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Au lendemain de la conférence « Zurbaran, austérité, élégance, spiritualité », le 24 septembre 2026, à Longeville-les-Metz.

Zurbaran, Sainte Marguerite, 1631, Londres.

Francisco de Zurbaran, Sainte Marguerite, 1631, Londres.

Encore une belle journée ensoleillée ce jeudi 24 septembre, il est 17h30, LesArts57 inaugure un nouvel horaire pour cette première rencontre de rentrée. En partenariat, avec l’association des Amis du Temple de Longeville-les-Metz, cette conférence est présentée par Catherine Bourdieu, maîtresse de conférences en Histoire de l’Art à l’Université de Lorraine. Marianne puis Martine accueillent et remercient de leur présence les 69 auditeurs, fidèles pour la plupart. Toutes deux tracent le programme à venir de chaque association.

« Francisco de Zurbaran. Austérité, élégance et spiritualité dans la peinture espagnole du XVIIe siècle. », le sujet choisi par Catherine fait écho à l’actualité du musée du Louvre qui présente l’exposition intitulée « Zurbaran » du 7 octobre au 25 janvier 2027, belle occasion de découvrir ses œuvres.

Cet autoportrait de Zurbaran en Saint Luc montre la ferveur spirituelle qui anime le peintre espagnol. C’est l’époque de la mise en place du Concile de Trente en Europe. Contrôle strict, on traque l’hérésie. Réaliste, sans concession, ce portrait montre un visage illuminé, extatique : intensité du regard, bouche ouverte, main gauche sur le cœur, palette dans la main droite.

Détail de Saint Luc en peintre devant la crucifixion, 1635, Musée du Prado.

Né en 1598, Francisco de Zurbaran est contemporain de 2 autres peintres majeurs espagnols : Diego Vélasquez (1599) et Alonso Cano (1601). Entré en apprentissage chez Diego de Villanueva dès l’âge de 14 ans, il y sera rejoint par Alonso Cano, 4 ans plus tard. En 1617, son apprentissage terminé, il épouse Maria Paez et s’installe à Llerena. Ils ont 3 enfants dont Juan qui devient peintre dans l’atelier de son père mais mourra prématurément de la peste en 1649. En 1628, il s’installe à Séville.

Début XVIIe, il existait 52 couvents à Séville, ce qui offrait d’immenses possibilités pour un peintre aussi talentueux. Au cours d’un séjour à Madrid, en 1634, il cultive son amitié avec Diego Vélasquez. Ils ont des affinités artistiques et échangent sur leurs arts respectifs. Plusieurs peintres italiens, en particulier Guido Reni, travaillent aussi pour le roi d’Espagne à cette époque. A leur contact, Zurbaran modifie sa technique picturale : il abandonne le ténébrisme (fonds sans éclairage et lumière vive), le caravagisme (clair-obscur), et éclaircit sa palette.

Séville, son point d’ancrage, est un port européen qui vit du commerce avec les Amériques. En 1647, il reçoit la commande de 38 tableaux pour un couvent péruvien. Il envoie aussi à Buenos Aires 54 tableaux, Vierges martyres, rois, hommes illustres, saints à taille réelle ainsi que des tableaux profanes pour la clientèle privée. Cette importante production nécessite un atelier composé de nombreux peintres aguerris. Nouveau séjour à Madrid, en 1658, il retrouve Vélasquez, Esteban Murillo et Alonso Cano, son compagnon d’apprentissage, quatre peintres majeurs espagnols au même endroit au même moment ! Quelques traces de ces moments d’échanges sont perceptibles dans leurs œuvres par des procédés mutuels.

La peinture religieuse constitue l’essentiel des commandes passées à Zurbaran par les ordres religieux et la clientèle privée.

C’est un tableau de dévotion privée destiné à un oratoire ou une chapelle. Grand dépouillement de la scène. Le ciel sombre correspond au moment de la mort du Christ. Le site est évoqué par une petite colline. Cadrage resserré pour Saint Luc entre mi-corps et mi jambes. En costume antiquisant, il est en extase devant le Christ crucifié, sans intermédiaire, c’est une représentation symbolique. La croix est à peine équarrie, les deux branches sont irrégulières. Le Christ est étiré sur la croix, son corps en tension, sans plaie sur le côté. La représentation de l’abdomen témoigne de l’éducation artistique académique de Zurbaran. La musculature athlétique est le symbole de l’héroïsation. Très beau drapé du périzonium, les jambes sont croisées, les pieds cloués individuellement. Cette composition inhabituelle, peu fréquente à 4 clous (au lieu de 3) correspond à une source réelle de témoignage de vision.

Saint Luc en peintre devant la crucifixion, 1635-40, Musée du Prado, Madrid.

Série des Saint François.

Saint François d’Assise est un diacre italien, né en 1181 (ou 82), mort en 1226. Fondateur de l’ordre des Frères mineurs, il se consacre à la pauvreté et à la prédication. Avec sainte Claire, il fonde aussi l’ordre des Clarisses (ou des Pauvres Dames). C’est le premier saint chrétien à recevoir les stigmates des plaies du Christ. Peu connus de son vivant, ils ne seront révélés qu’au moment de sa mort. Il reprend la tradition du théâtre des mystères pour recréer une crèche vivante dans une grotte à Greccio. Saint François précise dans la règle des Frères mineurs « que tous les frères soient vêtus de vêtements vils et puissent les rapiécer de sacs et d’autres pièces, … ». Manteau en tissu grossier, ceinture de cordes, le vêtement doit correspondre au mode de vie d’une spiritualité austère.

Grand dépouillement, aucun décor, aucun objet, seule une ligne délimite le sol et le mur. A gauche, le fond est presque noir uniforme, comme l’ombre portée du personnage à droite, traces du ténébrisme des premières années de Zurbaran. La robe de bure, aux coutures grossières visibles, partiellement rapiécée au coude, est maintenue par une simple corde à nœuds. La capuce (ancien nom de la capuche) recouvre toute la tête et crée un volume profond autour du visage. La tête levée et la bouche ouverte traduisent l’échange avec Dieu. Il est en extase. Agenouillé de trois-quarts au premier plan, créant ainsi une grande proximité avec le spectateur, ses mains sont jointes et soutiennent un crâne. Le crâne, symbole de vanité, évoque la fragilité et la nature éphémère de l’être humain.

Saint François en méditation, 1635-39, Londres, Nat Gal.

Autre version directement inspirée du précédent. En arrière-plan une ouverture laisse voir un village. Le grand nombre de commandes laisse à penser que Zurbaran confiait la réalisation des vêtements, de l’éclairage … à des assistants, procédé habituel dans les ateliers.

Saint François en extase, 1638, Mexico.

Environnement dépouillé, paysage dans la pénombre d’un coucher de soleil (?), saint François est baigné d’un éclat de lumière évoquant une lumière divine. Le corps agenouillé forme une ligne oblique traversant le tableau en diagonale (composition baroque). Il est appuyé sur un rocher où se trouve un livre, et tient un crâne dans la main droite. Regard levé vers le ciel, bouche entrouverte, la main gauche suggère qu’il parle avec Dieu. La main ouverte montre nettement l’un des stigmates. Sa robe est déchirée, effilochée, usée, rapiécée. La capuce baissée met en valeur le visage. La juxtaposition des couleurs sombres et claires guide le regard.

Saint François en méditation, 1639, Londres, N G.

Cadrage resserré, souvenir du caravagisme (peu de personnages, souvent à mi-corps au premier plan), le fond est contrasté de gris, bleu, et quelques touches de vert. Tête levée, yeux rivés vers le ciel, la capuce et l’éclairage mettent en valeur un visage plus jeune, clair et lumineux et inspiré. Les petites touches de blanc pur sur le nez et à l’angle de l’œil donnent de l’intensité au visage.

Saint François en extase, 1658-60, Munich, Alte Pinakothek.

Saint François d’Assise,1636, Lyon.

Ce tableau représente saint François d’Assise selon un épisode correspondant au mysticisme espagnol. Le pape Nicolas V aurait visité son tombeau dans la crypte de la basilique d’Assise en 1449 et aurait eu une vision du saint, debout, en extase.

Effet spectaculaire malgré le dépouillement de la composition renforcé par les dimensions à taille réelle (environ 2m). L’impossibilité de distinguer les pieds du sol donnent l’illusion qu’il est en suspension. Tons noirs et ocre, éclairage en clair-obscur, ténébrisme, ombre profonde. Le tableau retouvé par hasard dans une remise a effrayé les religieuses : ce visage d’un défunt dans lequel l’extase s’est imprimée est un peu impressionnant. Sa restauration a révélé une fine auréole et la signature de l’artiste. Sur d’autres versions, , le stigmate de la plaie est visible sur la tunique. La ceinture de corde est à 4 nœuds, 3 nœuds à 3 spires pour les 3 vœux : pauvreté, chasteté, obéissance, un 4ème nœud d’arrêt à 4 spires en bas de la corde.

Durant les premières décennies du XVIIe siècle, les décrets du Concile de Trente doivent s’appliquer dans les pays catholiques : Italie, Espagne et France. De nombreuses commandes sont passées par les couvents de Séville.

Ancien soldat des armées de Richard Cœur de Lion, Sérapion devient missionnaire et moine de l’Ordre de Notre Dame de la Merci dont la vocation était le rachat des esclaves chrétiens capturés par les Maures. Il est martyrisé en 1240. Zurbaran le représente à mi-jambes, encore attaché par des cordes à une croix de saint André. Le manteau blanc immaculé, magnifiquement drapé, s’ouvre sur une tunique et porte l’insigne de l’Ordre. Le portrait ne montre pas de signes de violences malgré le récit insoutenable de son exécution, cela correspond à la spiritualité des couvents qui ne s’appuient pas sur des images cruelles.

Le martyre de saint Sérapion, 1628, Connecticut.

Saint Pierre de Nolasque est le fondateur de L’Ordre de ND de la Merci. L’épisode illustre le moment où il devait se rendre à Rome sur le tombeau de l’apôtre, mais il eût un empêchement. Alors saint Pierre lui apparût, crucifié, tête en bas comme il l’avait demandé par humilité, pour le consoler et lui demander de continuer à évangéliser l’Espagne.

L’apparition de saint Pierre à saint Pierre Nolasque, 1629, Prado.

Zurbaran est devenu peintre officiel de Séville. Toutes les grandes villes nommaient pour des durées variables, un peintre chargé des décors de cérémonies, du portrait des magistrats. Pour le grand retable de la Chartreuse de Jerez, il réalise ces 4 tableaux de 2, 60 m environ de haut représentant l’enfance de Jésus, 1638-39, conservés au musée de Grenoble. L’annonciation, surmontée de L’Adoration des Mages. A droite, L’Adoration des bergers surmontée de La Circoncision.

1- L’ange de l’annonciation, agenouillé, est revêtu d’une tunique au joli coloris orange. La Vierge lisait un livre sur le pupitre. C’est le moment de l’incarnation symbolisé par la colombe et les rayons de lumière divine. Bouquet de lys et ouvrage de la Vierge dans un panier. Dans les nuées, les anges assistent à l’épisode.

2- Les bergers se réjouissent, échangent des regards, accueillent ceux qui arrivent. La Vierge ouvre le linge du nouveau-né et révèle son état divin. Anges chanteurs et musiciens surmontent la scène.

3- Cadrage resserré sur les trois Mages, les têtes de Jésus, Marie et Joseph sont étagées. Vêtements somptueux pour Melchior, les visages ne sont pas idéalisés, visage plus enfantin de Jésus pourtant déjà une divinité. Il sait qui s’approche mais ne fait pas de geste de bénédiction.

4- Circoncision représentée de façon précise sans que l’Enfant ne semble souffrir. Un jeune page apporte un breuvage dans une pièce d’orfèvrerie.

Le Christ en croix,1627, Prado

A taille réelle, (2,50 m) ce Christ impressionne par sa musculature puissante. Périzonium au drapé important, pieds posés sur un cube en bois. Ténébrisme (fond noir) et clair-obscur bien présents.

Sur un fond de ciel d’orage, saint André se tient debout devant la croix de son supplice, méditant sur un livre saint. Visage et mains sont traités de façon réaliste. Trois éclats de lumière illuminent en oblique le haut du tableau : sur la tempe, la barbe, le livre. Un grand manteau ocre, aux plis simples, couvre le corps et tempère avec sa tonalité douce les contrastes du tableau.

L’ange Gabriel porte un costume élégant, broche en orfèvrerie, ailes en plumes. Son visage est juvénile. Représentation italianisante.

Saint André, 1630-32, Budapest. -- L’ange Gabriel, 1631-32, Montpellier.

La sainte Face,1635, Valladolid

 

Ce tableau est un support de dévotion privée. Zurbaran crée une manière harmonieuse de représenter le tissu. Visage immobile du Christ souffrant.

 

 

Les figures de la Vierge.

La Vierge enfant endormie, 1630-35, fondation de la banque Santander. – L’Immaculée Conception, 1661, Budapest. – La Vierge à l’Enfant, 1658, Moscou.

  • Thème peu répandu. Petite fille, elle étudie et a déjà la vision de son devenir. Tissu soyeux de belle facture. Dans le vase, la fleur de lys son attribut, et l’œillet rouge référence au sang du Christ.
  • L’immaculée conception est un dogme très étudié, en Espagne particulièrement, par les intellectuels et théologiens. Il affirme que la Vierge Marie a été conçue sans le péché originel. Zurbaran la représente en suspension, portée par les anges dans le ciel. Manteau bleu azur, tunique blanche, longue et fluide, visage juvénile, les étoiles figurent l’auréole.
  • La Vierge vêtue d’une robe rouge et d’un manteau bleu nourrit l’Enfant sous la lumière divine. Représentation purement spirituelle, la petite pomme dans la coupelle rappelle le péché originel.

Série des grandes Vierges martyrs.

Ce sont de belles jeunes femmes. Elles ne sont pas représentées au moment de leur exécution. Zurbaran maîtrise la représentation des tissus soyeux, des drapés.

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Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.
Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.
Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.
Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.
Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.

Sainte Agathe, 1630-33, Montpellier. -- Sainte Marguerite, 1631, Londres. – Sainte Casilda, 1630-35, Madrid – Sainte Elizabeth d4aragon, 1635, Prado – Sainte Ruffine, 1635-40, Prado.

Sous les traits d’une élégante bergère, sainte Marguerite tient le crochet avec lequel elle a été blessée. Près d’elle le monstre inquiétant qui, selon la Légende Dorée, l’aurait dévorée mais dont elle se serait miraculeusement extraite. Sa victoire sur le dragon (représentation du Mal) est celle du christianisme face aux hérétiques.

Casilda de Tolède, fille de l’émir, dissimule le pain qu’elle apporte secrètement aux prisonniers. Lorsque, surprise par son père, elle ouvrit son manteau, un bouquet de roses avait remplacé le pain.

La reine du Portugal, Elizabeth d’Aragon, fut dénoncée pour ses « dissipations du trésor royal » qu’elle dépensait en aumônes et soins auprès des indigents. Surprise par le roi un jour d’hiver, elle n’eût que le temps de cacher sa bourse, en expliquant qu’elle allait garnir l’autel de roses. Le roi répliqua qu’il n’y avait pas de roses en janvier. Elle ouvrit son manteau laissant apparaître un magnifique bouquet de roses. Le roi, y reconnaissant un acte surnaturel, se repentit et lui laissa toute liberté de gérer ses actes charitables.

Sainte Ruffine était potière.

 Les natures mortes.

 

L’animal sans tache, ce bélier est la transposition du sacrifice offert à Dieu. L’animal attend sans se débattre. Spiritualité qui émeut sans violence.

Agnus dei, 1635-40, Prado.

 

Natures mortes aux citrons et oranges, avec une rose, 1633, Los Angeles. – Une tasse d’eau et une rose sur une assiette en argent, 1630, Londres. -- Tasses et Vases, 1633, Prado.

Plusieurs peintres espagnols créent des natures mortes constituées d’une succession d’objets alignés sur une tablette sombre éclairés de lumière vive, (ténébrisme). Très jolis reflets des citrons, de la rose sur l’assiette en argent, belle facture de la corbeille en osier. Les motifs sont réemployés dans différents tableaux, vases, pots tasses, corbeille ou paniers en osier, fruits : citrons, oranges, pommes... L’ouvrage en couture dans la corbeille en osier, le bouquet ou la fleur de lys, les roses se retrouvent dans les toiles consacrées à la Vierge.

Par son étonnante interprétation des épisodes cruels représentés de manière douce sans violence, par la facture fine, délicate des personnages, des visages, ce peintre reste encore « fameux » de nos jours. Merci à Catherine pour cette belle découverte qui nous donne très envie d’aller admirer les œuvres réelles à l’exposition « Zurbaran » au Louvre jusqu’au 25 janvier 2027.

 

Prochaines rencontres avec LesArts57 :

 L’assemblée générale, mardi 13 octobre, à 17 h, salle Muller à Saulny.

 

Conférence présentée par Laurent Commaille

« Le peintre graveur allemand Otto Dix »

Le mardi 17 novembre, 20h, à Saulny.

 

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