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Après les traditionnels et chaleureux échanges de vœux, sous notre nouvelle bannière, et équipés d’audioguides, nous sommes une trentaine à suivre Mélodie pour la 1ère visite guidée organisée par Les Arts 57. Pour la 2ème, ce sera Aurore.
« Japanorama. Nouveau regard sur la création contemporaine » s’intéresse à la période allant de 1970 à nos jours, Yuko Hasegawa , commissaire de l’exposition et directrice du Musée d’art contemporain de Tokyo, porte un regard « de l’intérieur » sur la création artistique de son pays et en propose une vue d’ensemble, un panorama dans différents domaines : arts visuels, architecture, design, mode, illustration, manga, performances …
Début de l’exposition, la galerie 3, un grand espace s’ouvre sur des œuvres étranges.
Costume lumineux, trace de la performance d’une artiste avant-gardiste du mouvement Gutaï en 1956, Tanaka Atsuko, Denkifuku, Robe électrique composée de 86 ampoules et 97 tubes colorés, peints. Cette œuvre Interroge sur la place du corps en connexion avec de nouveaux supports qui intègrent l’évolution technologique. Elle se glissait dans cette robe de lumière, un trou ménagé pour passer la tête avec un capuchon protecteur, allure futuriste, robotique. Robe si lourde, (50Kg !) qu’elle était suspendue. L’artiste contrainte, évoluait par gestes lents.
Shôzô Shimamoto, 1950. Période d’après- guerre, le traumatisme d’Hiroshima est encore très présent, grand format fabriqué avec des journaux collés, les perforations, lacérations apparues au hasard expriment les traces, griffures, brûlures sur le corps.

La styliste Rei Kawakubo, créatrice de la collection « Comme des Garçons », 1969, propose des vêtements à trous, élimés appelés « Hiroshima chic » qui choquent beaucoup à cette époque. Elle revisite les canons de la beauté, très différents des occidentaux à la silhouette idéale, en ajoutant des prothèses aux épaules, aux hanches …
Tetsumi Kudo, Votre portrait-chrysalide dans le cocon, 1967.
Chrysalide qui s’ouvre sur un corps en petits morceaux, représentation allégorique. Corps détruit par les radiations, cerveau connecté au cocon, après destruction, la machine puis la nature reprennent. Mais espoir dans la renaissance d’une nouvelle génération. Il vit à Paris, avec peu de moyens : le sachet Monoprix peut représenter une critique de la société de consommation, mais aussi un clin d’œil à la vie française.
Sur le mur, au fond : série d’images qui paraissent violentes, moignon sanguinolent, notion de douleur d’un membre fantôme, d’amputation, en fait vue de près, la jeune fille écrase des framboises dans sa main,… l’artiste joue sur l’ambiguïté de :
Au sol, grande œuvre surprenante, à la manière des jardins secs : figure le cerveau, réseau de connections, les globes oculaires, idée conceptuelle alliée au travail manuel du tricot en grand format !
Kenji Yanobe. Enfant, il est fasciné par l’expo universelle d’Osaka de 1970, ayant pour thème «Progrès humain dans l’harmonie ». Il imagine des sculptures permettant à l’humanité de survivre en milieu hostile. Hanté par les tremblements de terre, les attentats au gaz sarin et la bombe atomique, il crée des capsules anti radioactivité et des combinaisons de protection. Certaines, initialement activables par des monnayeurs pour les visiteurs. L'argent récolté permettait de financer de nouvelles machines ou des œuvres caritatives. Sweet Harmonizer II, 1995, est un scaphandre pouvant même accueillir un couple plongé dans un gaz euphorisant, gains récoltés pour la recherche sur le Sida.
Kunihiko Morinaga, designer de mode, réassemble plusieurs vêtements, combine plusieurs chemisiers, utilisant les ouvertures de col comme emmanchures, confection manuelle délicate. En photographiant au flash, le modèle révèle des couleurs joliment disposées, tandis que sur le tailleur au motif pixellisé, ce sont des bordures réfléchissantes, surprenants tissus technologiques ! Il mêle travail artisanal raffiné et technologie de pointe, reconstruit le futur à partir du passé.
Constituée de tissu jean réduit en poudre, puis agglomérée avec une colle-résine, la robe bleue est moulée, rigide.
Takashi Murakami, artiste très connu, s’inspire des mangas, organise des expos dans les grands magasins, mêle commerce et beaux- arts (porte-clés Vuitton), tableau « superflat » = superlisse, fleurs en aplats : référence aux estampes japonaises bidimensionnelles, leur ajoute des visages souriants, smileys très contemporains, issu de la croyance animiste qu’il y a un esprit en toute chose.

Haruka Kojin : installation de fleurs artificielles, pétales collés sur rhodoïd, travail très méticuleux, recrée des motifs ; vu de face : impression d’un seul plan, or en réalité, il en existe plusieurs. Question de la bi-tri-dimension.
Yayoi Kusama.
Infinity Mirror Room, prêté par le musée de Nancy.
Dame âgée de 80 ans maintenant, installation intégralement tapissée de miroirs, petit bassin d’eau au sol multipliant à l’infini les reflets des lampes. Trouble de la perception, impression de perdre ses repères, vertige, émotion…
Le Pop Art japonais a d’abord été influencé par le Pop Art américain avant de s’en affranchir. Affiches très colorées, contenant de nombreux symboles, (Mont Fuji, Empereur, …), mais révèlent aussi un art plus personnel et sentimental.
Tadanori Yokoo, Motorcycle, 1966. Affichiste très connu, taille démesurée d’une jeune femme libérée sur une moto, les salarymen apparaissent comme des automates.
Au 2ème étage, la scénographie change. Conçue par la prestigieuse agence SANAA (comme le Louvre-Lens), murs courbes, des bulles représentent les différents ilots de l’archipel, chacun consacré à un thème. Exemple dans celui de « Poétiques de la résistance », l’artiste détourne le support avec un message politique. Chaque thème a la fois séparé et relié aux autres physiquement ou visuellement permettant la fluidité du parcours.
Yuken Teruya, originaire d’Okinawa, base militaire occupée par les américains, ile stratégique proche du Vietnam. Kimono en lin bingata : peinture au pochoir, traditionnelle d’Okinawa. Parmi les motifs floraux, on distingue des avions de combat, des parachutistes militaires.
Découpe minutieusement la silhouette d’un arbre dans un sac jetable de Mac Donald rendant le papier à ce qu’il était à l’origine, cellulose du bois. Le M de Mac Do est visible dans le feuillage.
Yoshitoma Nara, artiste néo-pop (années 1990) connu pour ses figures enfantines, et de jeunes filles délurées, à la fois « Kawaï » et inquiétantes. Sentiment d’impuissance et rébellion face à un monde adulte décideur.
Le terme « Kawaï »souvent utilisé au Japon et à l’étranger pour qualifier quelque chose de « mignon » révèle souvent dans la création artistique des messages critiques sous- jacents.

Diorama du collectif CHIM Î POM, « Super Rat », 2008 représente le quartier futuriste très connu de Tokyo : Shibuya , envahi par des rats Pikachu devenus monstrueux . Véritablement capturés (voir vidéo), naturalisés, teints en jaune, le plus célèbre des pokemon sous des apparences sympathiques ou humoristiques dénonce l’importance de cette population nocturne dans les rues que les autorités ne veulent pas reconnaitre.
Suite aux catastrophes, une nouvelle conscience sociale émerge, des projets naissent pour rassembler, recréer du lien, organiser des occasions pour aller vers l’autre, partager, participer, collaborer…Faire ensemble, réfléchir est plus important que le résultat :
- construction commune d’une pyramide métallique avec paratonnerre sur 2 monts face à face, puis détruites, il n’en restera que la trace photographique.
- jouer un morceau de musique à de nombreuses mains, tous ensembles sur le même piano.
- performance collective : emprunter l’escalier de secours de la « Japan Fondation », immeuble aussi haut que la vague du tsunami !
- idée de force collective : à l’aide de longues poutres et nombreux porteurs, réussir à soulever une maison !
Ryoji Ikeda (1966).
Vu à distance, ce panneau d’1 m2 semble monochrome. De plus près, on observe des petites cases de gris différents, en « zoomant» avec smartphone ou appareil photo, une série de chiffres apparait !!! L’artiste en collaboration avec un mathématicien, a représenté la suite infinie des décimales du nombre Pi : .
Vêtements confortables créés pour la jeunesse « otaku », jeunes s’isolant, phénomène lié aux jeux vidéo.
Dans la philosophie zen, la relation entre les choses est étroitement liée aux notions d’espace et de temps. L’espace ne peut être perçu que par le temps et la contemplation. Dans cette œuvre de Kohei Nawa , « Force », installation monumentale, une sorte de rideau noir questionne , fascine, joue sur notre perception : est ce liquide ? solide ? Des filets d’huile de silicone mélangée à de l’encre noire coulent verticalement, remonte dans le mur en circuit fermé comme une fontaine. Pluie noire tombant sur Hiroshima, référence historique ? Utilisation de l’encre de Chine, référence traditionnelle ? Notion de code barre, référence moderne technologique ?...
Au-delà des clichés: « Zen »et « Kawaï», cet aperçu de l’art contemporain japonais imprégné de traditions, résolument tourné vers l’innovation technologique, marqué par toutes les catastrophes qui laissent de profondes cicatrices, Japanorama dénonce la société de consommation, les catastrophes écologiques, et impulse des tentatives d’entraide. Ch. Cl.
Prochaines rencontres avec Les Arts 57 :
Assemblée Générale Ordinaire , le mardi 13 février 2018
Centre Socioculturel de Saulny, 18h30.
Conférence "L'architecture des années folles, art déco", le jeudi 15 mars, 20h.
avec Catherine Bourdieu, à Longeville-les-Metz.
Inscription par mail ou tel : 03 87 32 05 03