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Au lendemain de la conférence « Les expositions impressionnistes à Paris, 1874-1886. », le 8 février 2024, à Longeville les Metz.

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Mary Cassatt, Lydia dans une loge portant un collier de perles, 1879, Philadelphia.

Jeudi 8 février, 20h, cette nouvelle rencontre organisée par LesArts57 en partenariat avec Echange et Culture de Longeville, a rassemblé 73 personnes, ravies de retrouver Catherine Bourdieu, Maîtresse de conférences en Histoire de l’Art à l’Université de Lorraine. Cette année, LesArts57 propose une programmation en lien avec « Les 150 ans de l’impressionnisme ». Le thème choisi pour cette soirée va permettre de découvrir les expositions fondatrices du mouvement de 1874 à 1886.

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Au lendemain de la conférence « Les expositions impressionnistes à Paris, 1874-1886. », le 8 février 2024, à Longeville les Metz.

 

 

Cette photographie d’un artiste peignant en extérieur sur la plage du Havre est représentative de la façon de travailler des impressionnistes. Assis par terre devant son chevalet, Albert Marquet peint sur le vif un motif qui lui est cher : l’estacade.

Prémices de l’impressionnisme.

Dès le milieu des années 1860, de jeunes peintres s’intéressent à l’observation de la nature et découvrent les travaux de leurs ainés parmi lesquels Corot, Courbet, Daubigny, Jongkind, Boudin.

Courbet, Vue de Honfleur, 1841, Lille. --- Jongkind, Paysage, 1860, Chartres.

Comme eux, ils ont arpenté la campagne, choisi des sujets anodins mais riches d’innovations. Ils ne sont, cependant, pas considérés comme dignes de figurer au Salon, exposition annuelle, majeure pour faire connaître leur production. Ces jeunes peintres impressionnistes fondent leur travail sur le modèle de ces peintres paysagistes et des peintres réalistes qui représentent la vie courante, les mœurs pour Courbet, Un enterrement à Ornans, le labeur paysan pour Millet, les Glaneuses.

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans,1849-50, Orsay. --- Jean-François Millet, Les Glaneuses, 1857, Orsay.

 

La technique impressionniste.

1  Choix des thèmes.

Ils représentent la vie moderne, les mœurs de leur temps que ce soit le monde du travail ou celui du divertissement et aussi bien la ville que la campagne. Ils privilégient les portraits, scènes de vie quotidienne, paysages et natures mortes mais écartent les thèmes historiques, mythologiques et religieux.

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Peinture sur le motif, en extérieur.

Dès le XVIe et le XVIIe siècle, les peintres sortaient de leur atelier pour dessiner en ville ou à la campagne. Le fonds le mieux conservé est celui des dessins de Nicolas Poussin qui a parcouru la campagne romaine.

Nicolas Poussin, Deux bouleaux argentés, v.1629, Vienne.

3  La construction de l’espace.

Par leur formation néoclassique ou académique et l’observation des grands maîtres de la peinture au Louvre, les impressionnistes ont acquis une technique solide. Ne jamais oublier que les artistes les plus novateurs de chaque époque ont une grande culture artistique.

 

 

Le contour, le trait a presque disparu contrairement à la peinture académique fondée sur le dessin. C’est la couleur qui crée la forme.

 

Monet, La Seine à Vétheuil,1879, Orsay.

 

 

5  Le coloris est clair et lumineux, les ombres sont colorées, plutôt des tons bleus ou mauves que gris ou marron. C’est la modulation.

 

Monet, La Pie, 1868-69, Orsay.

6  La Touche.

Eugène Delacroix utilisait déjà presque systématiquement la touche libre.

Eugène Delacroix, Portrait de Thalès Fielding, v.1824, --- détail --- Chevaux arabes se battant dans une écurie, 1860, Orsay.

Les impressionnistes emploient la touche libre par la forme (ex : Pissaro, L’Hermitage à Pontoise), par les dimensions, (ex : Sisley, Bateaux sur la Seine), par l’épaisseur ( ex : Renoir, La Parisienne).

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Camille Pissarro, L’Hermitage à Pontoise,1867, Cologne. --- Alfred Sisley, Bateaux sur la Seine, v.1877, Wuppertal, Allemagne. --- Auguste Renoir, La Parisienne, 1874, Cardiff.
Camille Pissarro, L’Hermitage à Pontoise,1867, Cologne. --- Alfred Sisley, Bateaux sur la Seine, v.1877, Wuppertal, Allemagne. --- Auguste Renoir, La Parisienne, 1874, Cardiff.
Camille Pissarro, L’Hermitage à Pontoise,1867, Cologne. --- Alfred Sisley, Bateaux sur la Seine, v.1877, Wuppertal, Allemagne. --- Auguste Renoir, La Parisienne, 1874, Cardiff.

Camille Pissarro, L’Hermitage à Pontoise,1867, Cologne. --- Alfred Sisley, Bateaux sur la Seine, v.1877, Wuppertal, Allemagne. --- Auguste Renoir, La Parisienne, 1874, Cardiff.

Ils ne peignent pas ce qu’ils voient (réalisme), ni comme ils voient (romantisme) mais comme ils ressentent. Ils représentent la sensation éprouvée à la vue d’un site ou d’une circonstance : le lever du soleil, le passage d’une course, l’arrivée d’un train, la modification d’un paysage sous l’effet de la lumière…

Première étape : fondation de la Société anonyme coopérative d’artistes peintres, sculpteurs et graveurs aussi appelée la Société nouvelle. Elle est actée par une charte signée le 27décembre 1873 par Monet, Renoir, Sisley, Pissarro, Degas, et Pierre Prins. Elle a pour objectifs :

  1. Organiser des expositions libres, sans jury ni récompenses
  2. Vendre les œuvres exposées
  3. Editer un journal des arts

Le fonctionnement financier est simple, chaque membre achète une action, et cotise mensuellement. Les revenus de la société sont abondés par le prix d’entrée aux expos, par un pourcentage sur les ventes des œuvres ou ouvrages …

Des divisions apparaissent rapidement, deux orientations coexistent, l’une autour de Caillebotte qui voudrait donner une cohérence de style, avec Monet, Renoir, et Sisley, l’autre autour de Degas et Pissarro qui souhaitent ouvrir le groupe à des artistes plus jeunes aux pratiques nouvelles. L’absence d’une unité de style entre tous ces peintres est un reproche souvent formulé.

Les expositions collectives entre 1874 et 1886 représentent un aboutissement pour ces peintres arrivés à maturité artistique ainsi qu’une dernière chance d’être présentée au grand public. Pissarro participe à toutes, Berthe Morisot, Degas, Monet, Renoir et Sisley souvent, tandis que Manet, Van Gogh et Toulouse-Lautrec n’ont participé à aucune.

Le terme d’impressionnisme est inventé en 1874 par le journaliste Louis Leroy critique devant le tableau de Monet : Impression. Soleil levant. Degas aurait préféré le terme d’indépendant pour qualifier le mouvement.

 

La première exposition du 15 avril au 15 mai 1874 se tient dans les anciens ateliers du photographe Nadar, boulevard des Capucines, loués pour l’occasion. Les murs brun-rouge mettent en valeur les toiles réparties sur 2 rangées superposées contrairement au salon officiel où l’accrochage couvre les murs jusqu’au plafond. Réunies en fonction de leurs dimensions, c’est un tirage au sort qui détermine leur emplacement. 30 exposants, 165 œuvres. Mais en même temps à Paris, ont lieu de nombreuses expositions : à la galerie Durand Ruel, à l’Ecole des Beaux-Arts, à l’Hôtel des Ventes, celle des Alsaciens-Lorrains…

Ateliers Nadar, 35 boulevard des Capucines, v.1870. Paris.

Paul Cézanne.

Paul Cézanne, La maison du pendu, v1874. Orsay. - Une moderne Olympia, 1873-74. Orsay.

La maison du pendu, dans le village d’Auvers-sur-Oise. Cézanne poursuit ses recherches sur la perspective. Maisons représentées dans un point de vue resserré, l'horizon lointain est placé très haut. Le titre vient du nom breton du propriétaire : Pen Du. C’est le premier tableau de Cézanne vendu.

Toile peinte en réaction à Olympia de Manet peinte en 1863 qui avait scandalisé le public. Touche très rapide, coloris vif et lumineux. Contrairement au tableau de Manet, le client est visible de dos, au premier plan, la servante dévoile le corps de la jeune femme. Acquis par le Dr Gachet.

Edgar Degas, La Classe de danse, v 1870, NY.

Edgar Degas expose des tableaux sur ses deux thèmes de prédilection : la danse et les chevaux.

Petit tableau peint sur bois, (19 x 27 cm) sur le thème de la danse. Degas n’est pas encore autorisé à fréquenter les salles de répétition, les jeunes filles posent dans son atelier. Il ajoute les rubans colorés à la taille des danseuses pour contraster avec le blanc des tutus. L’arrosoir servant à humidifier le parquet, le chapeau contenant des partitions du violoniste, et l’étui forment une nature morte placée au premier plan et créent une distance entre la scène présentée et le public.

Edgar Degas, Aux courses en province, 1869, Boston.

Edgar Degas, Aux courses en province, 1869, Boston.

La course, les jockeys et les chevaux ne constituent pas l’objet essentiel de ce tableau, ils sont utilisés comme situation d’une sortie familiale, d’une scène de loisirs. L’homme, conduit la calèche, accompagné de son chien. C’est Paul de Valpinçon, ami d’enfance du peintre. Il regarde vers l’arrière où se passe une scène inattendue, son épouse tient une ombrelle et observe leur bébé qui tête sa nourrice. Les scènes d’allaitement sont rares dans les scènes de genre.

Monet, Impression. Soleil levant,13-09-1872, Marmottan.

Claude Monet. Peint depuis une chambre d’hôtel devant le port du Havre, à l’aube. Le titre originel donné par Monet était Vue du Havre. Edmond Renoir, frère d’Auguste, rédacteur du catalogue lui suggère de trouver un autre titre. Monet choisit Impression, Edmond le trouve trop court et ajoute Soleil Levant. C’est un paysage marin où l’activité portuaire est suggérée par les barques au centre, les mâts des navires et cheminées d’usine à gauche, les grues à droite. La lumière du jour naissant dilue les formes traitées à grands coups de pinceaux et en couches fines qui ne recouvrent pas toujours la toile, le tout dans une harmonie bleutée. Seul, le soleil a une forme solide, pleine et épaisse. Ce tableau a acquis une place symbolique dans le mouvement impressionniste. Il a été acheté par E. Hoschedé, mécène et ami du peintre.

Monet, Les Coquelicots, 1873, Orsay.

 

Monet peint ce tableau à Argenteuil où il habite en 1873. La ligne d’horizon, située à mi-hauteur, est limitée par les arbres et une maison, vaste ciel aux nuages blancs. Grande prairie et talus où poussent des coquelicots, deux femmes se promènent avec deux enfants. La touche libre est appliquée en taches juxtaposées : coquelicots, personnages, visages sans traits. Couleurs fraîches où domine le rouge. Tableau acheté par le marchand Paul Durand-Ruel.

Berthe Morisot, membre fondatrice de la société des impressionnistes. Une de ses sœurs, Edma, pratique la peinture avec elle. Elèves de Guichard, elles fréquentent le Louvre, rencontrent Fantin-la-Tour, Corot, Manet… Les parents respectifs se lient d’amitié. Les maisons de vacances permettent à Berthe et Edma de peindre en plein air. Edma épouse un ami de Manet. Ils s’installent en Bretagne, elle cesse de peindre. Berthe fréquente l’atelier de Manet pour poser et prendre des leçons de peinture. En 1874, elle épouse Eugène Manet, frère d’Edouard, peintre lui aussi. Conscient du talent de Berthe qu'il trouve supérieur au sien, il a toujours soutenue son épouse.

Berthe Morisot, Le Berceau, 1872, Orsay.- Le Port de Lorient, 1869, Washington.

Berthe peint sa sœur Edma près du berceau de sa fille Blanche. Silence, immobilité, contemplation du nouveau-né endormi se dégagent de cette toile. Grande maitrise dans la représentation de la transparence du voile. Le thème de la mère et l’enfant devient récurrent dans ses choix picturaux.

Elle peint toutes sortes de paysages, des jardins, la campagne, des bords de mer. Sur cette toile, le point de vue insiste sur les bateaux et quelques maisons. L’activité humaine est presque inexistante. La jeune femme assise apporte la présence discrète et familière d’un instant saisi sur le vif. Les parties latérales, à dominante ocre jaune, encadrent l’eau claire du port et le bleu du ciel dans une harmonie colorée très réussie.

 

Camille Pissarro place la nature, plus que les êtres humains, au cœur de ses recherches et de son inspiration : le travail de la terre, les arbres, en toutes saisons. Ce type de composition abonde dans ses œuvres, dans des formats et points de vue sans cesse renouvelés. Une touche libre de formes et d’épaisseurs variées domine dans ses tableaux. 

Pissarro, Le Verger en fleurs à Louveciennes, 1872, Washington.

Camille Pissarro, Matinée de juin à Pontoise, 1873, Karlsruhe.

Paysage typique de l’œuvre de Pissarro : il partage le format en deux parties égales, l’une pour la terre, l’autre pour le ciel. L’horizon est traité en deux temps dans ce paysage vallonné : une première ligne au-delà de laquelle le chemin descend, une seconde délimitée par la colline plus lointaine. Ciel clair, parsemé de petits nuages blancs. La terre est ouverte par un chemin central qui serpente. Au loin, une femme, un homme tenant un cheval, les vestiges d’un moulin. A gauche, un champ parsemé de coquelicots, à droite une prairie puis un champ de blé. La touche plus épaisse au premier plan puis plus fine en arrière-plan renforce la profondeur du paysage. Le coloris clair et lumineux évoque une atmosphère douce et paisible.

Auguste Renoir, La Loge, 1874, Londres.

 

Auguste Renoir. C’est un des tableaux majeurs du peintre. Le spectacle, la mode et la femme sont des thèmes chers aux impressionnistes. Le peintre ne peint pas ce qui est représenté sur scène mais deux spectateurs. Au second plan, un homme regarde dans ses jumelles, pas vers la scène mais vers les gradins situés plus haut. C’est Edmond Renoir, frère du peintre et journaliste. La jeune femme est l’un des modèles du peintre, Nini Lopez. Robe élégante, bijoux, fleurs piquées dans son corsage et dans son chignon. Pour les vêtements, la touche libre restitue une impression de confort et de luxe tandis que celle du visage plus fine et lisse met en valeur l’éclat de ses yeux, celui des perles et boucles d’oreilles.

Auguste Renoir, La Parisienne, 1874, Cardiff. -- Portrait de Madame Henriot, 1876, Washington. – La Promenade, 1876, NY.

Le portrait en pied de La Dame en bleu est celui d’une jeune fille, âgée de 17 ans. Fille de modiste, elle devient actrice au théâtre de l’Odéon sous le nom d’Henriette Henriot. Renoir la représente dans une dizaine de tableaux. On pense qu’elle posait comme modèle professionnel. L’harmonie colorée bleutée est très lumineuse malgré le ton réputé froid. Le contraste imprécis entre le fond et le sol et les traces effacées de tentures mettent en valeur la représentation de la jeune femme.

Alfred Sisley.

Vaste point de vue représenté dans ce tableau, la ligne d’horizon est située à mi-hauteur. Remarquable alignement de peupliers au feuillage orangé. Les zones colorées créent une harmonie d’ensemble dans laquelle tout contour a disparu. Tout se met en place au fur et à mesure du recul.

Sisley, L'automne, bords de la Seine près de Bougival, 1873, Montréal.

Si l’exposition semble avoir rencontré un certain succès avec ses 3500 visiteurs, il n’en reste pas moins que les comptes rendus des journalistes ne sont pas toujours élogieux, tant à propos des sujets trop ancrés dans la vie quotidienne que dans l’exécution des tableaux considérés comme inachevés, ou réalisés par des peintres qui ne savent pas peindre ! La société, presque en faillite est dissoute.

En mars 1875, lors d’une vente de tableaux à l’hôtel Drouot, 73 œuvres de Renoir, Monet, Sisley et Morisot sont vendues à prix très bas. Le critique Albert Wolff écrit « L’impression que procurent les impressionnistes est celle d’un chat qui se promènerait sur le clavier d’un piano… ». Les soutiens aux impressionnistes faiblissent Durand -Ruel n’achète plus de tableaux, heureusement des collectionneurs prennent le relais :

Cézanne, 1875. - Renoir, 1876.

1.  Victor Choquet, direction des douanes, grand collectionneur, proche de Renoir et Cézanne. Ils  ont tous deux réalisé Le portait de Victor Choquet, au même moment. Style très différent pour deux peintres qui appartiennent au même mouvement.

2.  Jean -Baptiste Faure, baryton très célèbre, grand collectionneur, 800 tableaux (dont le Déjeuner sur l’herbe), répartis entre son appartement de Paris et sa villa d’Etretat. Il n’est pas toujours apprécié des artistes car il spéculait sur les œuvres achetées.

Renoir, Madame Charpentier et ses enfants, 1878, N.Y.

3.  Georges Charpentier, éditeur. Son épouse tient salon, où elle reçoit hommes politiques, musiciens, écrivains, et des artistes parmi lesquels Caillebotte, Degas, Manet, Monet, Sisley et Renoir. Grace à eux, certains ont pu organiser des expositions personnelles plus tard.

4.  Gustave Caillebotte commence sa collection vers 1875. Il aide les impressionnistes en finançant des locations d’ateliers, l’achat de matériel, il a un véritable rôle de mécène auprès d’eux.

5.  Léon Monet, frère du peintre, chimiste et industriel à Rouen. Il achète beaucoup de tableaux à son frère, à Berthe Morisot, Pissarro et Renoir.

6.  François Depeaux, industriel lui aussi et grâce à Léon Monet acquiert environ 600 tableaux.

La 2e exposition des impressionnistes en avril 1876 est installée dans 3 salles à la Galerie Durand-Ruel. 19 exposants parmi lesquels Degas, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley… Caillebotte, Marcellin Desboutin, graveur, se joignent à eux, tandis que Boudin et Cézanne se retirent. Manet, quant à lui, organise une exposition dans son atelier en même temps. Les tableaux sont présentés par artiste et non plus par format.

Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875, Orsay.

Gustave Caillebotte. Ce tableau est l’un des rares de cette époque représentant les ouvriers des villes alors que le monde paysan est régulièrement pris pour sujet. L’ouvrier de droite passe en premier pour raboter les joints des lames. Il pousse le rabot vers l’avant. Le marteau lui permet d’amener son outil dans la position idéale. Les deux autres ouvriers raclent la partie médiane des lames. Le racleur tire l’outil vers lui. Les racloirs sont bien affûtés grâce aux affiloirs. L'ouvrier de gauche est en train de saisir l’affiloir posé entre eux par celui du milieu. On peut suivre l’avancement du travail à la couleur des lames.

Edgar Degas, Le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans, 1873. Pau.

Etonnant tableau, le Bureau de coton est à la fois une scène de genre, un portrait collectif et une scène familiale ! En 1872, Degas se rend à La Nouvelle Orléans dans sa famille maternelle accompagnant son frère René qui y était installé. L’oncle d’Edgar, Michel Musson, est un homme d’affaires prospère dans le négoce du coton, véritable découverte pour Degas. Il est représenté assis au premier plan, vérifiant la qualité d’un envoi de coton. L’homme qui lit le journal, c’est René, tandis que le personnage appuyé à la cloison est l’autre frère du peintre : Achille. Au centre, celui qui tient un morceau de coton est le gendre de Michel Musson. Associés ou employés, les personnages peuvent être identifiés. Représentation très savante de l’espace : pièce longue et étroite, paroi vitrée qui crée un second espace, porte transparente au fond qui en ouvre un autre… de plus l’oncle coupé par la bordure du tableau inclue le spectateur dans cette scène instantanée, vue de l’embrasure de la porte.

Marcellin Desboutin, Chanteur des rues, Les premiers pas. --- Edgar Degas, L’Absinthe, 1876, Orsay.

Marcellin Desboutin, Chanteur des rues, Les premiers pas. --- Edgar Degas, L’Absinthe, 1876, Orsay.

Marcellin Desboutin, peintre et graveur, participe aussi à cette deuxième exposition. Très célèbre et apprécié pour ses portraits, il a produit environ 300 gravures à la pointe sèche. Il figure dans certains tableaux de ses amis impressionnistes, le plus connu étant celui de Degas : L'Absinthe, où il pose aux côtés d’une actrice Ellen André.

 

Claude Monet. Malgré la richesse du coloris sur le kimono porté par Camille, l’épouse du peintre, ce n’est pas un tableau majeur du peintre mais un symbole du japonisme. Durant la 2e moitié du XIXe siècle, les estampes japonaises affluent en Europe. Artistes et amateurs d’art y découvrent une manière de représenter le monde si différente qu’elle inspire les arts décoratifs et la peinture en particulier par l’emploi de grands aplats colorés. Van Gogh avec plus 400 pièces est sans doute celui qui a collectionné le plus grand nombre d’estampes.

 

Claude Monet, La Japonaise, 1876, Boston.

Cette 2e exposition attire moins de visiteurs que la première. Les comptes rendus ne sont pas très enthousiastes. Dans le Figaro, Wolff écrit « La rue Le Pelletier a du malheur…on vient d’ouvrir une exposition qu’on dit être de la peinture… ». Par contre, Louis Edmond Duranty, écrivain, critique d’art à la revue La gazette des Beaux-arts, publie un livre élogieux intitulé « La Nouvelle Peinture. A propos du groupe d’artistes qui expose dans les galeries Durand-Ruel. » Il étudie les œuvres et soutient les peintres.

 

La 3e exposition en avril 1877 se tient dans un appartement loué, grâce à Caillebotte, au 6 rue Le Pelletier. Une grande question les préoccupe : peut-on exposer à la fois au Salon et avec les impressionnistes ?

18 exposants dont Caillebotte, Degas, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley… Cézanne et Guillaumin reviennent. Sur les 31 tableaux exposés par Monet, seuls 10 ne sont pas encore vendus, ce qui témoigne d’un début de succès pour certains peintres.

Renoir, Le Bal du Moulin de la Galette, 1876, Orsay.

Auguste Renoir.

Ce bal se tenait le dimanche après-midi à l’extérieur du Moulin de La Galette à Montmartre. C’était un évènement très prisé de la jeunesse parisienne pendant les beaux jours. Des amis et modèles habituels de l’artiste figurent au premier plan. Technique remarquable de Renoir qui représente la modification des couleurs sous l’effet de la lumière du soleil filtrée par le feuillage, bien visible sur la veste du jeune homme au premier plan.

 Georges Rivière, ami de Renoir écrit à propos de ce tableau : « C’est une page d’histoire, un monument précieux de la vie parisienne… ». Il publie une revue éphémère « L’impressionnisme, journal d’art » qui soutient les artistes. Victor Choquet passe beaucoup de temps à l’exposition pour présenter et expliquer les tableaux.

La 4e exposition en 1879 se tient dans un appartement, avenue de l’Opéra sans Cézanne, Renoir et Sisley admis au Salon et Berthe Morisot enceinte. 14 artistes dont Caillebotte, Degas, Monet, Pissarro. Mary Cassatt, américaine, rejoint le groupe. Gauguin expose une statuette. L’exposition attire près de 15400 visiteurs.

 

Née à Pittsburg en Pennsylvanie, Mary Cassatt, réalise surtout des portraits. Elle se lie d’amitié avec Degas, Pissarro et Berthe Morisot. Ce portrait  met en évidence la beauté et la grâce de sa jeune sœur. Coloris raffiné, composition subtile grâce au miroir où se reflètent les loges de l’autre côté de la salle. Après la mort de la jeune femme, 3 ans plus tard, elle peint de nombreux jeunes enfants, seuls ou avec leur mère. Lorsqu’elle découvre les estampes japonaises dans une exposition en 1890, elle se consacre à la gravure, adaptant le modèle japonais à ses sujets.

Mary Cassatt, Lydia dans une loge portant un collier de perles, 1879, Philadelphia.

La 5e exposition, 1880, rue des pyramides. La discorde entre Degas et Caillebotte s’accentue. 19 artistes dont Caillebotte, Cassatt, Degas, Gauguin, Guillaumin, Morisot, Pissarro… Cézanne, Monet, Renoir et Sisley n’y figurent pas.

Paul Gauguin, Les Maraichers de Vaugirard, 1879. Northampton --- Effet de neige, 1879. Budapest.

Gauguin utilise une touche divisée : de longues touches parallèles dans le ciel, et déjà une tendance à la géométrisation des formes dans le traitement des maisons et jardins. Dans les paysages de neige, les impressionnistes représentaient les ombres colorées. Gauguin choisit d’opposer le blanc presque pur de la neige aux troncs fins et sombres des arbres. Les deux premiers plans sont séparés par la ligne franche des arbres tandis que l’arrière-plan est très effacé.

La 6e exposition, 1881, boulevard des Capucines. 13 artistes : Cassatt, Degas, Gauguin, Guillaumin, Morisot, Pissarro… sans Caillebotte, Monet, Renoir et Sisley. La sculpture est plus présente lors de cette exposition.

 

 

Edgar Degas.

La statue originale avait un corps en cire colorée imitant l’épiderme, portait vêtements et chaussons en tissu, une perruque de cheveux. Traduite plusieurs fois en bronze : le bustier est alors en soie, le tutu en tulle et un ruban de satin retient la tresse. 

 

Degas, La Petite danseuse de quatorze ans, 1875-1880, h.98 cm.

La 7e exposition, 1882, est organisée par Durand-Ruel, rue Saint-Honoré. 8 artistes présents : Caillebotte, Gauguin, Guillaumin, Monet, Morisot, Pissarro, Renoir, Sisley c’est-à-dire presque tout le groupe originel. Le public boude un peu l’exposition et le coût de location n’est pas amorti.

Auguste Renoir, Le Déjeuner des canotiers, 1880-81, Washington.

La scène est située sur la terrasse du restaurant Fournaise à Chatou. A travers le feuillage, on aperçoit les voiliers sur la Seine, loisir alors très prisé qui a souvent inspiré les peintres. Tous les personnages sont des proches : debout à gauche, le propriétaire du restaurant et sa fille au premier plan, Aline Charigot, future épouse du peintre. A droite de profil, Gustave Caillebotte, à côté l’actrice Ellen André. Coloris clair, palette colorée variée, répartition harmonieuse des personnages en de nombreux petits groupes, nature morte très réussie sur la table.

Cette exposition est remarquée pour la cohérence de style, pourtant cette similitude peut empêcher les artistes de poursuivre leurs recherches vers la nouveauté.

La 8e et dernière exposition, 1886, au premier étage du restaurant la Maison dorée, rue Laffite. 17 peintres dont Cassatt, Degas, Gauguin, Morisot, Pissarro … et l’arrivée de Georges Seurat et Paul Signac.

Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte, 1884-86, Chicago.

Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte, 1884-86, Chicago.

Seurat représente des promeneurs sur une île de la Seine, à hauteur de Neuilly et Courbevoie. Il utilise une division particulière de la touche posée par points juxtaposés, que l’on appelle le pointillisme. La géométrisation des objets, l’immobilité des personnages, le coloris clair et plutôt froid annoncent une nouvelle tendance de la peinture et l’avènement du post-impressionnisme.

La 1ere exposition de 1874 incarnait l’avènement du style impressionniste résultant de recherches graphiques et picturales menées depuis au moins une décennie. Après la dernière exposition de 1886, les principaux artistes du mouvement continuent de peindre avec les principes impressionnistes. L’exemple le plus significatif est Claude Monet qui crée des œuvres emblématiques encore bien des années plus tard : les Meules en 1890-91, les Cathédrales de Rouen en 1892-94, et bien sûr les Nymphéas du Jeu de Paume en 1918 !

Claude Monet, Meules, fin de l’été, effet du soir, 1890-91, Chicago --- Cathédrale de Rouen, façade ouest au soleil, 1892-94, Washington.Les Trois arbres, été, 1891, Tokyo. --- Nymphéas du Jeu de Paume, 1918, installés en 1927.
Claude Monet, Meules, fin de l’été, effet du soir, 1890-91, Chicago --- Cathédrale de Rouen, façade ouest au soleil, 1892-94, Washington.Les Trois arbres, été, 1891, Tokyo. --- Nymphéas du Jeu de Paume, 1918, installés en 1927.
Claude Monet, Meules, fin de l’été, effet du soir, 1890-91, Chicago --- Cathédrale de Rouen, façade ouest au soleil, 1892-94, Washington.Les Trois arbres, été, 1891, Tokyo. --- Nymphéas du Jeu de Paume, 1918, installés en 1927.
Claude Monet, Meules, fin de l’été, effet du soir, 1890-91, Chicago --- Cathédrale de Rouen, façade ouest au soleil, 1892-94, Washington.Les Trois arbres, été, 1891, Tokyo. --- Nymphéas du Jeu de Paume, 1918, installés en 1927.

Claude Monet, Meules, fin de l’été, effet du soir, 1890-91, Chicago --- Cathédrale de Rouen, façade ouest au soleil, 1892-94, Washington.Les Trois arbres, été, 1891, Tokyo. --- Nymphéas du Jeu de Paume, 1918, installés en 1927.

Encore un grand merci à Catherine, passionnante comme à chaque fois, qui nous a permis de mieux comprendre ce mouvement et ces artistes non reconnus pendant quelques temps et pourtant si novateurs.

 

Prochaines rencontres avec Les Arts 57 :

l'AG de notre association Les Arts 57,  le mardi 19 mars à 18h30

à la salle polyvalente de Saulny.

 

Vendredi 5 avril, à 18h30, à Woippy, salle « Michel Bonnet »

en partenariat avec l’association « Histoire de Woippy »

 sur le thème de « L’école de Metz » avec Catherine Bourdieu.

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