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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 10:36
La Danse II ,  Henri Matisse,  1910,  260 × 391 cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

La Danse II , Henri Matisse, 1910, 260 × 391 cm, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

Magnifique, très colorée, cette grande toile de Matisse, choisie par LesArts57, touche par le dynamisme qu’elle dégage. Cinq danseurs nus, tête baissée, forment une ronde en se tenant la main.  Trois couleurs seulement : « La surface du ciel a été colorée à saturation jusqu'à ce que le bleu, l'idée du bleu absolu, soit omniprésente. Un vert lumineux pour la terre et un vermillon éclatant pour le corps. Avec ces trois couleurs j'avais mon harmonie de lumière et la pureté de ton » expliqua le peintre. Le cadrage serré autour des personnages, les postures toutes différentes, les corps parfois même en déséquilibre, emportés par la farandole donnent beaucoup de dynamisme à cet instantané « pris sur le vif ». Les formes simplifiées et cernées de noir des corps en mouvement se détachent sur le fond, cambrés en haut, en extension en bas.

 

Deux mains tentent de se rejoindre, judicieusement placées devant la jambe d’une danseuse, l’harmonie du cercle n’est pas rompue.

Les courbes dominent partout : dans la composition en ellipse, dans la ligne du sol, dans le dessin des silhouettes. Pas d’élément de paysage ou d’architecture qui créerait de la perspective, ce dépouillement concentre l’attention sur les figures dansantes faisant, comme elles, abstraction de tout ce qui les entoure.

 

Cette œuvre aux dimensions importantes, 260 X 391 cm, est une commande d’un riche collectionneur russe Sergueï Chtchoukine  pour décorer la cage d'escalier de son hôtel particulier à Moscou, projet qui se concrétisera finalement par deux panneaux de grande taille : la Danse et la Musique.

Le Bonheur de vivre, 1906. (Rebaptisée Joie de Vivre )

L'idée de cette ronde, qui a inspiré Matisse, est une danse de pêcheurs : la Sardane, farandole catalane traditionnelle qu’il a observée dans la ville de Collioure. Ce motif, Matisse l'avait déjà placé au centre du "Bonheur de vivre ", toile peinte en 1906 qui déclencha quelques fureurs au Salon des Indépendants, début de la période fauve.  

La Danse I, 1909, MOMA (Museum of Modern Art) de New-York.

 

En 1909, une première version de "La Danse" est traitée dans des couleurs claires, Matisse n’en est pas entièrement satisfait.

La seconde version, La Danse II fait scandale au Salon d’Automne de 1910 :  nus audacieux, couleurs vives, simplicité apparente, caractère primitif… (influence de Van Gogh, Gauguin…). Les artistes fauves partagent avec les primitivistes leur intérêt pour les communautés indigènes, en communion avec la nature.  Cet accueil dévastateur de la part des critiques fait réfléchir Chtchoukine qui avait fait le déplacement :"Je ne peux pas exposer des nus dans ma cage d'escalier... Essayez de refaire la même ronde avec des filles habillées...". Séduit malgré tout par la peinture, il décide de faire fi des usages de la bonne société de l'époque, et ordonne, dans un second temps, à Matisse de ne rien changer à l'apparence de ses personnages et de poursuivre son travail.

La Danse II, et  La Musique,  1910,  Huiles sur toile, 260 x 391 cm,  Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage.

La Danse II, et La Musique, 1910, Huiles sur toile, 260 x 391 cm, Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage.

Pendant de La Danse, La Musique repose sur la notion de calme. La composition en diagonale des corps immobiles crée un subtil équilibre. Les personnages y sont disposés comme des notes sur une portée. Désorienté et abasourdi par les commentaires scandalisés des critiques, Sergueï Chtchoukine expédie dès son retour à Moscou cette dépêche à Matisse : "Réfléchi pendant voyage. Décidé prendre panneaux. Envoyez Danse et Musique rapidement S.V.P. Salutations."   La Danse et la Musique arrivent à Moscou le 17 Décembre 1910. A la demande du collectionneur cependant, un repeint de pudeur cache la partie intime du joueur de flûte. Les deux tableaux ornent perpendiculairement le palier de l’escalier et se complètent parfaitement, le dynamisme de l’un équilibré par la paisible harmonie de l’autre. En 1918, sa collection nationalisée, Chtchoukine s’exile à Paris. Après de nombreuses péripéties, ces toiles se trouvent actuellement exposées au Musée de l'Ermitage à St. Pétersbourg.

André Derain, Portait d’Henri Matisse, 1905.

 

en 1869 au Cateau-Cambrésis, Henri Emile Benoit Matisse, étudiant en droit, est contraint de garder le lit pendant de longues semaines après une appendicite. Grace à la boite de couleurs offerte par sa mère, « transporté dans une espèce de paradis », il se consacre à la peinture qu'il sait être sa véritable vocation. Il suit les cours de Gustave Moreau aux Beaux-Arts de Paris, admire Ingres, Cézanne, côtoie Pissaro, Derain, Marquet, Vlaminck, … et fait scandale avec Femme au chapeau au Salon d’Automne de 1905.

Henri Matisse, Autoportrait, 1918, Le Cateau-Cambrésis

 

Novateur, par sa nouvelle manière de peindre :  aplat de couleurs pures, éclatantes, lignes délimitant le dessin simplifié, courbes sensuelles des corps… il est reconnu comme le chef de file du mouvement fauve. Son Bonheur de vivre inspire Les Demoiselles d’Avignon à Picasso, admiration réciproque des deux artistes.

Henri Matisse en visite chez Chtchoukine en 1911, devant La Dame en vert, peinte en 1909.

 

Matisse suscite rapidement l’intérêt de grands collectionneurs étrangers et grâce à leur soutien, peut s‘affranchir des contraintes matérielles et s’adonner librement à sa passion. Il voyage beaucoup Londres, Biskra (Algérie), Collioure, New York, Moscou, Séville, Tanger (Maroc), Tahiti, San Francisco, …

Très malade, il innove encore à la fin de sa vie avec le découpage de papiers gouachés : « je dessine tout droit dans la couleur ». Matisse meurt à Nice en 1954. Ch.CL. 09-20.

La Danse.

Prochaine rencontre avec Les Arts 57 :

Le jeudi 8 octobre à 14 h 15, Visite guidée à la Cathédrale de Metz

« Peintures murales, tombeaux et épitaphes ».

Application des précautions sanitaires.

Réservation obligatoire par mail ou par tél.

lesarts57@gmail.com  ou tél.   03 87 32 05 03 - 06 84 35 19 96

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