d’entre eux dans de grands tableaux :
Saint Hubert, chasseur, vit une croix lumineuse entre les bois du cerf qu’il pourchassait, s’agenouilla, fit pénitence,… un ange apporte l’étole de sa future charge d’évêque, représentation dynamique et vivante : mouvement de fuite du cerf qui se retourne, course des chiens, lapin, oiseaux …
Saint Martin, soldat romain, coupe son manteau pour le donner à un pauvre.
Saint Fiacre et le miracle de la bêche qui creuse un sillon et abat les arbres en une journée pour délimiter un domaine pour accueillir les pèlerins et soigner les malades …
Un autre grand tableau est une représentation rare de la défaillance du Christ, soutenu par Jean et Pierre, le clerc à genoux en est le commanditaire.
Les nombreux petits personnages représentés agenouillés sont les donateurs, peut-être parfois des familles de villageois qui hébergeaient les artistes.
En quittant l’église, une nouvelle observation du Jugement Dernier montre un deuxième Christ ajouté plus tardivement vers 1540 dans une niche. Le premier (1460) au centre de l’univers, montrant ses stigmates, est un Christ Juge qui répartit les hommes entre enfer et paradis. Le Christ ajouté lève 3 doigts (incarnation de la Trinité), délivre un autre message « …chemin, vie, vérité… », image d’un guide qui enseigne…
Après une étude précise de l’état et de la composition des peintures, une belle restauration complète entre janvier 2002 et décembre 2004 a permis de conserver 70% des peintures anciennes.
L’association de Mme Perrette, notre guide, œuvre depuis 1987 pour la sauvegarde et la mise en valeur de ce chef d’œuvre, à voir et revoir.